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revue de presse lundi 18 janvier 2010

La droite chilienne reprend ses quartiers à la Moneda

Par Au Chili, Sebastian Piñera a été élu président dimanche. C’est une rupture après les vingt ans de régime de centre gauche qui ont succédé à la dictature militaire.
Au Chili, Sebastian Piñera a été élu président dimanche. C’est une rupture après les vingt ans de régime de centre gauche qui ont succédé à la dictature militaire

«La droite de retour au Palais de la Moneda», titre ainsi RFI, avec cet entrepreneur multimillionnaire, cet «hyperactif» [qui] a réussi à convaincre que ses actions dans les principaux secteurs de l’économie n’influeraient pas sur sa gestion du gouvernement. «Il ne va pas voler, il a déjà suffisamment», entend-on souvent dans les rangs des partisans de Piñera.» Il «a promis un gouvernement jeune, pluriel, rassemblant des gens de gauche comme de droite, à l’image du gouvernement de Nicolas Sarkozy qu’il admire», souligne l’analyste politique Eugenio Tironi.

«La gauche chilienne aura vraiment vécu le supplice de Tantale, analyse à chaud France Info. La présidente sortante, issue de ses rangs, Michelle Bachelet, atteint des sommets de popularité, malgré la crise économique. […] Le vainqueur, […] 701e fortune mondiale d’après le magazine Forbes, peut se vanter d’être le principal acteur d’un jour historique pour le Chili. […] La lutte a toutefois été serrée. […] L’écart est mince, bien que net», entre Piñera et Eduardo Frei, lui-même ancien président, qui «a notamment souffert de son manque de charisme».

C’est «une victoire historique» pour ce «jeune sportif qui pilote son propre hélicoptère», selon le Wall Street Journal. Et, pour Le Monde, «plus qu’un changement de cap politico-économique, la victoire de Piñera» marque «un tournant symbolique pour le Chili» avec celui qui a «la réputation d’être un travailleur acharné. On l’appelle la Locomotive.» «Les cheveux d’un blanc éclatant, toujours bronzé, toujours souriant, Sebastian Piñera collectionne les chemises en soie, les costumes et les souliers italiens, faits sur mesure. Il a toutefois laissé de côté ses goûts de luxe pendant la campagne, se montrant en jean et chemise blanche mais gardant à son poignet droit une montre Cartier d’un rouge éclatant.»

Rapprochement audacieux à l’enseigne d’«Ukraine, Chili, deux gifles aux éditocrates», dans le blog de Jean-François Kahn, hébergé par Marianne 2, on lit que «Michelle Bachelet au Chili et Viktor Iouchtchenko en Ukraine ont été présentés comme des anges de la démocratie par les médias, qui sont bien en peine aujourd’hui d’expliquer leurs défaites électorales de ce week-end. […] La bien-pensance médiatique nous expliquait que la bonne gauche latino-américaine, celle qu’on donnait en exemple, c’était la social-démocratie chilienne. Alors pourquoi est-ce celle qui, malgré la popularité méritée de Michelle Bachelet, a obtenu le plus mauvais résultat électoral? Le fait que le Chili soit le pays d’Amérique du Sud où les inégalités se soient le plus creusées depuis quinze ans n’y est pour rien? Motus!»

Sur place à Santiago du Chili, El Mercurio écrit que Piñera a «remercié Dieu pour cette victoire», à qui il demande de «la sagesse, de la noblesse, de la force et de la prudence» en vue de faire un «bon président». Mais le chef d’Etat devra «adopter des comportements adéquats pour que rien des pages noires de l’histoire du Chili ne se répète à l’avenir», prévient l’éditorial de La Nación: «Le soutien à la justice concernant les violations des droits de l’homme commises sous la dictature et la liberté d’expression pour ceux qui sont en désaccord avec le gouvernement requièrent un traitement équilibré, sans désir de vengeance, et une volonté de maintenir la paix sociale.»

Le correspondant du New York Times à Santiago rappelle, lui, que «de nombreux analystes, ici, ne croient pas que la majorité s’est tournée vers la droite. La montée de M. Piñera, un économiste formé à Harvard […], est davantage le reflet d’une frustration face à la coalition au pouvoir». Il faut dire qu’il «a promis de mettre l’accent sur la création d’emplois». Et le même journal d’écrire que cette victoire pourrait tout de même «compliquer la donne diplomatique» pour le Chili en Amérique latine, où le bolivarisme se porte plutôt bien.

«Le Chili change», écrit pour sa part La Vanguardia de Barcelone. Et Piñera a notamment gagné par sa volonté de lutter contre la criminalité, ce qui a davantage compté que les critiques de ses adversaires, pour qui il «mélange les affaires et la politique. A cet égard, il a toujours promis de vendre toutes ses entreprises s’il était élu président», cet homme qui est surnommé «le Berlusconi chilien en raison de certaines similitudes de son profil avec le premier ministre italien». Il promet de faire du Chili «l’une des économies les plus stables d’Amérique latine», indique enfin le Daily Telegraph. Alors que le site Gran Valparaiso semble tout de même douter que l’on aille vraiment vers une nouvelle politique à Santiago.