
Nouveau job, création d’entreprise: se libérer de la peur pour se lancer
«Je n’ose pas.» «Je n’ose pas relancer un employeur au téléphone, me mettre en avant, avouer que je suis au chômage.» «Je n’ose pas quitter le monde de l’entreprise et mon poste de salarié pour créer ma société.» Des échos de ce genre de peurs, le consultant indépendant David Veenhuys en entend souvent, en aparté, lorsqu’il anime des séminaires de recherche d’emploi destinés à des cadres au chômage. En partant de ces témoignages, et surtout de sa propre expérience d’indépendant en quête de clients, il a rédigé un livre, Les sept lois pour se libérer de ses peurs*. Ce petit manuel sous forme de conseils et d’outils pratiques de développement personnel vient de paraître.
Pour marquer la sortie de l’ouvrage, Rezonance a organisé un First, la semaine dernière à Genève, rassemblant plusieurs chefs d’entreprise et professionnels à leur compte. Le thème proposé, «L’indépendance: un état d’esprit!», a attiré 300 personnes.
Peurs fondamentales
Selon Jordi Montserrat, responsable romand de Venturelab (un programme qui sensibilise les étudiants à la création de start-up dans les domaines high-tech), «ce qui fait souvent peur aux personnes qui aimeraient devenir entrepreneurs, c’est le fait d’avoir des employés à bord, de craindre de ne plus pouvoir verser les salaires et de devoir se séparer de ces collaborateurs».
«Une peur fondamentale est liée à la sécurité matérielle, à la crainte de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins, ainsi qu’à ceux de sa famille», ajoute Floriane Briefer, fondatrice et directrice de BrieF’R Formations, institut de formation en développement personnel et professionnel. Une deuxième crainte s’y ajoute: celle du manque de reconnaissance et de ne pas être à la hauteur. A cela peuvent s’adjoindre des peurs transmises par les «sponsors négatifs», comme les appelle Floriane Briefer, soit les angoisses instillées par des proches soucieux de raconter tous les échecs et les faillites dont ils ont connaissance.
«Quand la peur fait trop de bruit, lorsqu’elle nous envahit et commence à nous paralyser, il faut savoir la repousser, créer un espace calme qui nous permette de prendre les bonnes décisions», explique David Veenhuys. Pour lui, le travail commence par une réflexion sur les valeurs qui nous animent.
Système de guidage interne
«Déterminer nos valeurs fondamentales, celles qui fondent notre système de guidage interne, permet d’être en phase avec soi-même, d’avoir des désirs clairs et donc une motivation forte pour se lancer dans un projet.» «Un professionnel qui veut se mettre à son compte va passer plusieurs mois sur son business plan. Il va faire une étude de marché, étudier ses clients potentiels, leurs besoins et leurs attentes, l’offre de ses concurrents et il va adapter son produit ou son service pour combler un vide, ajoute David Veenhuys. Je suggère de passer également du temps sur soi-même, comme s’il s’agissait d’une recherche de marché interne pour trouver quelle est la vision qui nous anime et ensuite pouvoir l’ancrer dans une mission concrète.»
Parmi les valeurs le plus souvent citées dans les cours que David Veenhuys dispense: le besoin d’être reconnu par ses pairs, l’envie de se réaliser et de pouvoir apprendre de nouvelles choses, le désir d’aider les autres ou celui de maîtriser sa vie.
Le chemin que propose le consultant passe ensuite par des conseils pour se familiariser avec la peur en se mettant régulièrement à l’épreuve, par des outils intérieurs pour se créer un espace mental sans peurs, par un entraînement à la pratique du non-jugement, ou encore par une méthode pour déterminer ses forces, afin de pouvoir prendre appui sur elles et les développer.
Phase de réalisation
«Personnellement, les peurs sont plutôt venues chez moi en amont, avant de me lancer. J’ai mis deux ans avant de prendre ma décision, d’oser quitter ma zone de confort pour créer mon institut en 1994, raconte Floriane Briefer. Mais une fois la décision prise, lorsque j’ai commencé à entrer concrètement dans l’action, à m’entourer des professionnels, avocat ou fiduciaire, les craintes ont disparu.»
Le discours est sensiblement le même parmi les autres indépendants et chefs d’entreprise présents au First. Ils ont soit déjà vaincu la peur, soit n’ont pas eu le temps de la ressentir. «Mon moteur a plutôt été l’inconscience! Je n’ai pas mesuré la masse de travail qui m’attendait, ni les cheveux blancs que j’allais me faire», lance par exemple Laurent Haug, le fondateur de la conférence Lift, une série de manifestations qui explorent les conséquences sociales des nouvelles technologies.
«Quand je me suis lancé à 25 ans, je n’ai pas eu peur. Je n’avais pas de famille à nourrir et j’avais envie de liberté», témoigne Thomas Wachtl, fondateur de TWS Group et des magasins Urbanbio, à Genève. «Régulièrement, raconte-t-il, je lisais les avis de faillite dans la Feuille d’avis officielle en me disant que je ne voulais surtout pas figurer sur cette liste un jour.»
Persévérance
Etre issu d’une famille d’entrepreneur, se lancer par inconscience ou réaliser un rêve d’enfance: ce sont schématiquement les trois grands cas de figure que rencontre Jordi Montserrat parmi les créateurs d’entreprise. «Mais il ne suffit pas de se lancer, poursuit-il, il faut ensuite pouvoir s’inscrire dans la durée, une fois que l’on a découvert que la liberté est un mythe et que la quantité de travail est immense. Il faut alors de la persévérance et une grande capacité à affronter la réalité.» «Il faut aussi être ultra-polyvalent», ajoute Sabine Baerlocher, qui a racheté la société Active Relocation, et «savoir bien s’entourer», estime Laurent Haug. Cela à l’intérieur de la société, comme à l’extérieur, en partageant régulièrement son expérience et ses problèmes avec des professionnels qui travaillent dans une situation semblable.
* Les sept lois pour se libérer
de ses peurs. Et reconquérir
son indépendance d’esprit,
David Veenhuys,
Editions Jouvence, 2009, 139 p.
