Syrie

Vladimir Poutine bouscule le jeu en annonçant un retrait russe de Syrie

L’annonce russe intervient en plein redémarrage des pourparlers de Genève

C’est un nouveau coup surprise, que personne n’attendait. Vladimir Poutine avait mis à profit la dernière tentative de pourparlers syriens à Genève, fin janvier, pour lâcher ses avions autour d’Alep et pour transformer radicalement la situation sur le terrain militaire. Convertis en simple rideau de fumée devant les réelles intentions russes, les pourparlers avaient été «suspendus» en pleine débâcle. Mais lundi, alors qu’ont repris dans la douleur ces mêmes pourparlers de Genève, nouveau renversement: le chef du Kremlin a annoncé le retrait progressif, à partir d’aujourd’hui, de «la plus grande partie» des forces russes déployées en Syrie. «Mission accomplie», déclarait-il en substance, selon les médias russes.

Une décision surprenante

Ce bouleversement est pour le moins étonnant. Jusqu’ici, et malgré le relatif cessez-le-feu en vigueur depuis un peu plus de deux semaines, la Russie n’avait pas cessé d’accroître ses capacités militaires, continuant notamment d’acheminer en nombre munitions, matériel et approvisionnement des troupes. Bien plus: Moscou, qui a officiellement amassé ses forces en Syrie pour «combattre le terrorisme» (et non pour venir en aide au président syrien Bachar el-Assad), venait de proposer une nouvelle fois aux Américains de se partager la tâche en vue de vaincre l’organisation de l’État islamique (Daech). Assad, a laissé entendre le Kremlin, n’a lui aussi été informé que lundi des nouvelles intentions russes.

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Au téléphone, un diplomate russe qui suit de près le dossier syrien, fait mine de trouver parfaitement logique ce développement: «En Syrie, nous sommes désormais concentrés sur la question du cessez-le-feu et du règlement politique. Nous continuerons de nous battre contre Daech et les autres groupes terroristes, avec les Américains, s’ils le veulent bien. Mais nos succès récents nous amènent à une nouvelle étape.» Un retrait des troupes russes ne risque-t-il pas, précisément de mettre en péril la durabilité de la trêve, aux yeux des Russes? «Nous travaillons très fort pour que ce cessez-le-feu tienne. Et nous savons que les Américains font de même de leur côté. L’heure est venue de s’occuper beaucoup plus intensément du volet politique», insiste la même source.

De fait, le Kremlin a rapidement précisé que les activités de la base aérienne de Hmeimim – que la Russie a construite près de la ville de Lattaquié, et d’où partent la majorité des raids russes – ne seraient pas affectées par ce «retrait». De même, la base navale de Tartous continuera de fonctionner à plein. Une précision qui relativise d’autant plus cette annonce russe que, dans le même temps, seront aussi conservés les moyens militaires destinés à défendre ces positions russes, «par air, mer et terre».

L'intérêt de Moscou pour l'avenir politique de la Syrie

Dans l’immédiat, cependant, et quelle que soit dans les faits l’ampleur effective de ce retrait militaire annoncé, la Russie pourrait réussir à brouiller l’objectif principal de ces pourparlers de Genève qui reste celui de définir les contours d’une «transition politique» en Syrie, soit, aux yeux des opposants, celui du départ de Bachar el-Assad.

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Car, derrière les annonces sensationnelles, les ambiguïtés sont loin d’être levées à Genève. Ainsi, la base de Hmeimim n’est pas seulement devenue le principal quartier général des militaires russes. Aux yeux des responsables de Moscou, c’est aussi l’un des endroits où se dessine l’avenir politique de la Syrie, presque à égalité avec Genève. Ainsi, depuis que le cessez-le-feu est entré en vigueur, Moscou a ouvert une sorte de guichet où peuvent se présenter les volontaires pour un futur règlement. Concrètement? Dans ce «centre opérationnel» installé en plein territoire alaouite (la confession de Bachar el-Assad), les Russes auraient eu «des dizaines» de rencontres avec ce qu’ils qualifient d’opposants, sortis du bois à la faveur de la trêve.

Ce nouveau groupe d’opposants «modérés» (qui soutiennent tous le régime de Bachar el-Assad) devrait se trouver à Genève, à partir de ce mardi. Selon l’ambassadeur de Russie à l’ONU, Alexey Borovavkin, la Russie aurait reçu l’engagement de l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura d’accueillir favorablement ces nouveaux venus. En parallèle du Haut-comité des négociations (l’opposition reconnue par les Occidentaux et les pays du Golfe et déjà présente à Genève), la Russie défend en outre la présence de beaucoup d’autres groupements: non seulement des Kurdes syriens (une perspective impensable pour la Turquie), mais aussi de l’opposition dite «de Moscou» et de celle «du Caire», tous également favorables au maintien d’Assad au pouvoir.

Un moyen pour Moscou de noyer le poisson? «Il faut qu’un maximum de segments de la société syrienne soient représentés, note le diplomate russe. Ce sont eux qui décideront de leur propre avenir.»

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