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Vaud vendredi 02 juillet 2010

Le compte-épargne santé arrive par la petite porte

Par Mathieu Signorell
Certains médecins vaudois préconisent une solution venue de Singapour

Epargner soi-même l’argent qui servira à payer ses visites chez le médecin au lieu d’avoir une assurance maladie, c’est l’idée que lancent cette semaine certains médecins vaudois. Importé de Singapour, le «compte épargne-santé» a pour but de «responsabiliser les patients», expliquent-ils dans le dernier Courrier du Médecin vaudois, le journal de la Société vaudoise de médecine.

L’idée est que chacun épargne chaque mois 6 à 8% de son salaire sur un compte d’épargne-santé, appelé Medisave à Singapour. L’argent sert à payer ses consultations ou celles de ses proches chez un médecin généraliste, d’éventuels frais chirurgicaux ou encore une hospitalisation. A côté de cela, deux systèmes d’assurance permettraient de financer l’accès aux soins pour ceux qui ne peuvent plus les payer et à couvrir un traitement particulièrement cher.

Primes basses

«L’épargne couvrirait les événements prévisibles, comme un infarctus pour les personnes âgées, ou une consultation médicale pour un simple rhume», explique Alphonse Crespo, médecin et fer de lance des défenseurs de l’idée. Quant aux primes d’assurance pour les événements chers et imprévisibles, elles seraient basses, «avec des franchises de l’ordre de 10 000 à 20 000 francs». Pour lui, le projet diminuerait les coûts globaux de la santé.

Si la Société vaudoise de médecine ne soutient pas officiellement l’idée pour l’instant, ses instances dirigeantes insistent sur le fait «qu’il faut sortir des sentiers battus pour faire des progrès en matière d’assurance, souligne son secrétaire général, Pierre-André Repond. Le compte épargne-santé est une piste à explorer.»

Médecin et député d’Ecologie libérale au Grand Conseil vaudois, Jacques-André Haury trouve l’idée «intéressante. Il faut permettre aux patients de choisir un autre système que la LAMal.» Croyant à une meilleure responsabilisation des patients, il ne craint pas une médecine à deux vitesses. «Mais il y a mille autres systèmes intelligents à imaginer.»

«En voulant favoriser la responsabilité de chacun, cette proposition est en réalité un mix qui va dans une direction que nous dénonçons, celle d’individualiser les risques et les coûts», réagit la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD). Si l’idée se rapproche d’une prime d’assurance maladie selon le revenu préconisée par les socialistes, «ce doit être à un système public de gérer cet argent, ce qui ne semble pas être le cas dans le système proposé», ajoute-t-elle.