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horlogerie samedi 02 juillet 2011

Les coulisses chiffrées du rachat de la société horlogère Eterna

Par Bastien Buss
La marque basée à Granges a été acquise pour 22,9 millions de francs. Les ventes du repreneur chinois ont bondi de 42% l’an passé

Les détails auraient dû rester strictement confidentiels. C’était du moins la volonté affichée par les deux parties lors de la reprise de la marque horlogère Eterna, annoncée ce jeudi. L’acheteur, l’entreprise chinoise International Volant Limited, et le vendeur, la société de participations familiale allemande Porsche Beteiligungen, avaient ainsi convenu de garder le silence. Mais c’était compter sans les obligations boursières et donc de transparence partielle de la maison mère du repreneur, China Haidian, holding en mains de l’entrepreneur chinois Hon Kwok Lung.

Dans les documents que le groupe a remis à la bourse de Hong­kong, il est indiqué que la transaction s’est élevée à 22,9 millions de francs. On est donc loin de l’estimation de 15 millions qui a circulé ces derniers jours. Parmi les autres éléments publiés aux autorités financières, il en est un encore plus surprenant. La société horlogère, basée à Granges (SO) et disposant de quelque 70 employés, a essuyé une perte nette de 20,6 millions de francs l’an passé, alors que le secteur a connu le deuxième meilleur résultat de son histoire. Eterna n’a pas souhaité commenter. Le nouveau propriétaire devra donc investir encore davantage pour remettre à flot l’entreprise qui a fêté ses 150 ans en 2006. Cet élément démontre une fois de plus que la reprise est asynchrone et erratique selon les entreprises horlogères.

Perte de 2 millions en Suisse

Appartenant depuis 1995 à Ferdinand Alexander Porsche, architecte des lignes de la fameuse Porsche 911, Eterna s’était vu confier la licence des montres de Porsche Design et avait marqué les esprits en 2009 avec son calibre maison 3510 à remontage manuel. Ce dernier était équipé du dispositif Spherodrive, un nouveau type de barillet monté sur roulement à billes, et dont la marque a fait son emblème. Mais de là à parler de véritable manufacture, comme le fait le repreneur chinois, confine à l’excès de langage. Certes, la société a développé plusieurs familles de mouvements, mais ils n’équipent que quelque 10% de l’ensemble de la production, comme l’avait confié au Temps, Patrick Schwarz, patron de l’entreprise alors indépendante, dans le cadre de Baselworld 2010. Un pourcentage confirmé vendredi par la société. Pour le reste de la production estimée à 7500 montres, Eterna s’approvisionne chez Sellita et ETA (Swatch Group).

On en sait aussi davantage sur les performances de China Haidan Holgings Limited, actif dans la fabrication de montres (avec les marques Rossini, Ebohr, Kana et Pama), la distribution et la vente et depuis l’an passé la revente de yachts. En 2010, son chiffre d’affaires global a progressé de 42% à 1,496 milliard de dollars hong­kongais (162,7 millions de francs), ressort-il du rapport de gestion. Les opérations suisses, essentiellement la nouvelle marque Codex basée à Bienne, ont par contre généré une perte de 2 millions de francs l’an dernier, toujours selon le rapport. Le groupe a aussi pris des parts dans Ruihang Watch et Juxin Watch, deux distributeurs en Chine de marques suisses du milieu de gamme. Ces relations croisées entre les deux pays ne font que commencer, selon un spécialiste.