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opinion mardi 08 septembre 2009

Farouk Hosni n’est pas compatible avec l’Unesco

Par Joël Rubinfeld,
Joël Rubinfeld, vice-président du Congrès juif européen, s’élève contre la candidature du ministre de la Culture égyptien à la tête de l’agence onusienne, qui élit ces jours-ci son nouveau directeur

Dans les prochains jours, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) se choisira un nouveau directeur général pour les quatre années à venir. Farouk Hosni, ministre de la Culture égyptien, est l’un des neuf prétendants à ce poste. Une candidature qui a de quoi surprendre si l’on envisage la fonction – défendre la diversité culturelle et la coopération artistique à l’échelle planétaire – à l’aune des déclarations de ce dernier.

«Ennemi acharné», comme il aime à le rappeler, de toute normalisation entre son pays et le voisin israélien, Farouk Hosni est coutumier de déclarations incendiaires contre les Israéliens, mais aussi contre les juifs. Ainsi disait-il en 1997 dans les colonnes de l’hebdomadaire égyptien Ruz Al-Yusuf que «les juifs volent notre histoire et notre civilisation, ils n’ont pas eux-mêmes de civilisation, ils n’ont pas de pays et ne méritent pas d’en avoir». Ou, en 2001, il agitait dans le même support le spectre de «l’infiltration des juifs dans les médias internationaux».

L’acte constitutif de l’Unesco, adopté à Londres en 1945 et ratifié l’année suivante par l’Egypte, statue que «l’incompréhension mutuelle des peuples a toujours été, au cours de l’histoire, à l’origine de la suspicion et de la méfiance entre nations, par où leurs désaccords ont trop souvent dégénéré en guerre». Farouk Hosni illustre précisément ce danger.

La courbe rentrante opérée ces derniers mois par le candidat égyptien pour s’attirer les faveurs des 58 Etats qui passeront aux urnes dans quelques jours ne devrait duper personne. Un homme qui invite le négationniste Roger Garaudy à prendre la parole au Caire en 2001 pour y déverser ses insanités ou qui, à l’hypothèse de voir des livres israéliens introduits à la Bibliothèque d’Alexandrie, assène en 2008 au parlement égyptien: «Brûlons-les, s’il s’en trouve je les brûlerai moi-même devant vous», est indigne d’accéder au très prestigieux poste qu’il brigue.

L’objectif de l’Unesco est vaste et ambitieux: «Construire la paix dans l’esprit des hommes à travers l’éducation, la science, la culture et la communication.» Il serait dès lors insensé de mettre la gestion des affaires culturelles de notre planète entre les mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot «culture», sort son lance-flammes.

Le parcours de Farouk Hosni en tant que ministre de la Culture égyptien depuis 1987 ajoute à l’inquiétude. Au bilan de son interminable mandat, la chasse aux blogueurs, le renforcement de l’emprise du pouvoir sur les médias, l’interdiction d’ouvrages littéraires et cinématographiques, etc. Comme l’a rappelé l’intellectuel soudanais Abdelwahab al-Effendi, son rôle n’a pas été «de protéger la culture, mais de l’étouffer afin de protéger le régime. De ce point de vue, Farouk Hosni a fait des merveilles.»

A l’annonce de sa candidature, 15 intellectuels égyptiens ont pris courageusement la plume, alarmés par la perspective qu’un homme dont la longue tradition liberticide remonte à sa participation «à la répression de mouvements d’étudiants égyptiens à Paris, alors qu’il était officiellement l’attaché culturel de l’ambassade d’Egypte à Paris, en 1972», puisse se retrouver à la tête de l’Unesco. «Une telle personne, avec un passé si odieux, n’est évidemment pas apte à remplir les fonctions d’un poste qui exige des niveaux élevés de moralité et d’intégrité, sans parler du respect de la dignité humaine», écrivirent-ils encore.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que les agences onusiennes ont vu le jour pour assurer la sauvegarde et la promotion de la liberté, de la paix, du progrès et de la diversité. De nobles valeurs déjà battues en brèche cette année par la Libye lors de sa présidence dégradante du comité préparatoire de la Conférence de Genève – dite Durban II – sur le racisme. Il serait salutaire que le bras culturel des Nations unies ne sombre pas à son tour dans le ridicule et le déshonneur s’il en venait à confier les clés de la grande bibliothèque de l’humanité à un zélateur de l’autodafé.