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france mercredi 16 février 2011

Une nouvelle affaire MAM?

Par AFP
Déjà fragilisée par une controverse sur ses vacances en Tunisie, la ministre française des Affaires étrangères est appelée à la démission par l’opposition après de nouvelles révélations sur un coup de fil à Ben Ali en pleine révolution et une transaction entre ses parents et un grand patron tunisien

La ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a été rattrapée une nouvelle fois par son voyage controversé de décembre en Tunisie, le journal «Le Canard enchaîné» révélant une transaction de ses parents avec l’homme d’affaires Aziz Miled.

Michèle Alliot-Marie a aussitôt défendu ses parents et s’est élevée contre les «excès» des nouvelles attaques contre elle «qui ne grandissent pas ceux qui s’y prêtent». «Leur vie privée leur appartient. Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux, et personne d’autre», a-t-elle souligné dans un communiqué.

Bernard Marie et son épouse, âgés de 94 et de 92 ans, étaient déjà associés minoritaires dans la société civile immobilière (SCI) Ikram dont étaient propriétaires leur ami tunisien Aziz Miled et son fils Karim, selon le journal satirique.

D’après l’hebdomadaire, les Miled leur ont vendu, le 30 décembre, à l’hôtel Sentido Beach à Tabarka, toutes leurs parts de cette SCI. La ministre était alors présente ailleurs dans l’hôtel, selon le journal.

«Chacun s’honorerait à ne pas sombrer dans des excès», a réagi la cheffe de la diplomatie, affirmant «ne pouvoir concevoir que l’on puisse s’attaquer à la famille des politiques, et dans le cas présent à mes parents». «Quand on a fini de passer ma vie, y compris privée, au peigne fin, c’est sur celle de mes parents qu’on enquête», a-t-elle objecté.

Selon le journal, qui est à l’origine des précédentes révélations sur les vols de la ministre et de sa famille à bord de l’avion privé de M. Miled fin décembre, le montant exact de la transaction des époux Marie n’est pas connu.

Les parents de MAM la dédouanent

Sur la radio Europe 1, Bernard Marie s’est expliqué sur cette transaction, en affirmant qu’ils étaient, lui et sa femme, «seuls responsables de cette affaire-là», dédouanant ainsi sa fille. «C’est à ma demande que M. Miled a organisé notre séjour ensemble dans un hôtel» à Tabarka, a-t-il d’abord raconté, expliquant qu’ils avaient pensé d’abord passer en famille leurs vacances en Dordogne (sud-ouest de la France) avant de changer leurs plans en raison du mauvais temps.

M. Miled, «comme on avait prévu, m’avait dit: voilà, je fais une opération (immobilière, ndlr) à Gammarth (nord-est de Tunis). Il nous avait emmenés la voir d’ailleurs, et il m’avait dit purement et simplement: «Vous devriez prendre une option, cela prendra de la valeur en 2012 quand cela sera construit, vous pourrez faire une bonne affaire.»

L’opposition de gauche appelle la démission

L’opposition de gauche a promptement réclamé la démission de Michèle Alliot-Marie, dénonçant désormais une succession de «mensonges» et une «confusion des genres» nuisibles pour l’image de l’Etat français. Mais le porte-parole du gouvernement François Baroin a réaffirmé mercredi, à l’issue du Conseil des ministres, que Michèle Alliot-Marie avait «tout le soutien de l’équipe gouvernementale».

Michèle Alliot-Marie s’est défendue en assurant ne pas interférer dans les décisions de ses parents: «Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux.» Une ligne de défense soutenue par Bernard Marie, qui a dédouané sa fille, en affirmant avoir négocié depuis longtemps sur ce contrat avec cet ami de la famille et avoir en outre organisé le voyage et payé les notes d’hôtel.

Mais mercredi matin, le site d’informations Mediapart révélait que Mme Alliot-Marie avait téléphoné pendant cette période au président Ben Ali, alors qu’elle assurait encore début février n’avoir eu «aucun contact privilégié» avec l’ex-homme fort de Tunis. «Un bref entretien, comme elle en a quotidiennement avec beaucoup de chefs d’Etat et de ministres», a réagi son cabinet.

Le patron des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault, a jugé mercredi que «MAM» n’avait «cessé de mentir aux Français», appelant la cheffe de la diplomatie et son mari Patrick Ollier, ministre des Relations avec le parlement, à la démission.