
Albums de familles
Il fallait bien un format à l’italienne, pour tous les accueillir: Ma Famille nombreuse, sous-titré 76 poèmes et 1 éléphant, compte des parents, six paires de jumeaux, une surprise en gestation et… un éléphant, même si ce dernier, tant désiré par les enfants, est rose avec une queue en tire-bouchon.
Tout au long de ces brefs morceaux de prose poétique, c’est un scénario qui se profile, scénario douceur et catastrophe, action et comédie, grimaces et sourires. Une vie de famille nombreuse, où chaque petit détail prend forme de poème, où l’attention aux mots est ludique, malicieuse: «Nina a donc pour sœur Adèle, elle a d’elle son joli nez en rondelles et ses yeux en ailerons d’hirondelle.» Les illustrations adoptent le rythme sautillant des textes; joyeuses, farfelues, elles offrent des écrins harmonieux aux mots du poète, permettent des échos colorés où papillonnent gaiement ces petits riens du quotidien.
***
«Cher Papy, il y a des volcans partout. Et des chutes d’eau. Pour le reste, tout va bien.» Si Margot avait été sincère, la carte postale pour son grand-père aurait contenu des mots tout différents. Parce que les vacances islandaises avec Maman et son nouvel ami sont loin d’être une réussite: Bjarni voulait leur faire découvrir son pays, mais la rudesse du climat, le dépouillement des lieux exacerbent les dissensions du couple et les querelles deviennent quotidiennes. Pourtant cet amoureux-là n’était pas comme les autres, et Margot commençait à bien l’aimer…
Un roman pour adolescents qui parle des sentiments que les enfants peuvent éprouver pour les compagnons, parfois éphémères, de leurs parents: c’est rare, souvent la découverte de l’amour par l’ado lui-même canalise la narration et fait passer au second plan les autres constellations affectives de la famille. Par petites touches on comprend que Bjarni est un type bien, entier, respectueux de Margot, mais trop individualiste aux yeux de sa mère; plus l’homme et la fillette se rapprochent, plus la femme va prendre ses distances. Il n’y a pas de happy end à ces pérégrinations islandaises, juste une promesse de se revoir, pour continuer à tracer ce lien symbolique que sont les «histoires fortes», ces sagas cruelles dont Bjarni ponctue La Traversée et qui ravissent Margot.
