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vue sur le monde samedi 17 octobre 2009

Crise de régime

Il n’est pas sûr qu’il faille s’en réjouir

Il n’est pas sûr qu’il faille s’en réjouir. Sans doute est-ce une mauvaise nouvelle pour la France qui n’a pas de majorité alternative en réserve mais le fait est là. Une crise de régime gronde en France, non pas une crise institutionnelle qui menacerait le pays d’un chaos imminent mais une rupture morale entre le pays légal et le pays réel.

A mi-mandat bientôt, Nicolas Sarkozy n’a plus de base sociale. La gauche ne l’aime pas, la droite ne l’aime plus. La gauche et la droite se rejoignent dans un rejet de ce président qui, à force d’habiletés, tours de passe-passe et autres «triangulations» – l’art blairiste de prendre ses thèmes à l’autre camp pour désarmer l’adversaire – se retrouve maintenant seul à force d’avoir bravé et trompé tout le monde en même temps.

Tout s’est précipité en deux semaines. Premier temps, Frédéric Mitterrand, son ministre de la Culture, s’autorise de son approbation pour se solidariser de Roman Polanski, et sans la moindre nuance. La gauche, la droite, les femmes, les parents découvrent alors que leur pays et leur président, cette majorité censée incarner l’ordre et la loi, prennent fait et cause pour un homme auquel ils auraient été prêts à reconnaître toutes les circonstances atténuantes et le bénéfice du temps passé mais qu’ils ne sont certainement pas disposés à absoudre d’avoir eu des relations sexuelles avec une adolescente.

Par la voix d’un ministre auquel il avait donné son feu vert, le président se retrouve avocat d’un homme poursuivi, juridiquement parlant, pour viol sur mineure et cela ne passe pas. Cela passe d’autant moins que le Front national ressort alors le livre qu’avait écrit ce ministre pour raconter ses aventures avec des prostitués du tiers-monde. Remarquablement écrit, ce récit avait été un best-seller. Frédéric Mitterrand en avait été loué par la critique et les télévisions mais ce qu’un écrivain peut se permettre, un ministre ne le peut plus, en tout cas pas lorsqu’il prend ainsi position dans l’imbroglio Polanski.

C’était laisser penser que non seulement les élites se tiennent les coudes et se sentiraient au-dessus de lois mais aussi qu’une solidarité de dépravés les unirait. Ce n’est pas le cas? Non. Ça ne l’est aucunement. Tout est autrement plus complexe, infiniment moins caricatural, mais ce n’est pas un sentiment dont il fallait favoriser le développement, surtout lorsque le chef de l’Etat s’est largement fait élire sur la dénonciation de Mai 68, réduit à un cocktail de laxisme et de permissivité.

A ce stade-là, Nicolas Sarkozy est déjà en mauvaise passe et c’est alors qu’éclate une autre affaire, limpide, évidente, inadmissible, celle de la prochaine promotion de son fils Jean, 23 ans, à la tête de l’organisme de gestion de La Défense, le quartier d’affaires prospérant aux portes de Paris. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, le népotisme après l’indulgence pour des comportements qui n’en appellent pas dans la «France d’en bas» et la boucle se boucle.

Sauf accident de santé, Nicolas Sarkozy terminera son mandat mais sa majorité rue dans les brancards, le critique ouvertement, car un charme est rompu. Jusqu’à gauche souvent, la France avait aimé ce président si énergique et si jeune qui mouillait sa chemise sur tous les fronts mais, du jour au lendemain, il est devenu un ovni, l’homme qui pourfend le capitalisme après avoir promis une rupture libérale, qui ne s’entend pas avec Barack Obama après avoir été tellement à l’aise avec Georges Bush, qui a fait entrer l’auteur de La Mauvaise Vie dans son gouvernement après avoir pourfendu les soixante-huitards et qui pistonne son fils après avoir tant chanté le travail et le mérite. Cet homme n’est plus en prise avec la France. Cela s’appelle une crise de régime.

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