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morceaux samedi 06 février 2010

Les machines de guerre de Philippe Sollers

Par Eléonore Sulser
Après les chroniques insurgées de «La Guerre du Goût»et de l’«Eloge de l’Infini», voici «Discours parfait»
Genre: Morceaux
Réalisateurs: Philippe Sollers
Titre: Discours parfait
Studio: Gallimard, 921 p.

Discours parfait s’inscrit, dit Philippe Sollers en préface du volume qui paraît en cette rentrée d’hiver 2010 chez Gallimard, «dans la suite logique» de La Guerre du goût (1994) et d’Eloge de l’infini (2001). La forme en est la même, des textes, souvent courts, où il réveille, secoue, avec style et énergie, l’idée qu’on se fait d’un écrivain, d’un peintre ou d’une œuvre.

Ce titre, Discours parfait, vient, précise Philippe Sollers, d’un écrit hermétique grec du début du IVe siècle où Hermès Trismégiste prédit: «Le rétablissement de la nature des choses saintes et bonnes se produira par l’effet du mouvement circulaire du temps qui n’a jamais eu de commencement.» Echo en effet au projet déjà formulé dans la préface de La Guerre du goût qui proclamait: «L’idée a toujours été de constituer une véritable histoire, vivante et verticale, de l’art et de la littérature; une échelle mobile, parcourable dans les deux sens (par exemple, de Villon à Rimbaud ou Genet; de Sade à Proust; de Céline à Saint-Simon; de Dante à Joyce; du Titien à Picasso; de Kafka à Pascal).»

Mouvement circulaire, échelle mobile, fluidité, dialogue avec et entre les siècles et les auteurs. On retrouve beaucoup des mêmes, Dante et son Paradis et les saisons de Rimbaud, et le XVIIIe, etc. Et c’est de nouveau à une lecture apparemment sans suite, pleine de courants d’air, mais qui tisse une étoffe chatoyante traversée d’idées, de citations, de fulgurances, qu’invite Philippe Sollers.

Autre témoignage d’une logique dans l’apparent désordre, Discours parfait s’ouvre sur un bouquet, un long texte intitulé «Fleurs» (publié par ailleurs aux Editions Hermann en 2006) où Sollers glane chez Shakespeare, Rousseau, Khayam, mais aussi dans la Bible et partout où il en trouve de belles (jusque chez Colette!), des fleurs littéraires, citations colorées, vénéneuses, incitations à leur ressembler: «Dieu vous demande d’être comme des oiseaux ou des fleurs? Et puis quoi encore? D’être en pure perte pour le seul plaisir d’être? Quelle légèreté! Quelle désinvolture! Quelle superficialité! Quelle irresponsabilité!»

La légèreté et la désinvolture assumées courent dans tout le volume. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est toujours «la guerre», la guerre du goût bien sûr contre les esprits chagrins, contre l’idée d’une décadence, contre «l’éternel bourgeois, devenu, avec le temps, petit-bourgeois populiste» en faveur des «gêneurs lumineux» (les philosophes des Lumières) et du miracle français que fut le XVIIIe siècle.