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Marianne Linder jeudi 07 avril 2011

Des clientes chinoises chez les coiffeurs africains

Carnet de route. Notre chroniqueuse revient du Togo. En plus des tracas habituels qu’elle a rencontrés sur place, comme à chaque fois qu’elle va s’assurer d’une livraison de végétaux, une surprise l’attendait au salon de coiffure du quartier. Un ami libanais, lui, n’est pas étonné

Appelée une fois de plus à me rendre au Togo, petit pays de 5 millions d’habitants situé sur la côte Ouest de l’Afrique, j’ai pris l’avion le mois dernier en direction de Lomé, la capitale. But du voyage? Contrôler le départ du container de ma dernière commande de troncs de cocotiers et de lianes diverses. Que les écologistes se rassurent, l’engagement a été pris de replanter tout ce qui a été coupé!

Arrivée à destination, c’est un choc thermique d’abord avec des bouffées de chaleur dignes d’un sauna et un choc culturel ensuite, même s’il se répète à chaque voyage. D’ailleurs, le terme «choc» est faible au regard de ce qui se passe. L’avion se déverse dans un espace très restreint, appelé hall d’accueil, et seuls deux guichets sont ouverts pour le passage de la douane. Après une heure et demie de queue, j’aperçois enfin le chauffeur qui m’attend à chaque fois à l’aéroport et qui me souhaite «bonne arrivée».

Le lendemain, j’entre dans le vif du sujet en allant saluer la tenancière du salon de coiffure du quartier, d’où se diffusent et se déforment tous les potins du pays, vrais ou faux. Et là, une nouveauté. Plusieurs Chinoises sont installées devant les miroirs. Elles communiquent avec les coiffeuses et les autres clientes dans un français tout à fait acceptable. J’apprends qu’elles travaillent soit pour l’ambassade chinoise ou le consulat, soit pour des entreprises créées ici par des ressortissants de l’Empire du Milieu.

La plupart de leurs enfants sont d’ailleurs inscrits au lycée français de Lomé et sont parfaitement intégrés à cette scène internationale où se meuvent des Togolais et des expatriés de tous horizons. Les liens tissés entre le Togo et la Chine sont à la fois anciens et très étroits, ils remontent à un voyage à Pékin de l’ancien président à vie Yeadema Gnassingbé. Le Togo a beau être doté de phosphates et de coton, il n’en reste pas moins un des pays les plus pauvres d’Afrique. La Chine a donc investi des sommes considérables dans différents domaines comme l’éducation, la santé et l’agriculture. Les Togolais sont donc bien obligés de composer avec ces nouveaux investisseurs, qui ne sont pas venus ici pour faire du bénévolat ou de la philanthropie, mais bien des profits conséquents.

Mais… Comment réagit la communauté libanaise, installée depuis des décennies en Afrique de l’Ouest? Pour en savoir plus, je téléphone à un ami libanais qui dirige une grande usine de plastique et lui demande si la concurrence Chinoise n’est pas trop rude. Soupirs. Il me confirme que depuis l’arrivée des Chinois, la communauté libanaise de Lomé s’est rétrécie au point de ne plus compter que 3000 résidents. Beaucoup de familles libanaises ont déménagé leurs affaires au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.

Comment se fait-il que les Libanais, qui ont la réputation d’êtres durs en affaires, ne soient plus concurrentiels? Tout en prenant certaines précautions, mon ami affirme que la Chine déleste ses prisons bondées en envoyant en Afrique un certain nombre de détenus, pour travailler dans les usines ou les chantiers chinois, notamment au Togo. A la différence avec les ouvriers locaux, ceux-ci ne perçoivent pas de salaire, ils sont uniquement nourris et logés le temps de finir de purger leur peine. A l’en croire, la concurrence est donc quelque peu déloyale. Reste que son explication semble anecdotique en regard de toutes les autres familles chinoises installées ici en toute légalité et travaillant avec l’ardeur qu’on leur connaît. De ce fait, la Chine est de plus en plus un partenaire indispensable en Afrique. Un même intérêt lie désormais ce pays et ce continent, pour un avenir que l’on espère radieux pour les deux parties!

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chroniques

Femmes en Affaires Les affaires, côté femmes. Elles sont neuf et ont accepté de tenir une chronique pour letemps.ch, publiée tous les mardis. Elles sont actives, souvent à des postes de responsabilité, dans des secteurs aussi différents que le financement de start-up ou la recherche médicale, les ressources humaines, le droit ou la communication, la philanthropie ou la haute technologie. Comment réagissent-elles à l'actualité économique? Quelles sont les tendances qu'elles détectent lors de leurs voyages d'affaires? Retrouvez chaque mardi les chroniques de nos «femmes en affaires».