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Solvabilité mercredi 12 décembre 2012

Critiquée pour son manque de fonds propres, PostFinance devra se recapitaliser

La nouvelle banque, qui bénéficiera de la garantie explicite de l’Etat, devra lever des fonds propres puisque, aujourd’hui, elle n’en a pratiquement pas. (Keystone)

La nouvelle banque, qui bénéficiera de la garantie explicite de l’Etat, devra lever des fonds propres puisque, aujourd’hui, elle n’en a pratiquement pas. (Keystone)

La dotation en capital de la nouvelle banque serait inférieure à celle des grandes banques au pire de la crise

PostFinance a obtenu vendredi sa licence bancaire de la part de la Finma, mais celle-ci est assortie de certaines conditions. La nouvelle banque, qui bénéficiera de la garantie explicite de l’Etat, devra lever des fonds propres puisque, aujourd’hui, elle n’en a pratiquement pas. Ses fonds propres s’élèvent à 0,76% du total du bilan, soit 816 millions de francs sur un total de 107,8 milliards de francs à fin juin, selon le conseiller national Hans Kaufmann (UDC/ZH), interrogé par la NZZ ce mardi. La Poste elle-même ne détient que 5,16 milliards de fonds propres.

Marc Andrey, porte-parole de PostFinance, a confirmé au Temps les chiffres publiés. La NZZ se réfère au conseiller national Hans Kaufmann, qui a évoqué le problème au parlement. Un ratio de fonds propres de 0,76% serait encore pire que celui des grandes banques suisses durant la crise. Ce ratio non pondéré du risque, ou «leverage ratio», est de 5,2% à la fin du 3e trimestre 2012 pour Credit Suisse (Bâle 2,5, Finma). Pour UBS, le ratio est, selon la Finma, de 6,1% à fin septembre (2,5%, fin 2008) et, selon Bâle III, de 3,4%.

Le besoin de fonds propres de PostFinance atteint 4 à 5 milliards de francs. Ainsi, le ratio grimperait aux alentours de 5%. Il a été défini par les autorités de surveillance, donc la Finma. En devenant une banque, PostFinance change aussi d’autorité de surveillance. L’institut financier en possède trois actuellement: le Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et des communications, le Département des finances et, pour les affaires de blanchiment, la Finma.

Le montant de 4 à 5 milliards sera levé à travers trois types de mesures, selon Marc Andrey. D’abord par la réévaluation de placements financiers à échéance fixe de PostFinance («conservés jusqu’à l’échéance»). Deuxième mesure, La Poste réévaluera la valeur d’une dizaine de ses immeubles et les transmettra ensuite à PostFinance. Le nouveau et l’ancien sièges de l’institut financier à Berne font partie du lot.

Enfin, La Poste émet un placement privé («Schuldscheindarlehen») de 1,3 milliard de francs. Ce capital serait transféré aux fonds propres de PostFinance. Marc Andrey explique au Temps que ce placement est en cours auprès d’institutionnels. Dotée des 4 à 5 milliards de fonds propres et transformée en SA, PostFinance devrait se voir délivrer sa licence bancaire au deuxième trimestre 2013.

Les critiques à l’égard de la nouvelle banque d’Etat sont vives. Hans Kaufmann s’en prend aux «acrobaties comptables» utilisées pour accroître les fonds propres. Marc Andrey rétorque que les différentes mesures sont tout à fait légales et habituelles. Dans le cas inverse, la Finma ne pourrait pas les accepter. La NZZ observe que, sur base consolidée, il n’y a pas de capital supplémentaire et la responsabilité ultime de l’institut ­appartiendra à La Poste, donc au contribuable. Sous l’angle fondamental, il est pourtant regrettable que l’Etat soit à la fois propriétaire et autorité de surveillance, comme si l’arbitre d’un match de football était également un joueur, selon la NZZ. Pour Thomas Hauser, du gérant de fortune Pirmin Hotz, la ­solution passe par une privatisation. Mais ce thème n’est pas à l’ordre du jour au parlement, selon Marc Andrey.

«PostFinance est une chance pour le système bancaire», ajoutait dans la NZZ Niklaus Blattner. Pour l’ancien vice-président de la BNS, le principal argument en faveur de la licence bancaire réside dans le besoin pour La Poste de placer PostFinance sous la loi sur les banques. Mais l’expert aimerait que PostFinance ne soit pas un risque pour le contribuable. «Il faut classer PostFinance au sein des «narrow banks» (Naba), selon lui. Cette appellation est utilisée lorsque à chaque engagement au bilan correspond un actif ayant la même échéance. Ainsi, il n’y aurait aucun risque de liquidité. Niklaus Blattner ajoute qu’il souhaiterait qu’elle soit privatisée.

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