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Photo lundi 31 août 2009

Michel Comte est bon

La réalisatrice Sofia Coppola, campagne «safe sex»1993. (Michel Comte)

La réalisatrice Sofia Coppola, campagne «safe sex»1993. (Michel Comte)

Né à Zurich, le Suisse Michel Comte est l’un des photographes les plus demandés de la mode et de la pub. Le Museum für Gestaltung zurichois lui dédie une passionnante rétrospective

Une journée dans la vie de Michel Comte? Il se lève à 4 h du matin («parfois à 4h15», avoue-t-il, comme s’il s’agissait d’une faiblesse). Enchaîne sur une heure de boxe thaïe avec son entraîneur personnel. Puis il s’enferme dans son studio photo, aménagé dans sa maison de Beverly Hills. Ou s’en va tirer le portrait de George Clooney en train de boire – what else? – une tasse de café. Ou il prépare une séance comme celle qu’il s’apprête à réaliser avec le magicien de l’extrême David Blaine: «Nous allons nager en mer avec des grands requins blancs, sans la protection de cages. Les photos seront exposées au Musée d’art moderne de New York.» Bref, les journées de Michel Comte ne ressemblent pas exactement aux nôtres.

Jusqu’au dernier pixel

Michel Comte, Jurassien né à Zurich il y a 55 ans, est une star de la photographie de pub, de mode et de people. Il a commencé par être restaurateur de tableaux. A la fin des années 70, alors qu’il s’occupait à Paris des œuvres d’Yves Klein, Lagerfeld lui confie les photos d’une campagne. «Je pratiquais la photo depuis longtemps. Je suis un complet autodidacte. La photo est ma passion depuis l’âge de six ans. Jeune, je dévorais les livres de la collection Time-Life consacrés à l’apprentissage de la photo. Mais assez du passé. J’ai déjà raconté cela 4000 fois. Parlons du présent!» ordonne-t-il, le visage à moitié caché par des lunettes de soleil XXL. Il parle français et anglais comme son premier mentor Karl Lagerfeld: en quatrième vitesse, avec un accent plus germanique qu’alémanique.

Le présent, donc. Le Museum für Gestaltung de Zurich présente une rétrospective du travail de Michel Comte. L’exposition se conclut par son journal visuel intime, une vie à deux avec sa femme Ayako. «Je vais en faire un livre, prévient-il. 1400 pages!» Heureusement, les salles précédentes sont passionnantes. Elles permettent d’entrer dans une redoutable fabrique à images conçues pour être vues par le grand nombre. Ces prises de vue sont séduisantes, vendeuses, professionnelles jusqu’au dernier pixel de l’arrière-plan. Elles ont ce qu’il faut d’émotion, de spontanéité, de sexualité. Jamais de vulgarité ni d’effet inutile de lumière, encore moins de chirurgie lourde à l’ordinateur photoshopé. «Je suis un puriste. Pour moi, une photo doit avant tout être honnête», affirme-t-il.

Michel Comte n’a pas de style reconnaissable comme un Richard Avedon (une influence majeure) ou une Annie Leibovitz. C’est un caméléon qui s’adapte à la commande, au lieu, à l’époque. Dans l’exposition, un film documentaire le montre à l’œuvre, au bord d’un lac de montagne, dirigeant avec minutie une armée d’assistants. C’est une pub pour les WC Geberit. Le résultat est confondant d’efficacité. Pas étonnant que les Nespresso, Dolce & Gabbana ou Lancôme paient très cher ses services. Pas surprenant que Sophia Loren, ­Catherine Deneuve, Claudia Schiffer, ­Mickey Rourke, Charlotte Rampling, Sylvester Stallone ou Helena Christensen s’abandonnent, ou plutôt fassent mine de s’abandonner, devant son Hasselblad: ils seront à leur avantage dans Vanity Fair ou Vogue.

Comte a sans doute pris les portraits les plus réussis de Carla Bruni, période pré-sarkozienne, notamment pour une campagne «Safe Sex» en 1993. Une de ces photos, où Carla Bruni apparaît dans le plus simple appareil, a été adjugée 58 000 euros à un collectionneur chinois. A l’époque, Michel Comte habitait la suite 152 du Ritz à Paris. Il s’en servait comme studio de style ­mi-Empire mi-rococo. Il y a pris près de 800 photos d’actrices, mannequins et ­people.

«G for Genocide»

Le Suisse peut gagner des dizaines de milliers de dollars par jour, mais la crise le frappe aussi. Trois fois par an, il photographiait l’équipe de F1 de BMW. Le constructeur allemand s’est retiré de la compétition. Plus de contrats.

Excellent portraitiste, Michel Comte est moins convaincant lorsqu’il travaille pour la Croix-Rouge ou Terre des Hommes. Le photographe consacre une bonne part de son temps à documenter le destin des plus démunis en Afghanistan, au Cambodge, en Irak. Il n’y a pas de raison de douter de la sincérité de cet engagement aux antipodes de ses autres activités, mais Comte se montre ici techniquement limité, en deçà de la moyenne photojournalistique en pareilles situations. Il n’en a cure. Cet engagement lui est désormais indispensable. «Je prépare un film documentaire. Il s’appellera ­G for Genocide. Il montrera ce qui s’est passé en Bosnie, au Cambodge et au Tibet, ce Tibet dont la tragédie est encore largement ignorée.»

Michel Comte , Museum für Gestaltung, Zurich, jusqu’au 3 janvier.
Infos: 043 446 67 67
ou www.museum-gestaltung.ch

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