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Interview lundi26 janvier 2009

Krach des obligations d’Etat

Par Propos recueillis parEmmanuel Garessus
Pierre Leconte, président du Forum monétaire de Genève pour la paix, s’attend à une hause des actions à court et à une hyperinflation

Pierre Leconte est gérant de fortune et président du Forum monétaire de Genève pour la paix et le développement, une institution qui propose de réformer le système monétaire et qui se nourrit des idées de l’Ecole autrichienne (Mises, Hayek) et d’économistes tels que Jacques Rueff et Charles Rist. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages sur les monnaies et s’apprête à publier un nouveau livre sur l’hyperinflation aux Editions Jean-Cyrille Godefroy.

Le Temps: Vous aviez correctement annoncé le krach de l’an dernier puis en novembre un rebond des actions. Qu’attendez-vous aujourd’hui?

Pierre Leconte: Nous ne casserons vraisemblablement pas les plus bas d’octobre/novembre à 7449 sur le Dow Jones avant la poursuite du rally des actions.

La hausse s’appuie sur les injections de liquidités, les taux d’intérêt à 0% et un retour des opérateurs sur les actions. Le marché obligataire est complètement suracheté. Avec des taux zéro, la marge d’appréciation s’évanouit pour les obligations d’Etat. C’est pourquoi les actions devraient se reprendre en 2009, même si la récession freinera le mouvement. Mais 2009 sera surtout l’année du krach obligataire. Les énormes efforts de relance, qu’ils fonctionnent ou non, sont très négatifs pour les obligations.

– Rester cash?

– Avec des taux zéro et un risque inflationniste, qui va garder du cash? Ce n’est pas la solution, surtout en connaissant les risques bancaires. Les actions ont tout de même regagné 1639 points à 9088 sur le Dow Jones.

– Les mauvaises nouvelles ne vont-elles pas ramener les indices vers les plus bas?

– A mon avis, ces supports à 7449 sur le Dow Jones devraient tenir. Après la hausse vers 10 500, il faudra sortir très vite. Le marché sera suracheté.

– Quel est votre scénario après cette correction à la hausse?

– Soit les plans de relance n’aggravent pas la situation, l’économie redémarre, les bénéfices s’améliorent, la Chine et l’Asie résistent, et les marchés boursiers se stabilisent. Soit la relance échoue, l’économie se détériore et, dans la deuxième partie de 2009, les plus bas d’octobre 2008 seront de nouveau atteints et peut-être cassés.

– Le cycle baissier des actions a-t-il pris fin en octobre?

– J’avais bien anticipé le krach en 2007 et 2008. Mais avec des taux zéro, le grand krach boursier devrait être terminé. Les pires nouvelles sont intégrées dans les cours. Il apparaît toutefois qu’à chaque besoin de fonds propres supplémentaires d’une grande banque, la panique gagne les marchés et provoque une rechute des valeurs financières.

– Au-delà de la tactique à court terme, quel est le scénario que vous anticipez à moyen terme?

– A mon avis, nous allons vers une hyperinflation. Les banques centrales sont obsédées par la déflation, les gouvernements occidentaux de même. Elles feront tous les plans de relance imaginables, injecteront autant d’argent que possible, elles prêteront à guichet ouvert. Dans un système de monnaie fiduciaire, la déflation est exclue puisque les banques centrales ne subissent aucune contrainte monétaire. Il n’y a plus d’étalon-or.

– Pourquoi les banques centrales n’auraient pas tiré les enseignements du passé et n’augmenteraient pas les taux dès l’émergence d’une solide reprise?

Elles ont peur de la fragilité du système financier et garderont des taux zéro encore très longtemps. Elles attendront un retour des bénéfices des banques et l’absorption complète des titres toxiques. L’histoire montre que les banques centrales ne sont jamais parvenues à resserrer le crédit à temps. Elles sont condamnées à tolérer une surévaluation des marchés financiers.

Les deux grandes phases de baisse des taux se sont terminées par de l’inflation. Le problème est pire aujourd’hui dans le sens où le phénomène est global. Les autorités stabiliseront peut-être les marchés, mais l’économie restera malade du système monétaire.

– Qu’attendez-vous de la conjoncture?

– Nous vivrons longtemps une croissance zéro en Europe et aux Etats-Unis pour digérer les excès d’endettement passés, présents et futurs. D’une façon générale, je ne crois pas aux politiques keynésiennes de relance ni aux politiques marxistes de nationalisation des banques. Il faut laisser le marché fonctionner, sans le manipuler.

– Que se passera-t-il si un krach obligataire se produit?

– La crise du «subprime» a été générée par l’effondrement des prix de l’immobilier américain. Le sous-jacent des monnaies est formé des bons du Trésor américain. Que se passera-t-il si les obligations du Trésor américain s’effondrent? On passera du krach boursier au krach obligataire pour terminer par un krach monétaire. C’est mon scénario. La cause première de la crise vient de l’absence d’ordre monétaire. Sans ordre monétaire, l’ordre financier n’est pas possible. C’est une économie de spéculation et d’endettement. Le changement ne peut pas venir d’une autre régulation mais d’un nouveau système monétaire.

– Qui relaie votre idée de réforme du système monétaire?

– Il y a eu quelques velléités. On a parlé d’un nouveau Bretton Woods. Mais c’est le thème qui fâche si bien que plus personne n’en parle. Pourtant elle est centrale. Les banques centrales asiatiques reçoivent les liquidités mondiales, les recyclent auprès du système américain. C’est basé sur la bonne volonté de la Chine dont on suppose qu’elle va recycler toujours ses excédents monétaires. Et si elle les investit en Chine? Le système est tellement déséquilibré qu’il est à bout de souffle.

Si le gouvernement américain applique une politique protectionniste, comme Barack Obama semble vouloir le faire, et si on lâche le dollar pour relancer l’économie, la Chine pourrait refuser de laisser ses actifs disparaître en fumée.

– Est-ce qu’une monnaie sera plus sûre que les autres?

Oui, l’or. Je suis très haussier sur le métal jaune, en réponse aux politiques des banques centrales et au krach obligataire. C’est le seul actif qui a tenu l’an dernier. Mais aucune monnaie fiduciaire n’est meilleure qu’une autre dans la mesure où toutes les politiques monétaires sont laxistes. Il n’y a pas dans l’histoire de monnaie fiduciaire qui n’ait pas fait faillite.

– Que se passera-t-il si un pays de l’eurozone est en défaut sur sa dette?

La zone euro n’est pas une zone monétaire optimale et l’euro, comme les anciennes monnaies nationales qu’il a remplacées, n’est qu’une monnaie fiduciaire de papier basée sur le néant. Les pays du «club Med» (Grèce, Portugal, Espagne, Italie, France) et l’Europe de l’Est laissent leurs déficits croître alors que l’Allemagne et l’Europe du Nord tentent de rester dans les normes du Pacte de stabilité et de Maastricht. A terme, ce grand écart devrait faire exploser l’euro, sans parler des déficiences structurelles (il n’y a pas d’émission d’obligations d’Etat européennes puisqu’il n’y a pas d’Etat européen). A l’occasion du krach obligataire que j’escompte la zone euro pourrait exploser, mais c’est d’abord la zone dollar qui devrait souffrir.