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madagascar mardi 03 novembre 2009

«Vivement un cyclone, c’est mieux que de subir la sécheresse!»

Par Valérie Hirsch, envoyée spéciale à Madagascar
Le réchauffement climatique et la déforestation ont des conséquences dramatiques pour les habitants du sud de l’île, où les périodes sans pluie sont de plus en plus fréquentes

«Nous prions le Grand Dieu que le cyclone passe chez nous. Même s’il détruit nos maisons, c’est mieux que subir la sécheresse!» s’exclame Féroce Remanongona. Le regard triste de cet élu local d’Anjamahavelo en dit long sur la détresse de sa région, l’Androy, une zone aride à 70 km de Fort Dauphin, au sud de Madagascar. Conséquence du réchauffement climatique, les températures ont augmenté de 10% en cinquante ans et les précipitations ont diminué d’autant dans la Grande Ile.

«Avant, il y avait une sécheresse tous les dix ans. Or, depuis 2000, il y en a eu quatre, explique Tovoheryzo Raobi Jaona, du Système d’alerte précoce, qui surveille une région de 1,5 million d’habitants dans le sud de Madagascar. Cette année, les récoltes de manioc et de maïs ont été insuffisantes dans près de la moitié des communes. Si les pluies diminuent encore, ce sera catastrophique!» La baisse des précipitations a une autre raison: l’île a perdu 90% de sa forêt naturelle!

A Anjamahavelo, «les gens ne prennent plus qu’un repas par jour. Cette année, deux bébés sont décédés à cause de la malnutrition», témoigne Odette, l’agent nutritionnel du village, deux longues tresses noires sous un chapeau de paille. Les enfants affaiblis reçoivent de la pâte d’arachide enrichie, fournie par l’Unicef. «Au début de l’année, le taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de 5 ans atteignait entre 12 et 15% dans sept districts du sud, précise Bruno Maes, représentant de l’Unicef à Madagascar. Plus de 8000 enfants dans un état grave ont été pris en charge.» Pour nourrir leurs familles, beaucoup d’hommes vont travailler en ville ou dans les mines de saphir. Les autres vendent du charbon de bois: «Je dois couper trois arbres pour faire un sac», explique Minhamangory, habillé de fripes déchirées. Utilisé comme combustible par 90% des Malgaches, le charbon de bois est la principale cause – avec la culture sur brûlis – de la déforestation.

Dans l’Androy («l’épine», en langue malgache), il ne reste plus grand-chose des forêts d’épineux qui couvraient la région. Plusieurs espèces endémiques sont menacées. Or 85% des 2300 espèces végétales et animales malgaches sont uniques au monde: la Grande Ile figure en tête des 25 «points chauds» de la planète, dont la biodiversité exceptionnelle est mise à mal par le réchauffement climatique. La crise politique, que vit le pays depuis le renversement en mars du président Marc Ravalomanana, a encore aggravé la situation: des centaines de trafiquants de bois précieux – qui se sont nourris, en tuant des lémuriens – ont envahi deux parcs nationaux au nord-est de l’île. Selon le World Wide Fund for Nature (WWF), 7000 m³ de bois de rose ont été coupés entre janvier et septembre.

Les habitants d’Anjamahavelo sont toutefois loin de réaliser les enjeux liés au changement climatique. Pour Féroce Remanongona, «s’il ne pleut pas, c’est parce que le Grand Dieu est fâché. Les jeunes ne respectent plus les traditions et ils font couler le sang par terre». L’insécurité est devenue un problème majeur dans la région. Rosine raconte que des groupes de brigands ont attaqué des femmes pour les détrousser: «Parfois, ils violent leur victime à tour de rôle et les tuent, s’indigne-t-elle. La malnutrition a d’autres conséquences négatives: elle renforce la pratique des mariages précoces. Trahantsoa a dû se marier à 14 ans avec un homme deux fois plus âgé qu’elle, qui a donné des zébus et de l’argent à sa famille. Enceinte à 15 ans, elle a perdu son bébé à la naissance. «Comme elle n’a jamais été à l’école, on l’a poussée à se marier», explique sa maman. C’est aussi une bouche de moins à nourrir…

Pour inciter les villageois à scolariser leurs enfants, le Programme alimentaire mondial (PAM) a mis en place des cantines dans des écoles. En échange d’aide alimentaire, les habitants font du reboisement, construisent des réservoirs d’eau de pluie, créent des potagers, etc. Mais ils ont parfois du mal à penser au long terme. «Pourquoi planter des arbres que l’on ne pourra pas couper avant quinze ans?» s’interroge Remanati, 76 ans, qui participe à un projet du WWF.

Ces dernières années, à Madagascar, la déforestation – responsable à l’échelle mondiale de plus d’émissions de CO² que la circulation automobile – s’est fortement ralentie. Les zones protégées sont passées de 1,7 million d’hectares à plus de 4 millions. Elles devraient atteindre 6 millions d’hectares, soit 10% de la surface du pays. Un effort énorme, dont l’élan a été brisé par la crise politique…