Vatican

François au Mexique pour prêcher la miséricorde

Deux jours avant le départ de François pour le Mexique, vendredi, 1071 «missionnaires de la miséricorde» ont été envoyés en mission partout dans le monde. Le pontife veut rendre accessible l’Année sainte au plus grand nombre

François s’est envolé vendredi pour le Mexique, où il se rend en «missionnaire de la miséricorde». Dans une vidéo enregistrée cette semaine et adressée aux Mexicains, il a expliqué vouloir «être le plus proche possible» d’eux et «de ceux qui souffrent».

Ce message de proximité est relayé depuis mercredi par un millier de prêtres envoyés en mission aux quatre coins de la planète. Ces 1071 confesseurs spéciaux, émissaires du pape, sont appelés à Rome les «missionnaires de la miséricorde». Ils sont les «témoins privilégiés dans leur Église locale du caractère extraordinaire» de l’Année sainte qui a débuté en décembre dernier, selon Mgr Rino Fisichella, le président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation. L’idée a rencontré un grand succès auprès des prêtres. Ils devaient être initialement 800, mais beaucoup se sont présentés et le Vatican a dû fixer une limite «pour que cela garde une dimension extraordinaire», a expliqué le prélat.

Leur mission est définie dans la bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la miséricorde, publiée le 11 avril dernier. «Ce seront des prêtres à qui j’aurai donné l’autorité pour pardonner aussi les péchés qui sont réservés au Siège Apostolique», écrivait François. Parmi ces péchés, les missionnaires spéciaux pourront notamment pardonner la profanation des espèces consacrées, autrement dit les hosties et le vin de messe, ou encore la violence contre la personne du pape. La possibilité de pardonner le péché d’avortement avait déjà été élargie à tous les prêtres dès le début de l’année jubilaire.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un jubilé toujours plus décentralisé, après l’ouverture de portes saintes partout dans le monde, et non plus seulement à Rome. En se qualifiant du même titre que ses envoyés spéciaux, le pontife argentin veut montrer l’exemple d’une Eglise tournée le plus possible vers la périphérie du monde.

Les missionnaires de la miséricorde proviennent donc de tous les continents. Du Burundi par exemple, comme l’abbé Jean Berchmans Manirambona. «C’est une mission difficile, confie-t-il à Radio Vatican, peu avant son retour dans un pays meurtri par une crise politique sanglante. C’est un moment favorable pour nous demander: pourquoi est-ce que nous nous combattons encore? Pourquoi est-ce nous nous haïssons encore? Nous devons ouvrir notre cœur à la miséricorde de Dieu.»

Le prêtre burundais garde en mémoire l’exemple de François, quand celui-ci avait ouvert la porte sainte de la cathédrale de Bangui, en Centrafrique, Deux pays plongés dans la violence. Le missionnaire y voit aujourd’hui un «signe». Il espère ainsi qu’avec cette Année sainte, le temps soit favorable à la réconciliation entre tous les Burundais. «On va redoubler d’efforts, surtout d’un point de vue pastoral», explique-t-il encore, bien qu’il ne sache pas exactement ce qu’il fera une fois de retour dans son diocèse. Son évêque décidera quelle mission lui confier.

Il était reçu mercredi au Vatican par le souverain pontife, comme des centaines d’autres missionnaires tout juste nommés. Le chef de l’Eglise leur a demandé, une fois dans le confessionnal, de ne pas «juger avec un sentiment de supériorité» et de ne pas faire preuve de curiosité malsaine. Car le pape attache une attention toute particulière à la confession. Elle est liée à son histoire personnelle.

«Je vous confesse fraternellement que cette confession du 21 septembre 1953 a réorienté ma vie, leur a avoué François. Elle est pour moi une source de joie.» Sa vocation sacerdotale a été éveillée par cette confession quand il avait 17 ans. Impossible pour lui de se souvenir des mots du confesseur, il y a maintenant plus de 60 ans, mais il a raconté mercredi avoir été marqué par son sourire. Il faut aussi utiliser «le langage des gestes», «les bras ouverts», pas seulement des paroles, a-t-il insisté devant les missionnaires de la miséricorde.

La présence cette semaine dans la Ville Eternelle des corps de deux saints, Padre Pio et Leopold Mandic, figures de confesseurs inlassables, n’était pas un hasard. François a invité ses envoyés à vivre leur «aventure» en suivant l’exemple des deux capucins. En conviant ces icônes du catholicisme populaire dans la capitale italienne, le pape n’a pas seulement motivé ses missionnaires avant leur départ, il a aussi réussi à relancer le Jubilé de la miséricorde, attirant à Rome plus d’un demi-million de personnes. Le Mexique, où le pape commence son voyage apostolique, s’inscrit pleinement dans cette année jubilaire. Comme François l’attend de ses missionnaires, il se rendra une semaine durant auprès des plus marginalisés, en rencontrant des communautés indigènes et des prisonniers.

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