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énergie jeudi5 novembre 2009

EOS et l’EPFL planchent sur le stockage électrique

Par Willy Boder
L’augmentation des énergies renouvelables instables, comme le solaire ou l’éolien, pose des problèmes de réseaux et de stockage du courant à résoudre par les chercheurs

Les grandes sociétés suisses distributrices d’électricité ont un problème lorsque les éoliennes de la mer du Nord s’arrêtent brusquement de tourner, faute de vent. Elles doivent compenser rapidement ces importations de courant par d’autres sources d’approvisionnement. Ce type de difficultés s’amplifiera avec la part croissante des énergies renouvelables instables dans la consommation globale européenne. L’Espagne, qui entend jouer un rôle majeur dans la production de solaire, constituera, après l’Allemagne, le second pôle d’instabilité d’approvisionnement.

Et si les chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) détenaient la solution en stabilisant les flux des réseaux de distribution et en domptant le serpent de mer électrique, soit la difficulté de stocker de l’énergie? C’est l’espoir d’EOS holding, actionnaire romand du numéro un helvétique Alpiq, qui a signé mercredi un partenariat avec l’EPFL afin de contribuer à résoudre ces questions. L’enveloppe budgétaire, étalée sur cinq ans, contient 10 millions de francs qui seront consacrés, à parts égales, à la création d’une chaire d’enseignement de la gestion des réseaux, et à des recherches sur le stockage de l’énergie.

Au-delà des barrages

La Suisse est déjà championne européenne du stockage de l’énergie électrique sous forme liquide, via les barrages d’accumulation et la technique, en expansion, du pompage-turbinage. Ce mode de retenue de l’or blanc a cependant atteint ses limites géographiques. Quant aux batteries, même celles de la dernière génération équipant les voitures hybrides, elles sont peu écologiques et s’épuisent rapidement. «Une batterie traditionnelle en plomb doit être jetée après 700 recharges», rappelle Alfred Rufer, professeur en électronique de puissance.

Les sociétés électriques sont aussi confrontées à la nouvelle problématique du rachat obligatoire de courant produit localement par des particuliers. Ce bidirectionnel électrique complique la gestion des systèmes de distribution déjà soumis aux contraintes de la très forte fluctuation de la demande selon la saison ou l’heure de consommation.

Les réseaux sont donc fortement surdimensionnés, ce qui engendre des pertes de distribution. On estime que leur taille, conçue pour absorber des crêtes de puissance et de consommation, est dix fois supérieure à la moyenne que nécessiterait un flux électrique constant. Résoudre le problème du stockage temporaire permettrait donc une gestion rationnelle de l’énergie électrique.

Une technique innovante, celle de l’air comprimé produit par de l’eau échangeuse de chaleur (au lieu d’un piston mécanique) a été développée à l’EPFL par un ingénieur camerounais. Le rendement énergétique double en atteignant quelque 65%. Une mise sur le marché de ce système de stockage d’énergie compressée, via la société Enairys, est prévue l’an prochain. Enairys a par ailleurs signé mardi un contrat pour des «stations-service» d’air comprimé destinées au fabricant automobile français MDI. Les autres pistes explorées à l’EPFL font notamment appel à l’hydrogène ou à la force d’inertie.