France

Audrey Azoulay, ministre de la culture au service de François Hollande

Parmi les femmes ministres du nouveau gouvernement français, le profil de l’ancienne conseillère à l’Elysée est révélateur

Ceux qui ont vu sur la chaîne de télévision française FR3 le documentaire «Un temps de président» se souviennent de cette séquence: conversant en août 2014 sur les marches de l’Elysée avec la nouvelle ministre de la culture Fleur Pellerin, François Hollande joue les coachs. Ses conseils? «Allez voir Jack Lang car il a toujours des idées»; «Allez aux spectacles» et surtout «Dites du bien des artistes, ils en ont besoin!».

Visiblement, l’intéressée n’a pas assez suivi ces recommandations. Jeudi soir, cette énarque d’origine coréenne de 45 ans a été débarquée brusquement du poste qu’elle espérait encore conserver quelques heures plus tôt. Sa remplaçante? Une condisciple de la promotion Averroës de l’ENA (2000) bien connue des milieux artistiques, spécialiste des arcanes administrativo-culturelles françaises et surtout conseillère pour la culture à l’Elysée: Audrey Azoulay, 43 ans, fille d’un conseiller fidèle du défunt Roi du Maroc, Hassan II.

La rumeur dit la nouvelle ministre proche de Julie Gayet, l’actrice qui a remplacé la journaliste Valérie Trierweiler dans le coeur du président Français. Mais ceux qui la connaissent avancent deux autres raisons à sa nomination surprise: le refus d’Anne Sinclair, l’ex épouse de Dominique Strauss-Kahn à qui le portefeuille de la culture aurait été proposé, et la nécessité pour François Hollande de recoller d’urgence les morceaux avec cette gauche culturelle sur laquelle il compte pour son éventuelle candidature en 2017: «La feuille de route d’Audrey est claire juge un professionnel de la communication qui l’a souvent fréquenté. Elle doit soigner tous ceux qui, en France, reçoivent de l’argent public, et éviter toute nouvelle crise médiatique, comme celles survenues avec les intermittents du spectacle ou à Radio-France».

Fleur Pellerin avait débarqué dans son bureau ministériel avec vue sur le Palais Royal sans rien connaître des réseaux qui, en France, sont le sel de l’action culturelle. Elle avait remplacé la députée socialiste Aurélie Filipetti, certes douée en mondanités et à l’aise devant les caméras, mais peu portée sur l’administration et vite lassée des égos des directeurs de musée, théâtres et autres chaines de télévision. Audrey Azoulay, elle, compte de solides alliés comme l’influent et sémillant PDG de Radio France Mathieu Gallet, qui a réussi à survivre à la crise de son institution et qu’elle côtoya alors qu’il dirigeait l’Institut national de l’audiovisuel. Elle tenait alors les finances du Centre national du cinéma, dont la manne est courtisée par les réalisateurs, scénaristes et acteurs: «Beaucoup lui doivent quelque chose, poursuit un ancien communicant ministériel. Sa mission sera de rameuter le monde culturel et médiatique autour du président».

Pas étonnant d’ailleurs que François Hollande ait songé à elle. Car toutes les nominations de ce remaniement gouvernemental sans audace répondent à la même logique: s’assurer une garde rapprochée de technocrates et marginaliser le plus possible les contestataires de gauche. Coté féminin, l’entrée au gouvernement des écologistes Emmanuelle Cosse (ministre du logement) et Barbara Pompili (secrétaire d’état au climat) est ainsi un double missile lancé contre celle qui les avait précédés en 2012: Cécile Duflot, ex-patronne des Verts devenue l’opposante N°1 à Manuel Valls lors du débat sur la réforme constitutionnelle. La création d’un ministère de la famille confié à Laurence Rossignol (secrétaire d’Etat sortante) vise lui, selon les observateurs, à «calmer» le jeu sur le terrain des diverses allocations remises en cause en raison des économies budgétaires. Comble du calcul politique: l’instauration d’un secrétariat d’état à «l’égalité réelle» confié à une élue de l’île de la réunion pour occuper le terrain de la diversité et de la parité: «Ces femmes sont toutes des pions sur l’échiquier élyséen», poursuit notre interlocuteur. Spécialiste de la communication, Dominique Wolton va plus loin: «Ce quinquennat est désormais perçu comme le règne de la politique tacticienne. On n’en attend plus rien d’autre».

Aux avants-postes, l’ancienne compagne du président, Ségolène Royal, est dans la même situation. Jugée trop incontrôlable, elle n’a pas obtenu le ministère des Affaires étrangères ou de la Défense. Mais comme sa popularité et son habileté médiatiques sont réelles, la ministre de l’environnement chapeautera désormais le suivi de l’accord sur le climat signé à la COP 21, dont François Hollande veut tirer le maximum de profit politique. Deux autres femmes symboles de la diversité et maintenues dans leurs fonctions sont par ailleurs chargées de «bétonner» le terrain présidentiel: la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem et surtout la ministre du travail Myriam El Khomri qui aura en charge la seule réforme de la fin du quinquennat: celle du code du travail résumée par François Hollande d’une expression qui caractérise bien la méthode: «souplesse et sécurité».

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