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états-unis vendredi 23 mars 2012

Le meurtre d’un jeune Noir embrase le pays

(Reuters)

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Un drame local s’est transformé en une tragédie nationale. Trayvon Martin a été tué à l’arme à feu par un jeune Blanc

Ils portent des friandises Skittles en guise de pendentifs. Ils brandissent des boîtes de thé froid. Ils couvrent tous leur tête d’une capuche. De nombreux Américains se mobilisent en guise de solidarité pour Trayvon Martin, un jeune Noir de 17 ans tué le 26 février dernier à Sanford, au centre de la Floride, alors qu’il n’avait sur lui que les objets précités achetés au magasin du coin et qu’il portait sa capuche car il pleuvait ce soir-là. C’est George Zimmerman, un Blanc hispanique de 28 ans, né en Virginie et membre volontaire de Neighborhood Watch, une milice de quartier, qui a abattu de son arme Trayvon Martin. «En légitime défense», dit-il. Mais, vingt-six jours après son méfait, personne n’a cherché à l’arrêter.

L’affaire Trayvon Martin peut embraser si ce n’est la rue, du moins les passions en Amérique. En Floride, des pancartes disent: «Pas de justice, pas de paix.» Mercredi à Union Square à New York, des milliers de personnes ont participé à la «Million Hoodie (capuche) March». Depuis deux semaines, les protestations se multiplient à travers la Floride. Dans l’église baptiste d’Olive Street à Sanford, la communauté afro-américaine prie pour contenir sa colère. Et, comme un rituel, ceux qui ont connu la victime témoignent les uns après les autres de ce que leur inspire le défunt. Certaines mères de famille afro-américaines racontent les mauvais traitements qu’ont subis leurs fils. Un peu comme un Mohamed Bouazizi en Tunisie, Trayvon Martin apparaît soudain comme le symbole des injustices dont souffrent les Noirs. Comme si cette tragédie permettait une catharsis longtemps refoulée.

Les réseaux sociaux ont été le véhicule efficace de l’indignation. Des stars s’en mêlent: le pape du hip-hop Russell Simmons, le réalisateur Spike Lee. Depuis que ce dernier s’est joint à une pétition en ligne dénonçant une justice à deux vitesses, le nombre de signatures récoltées – un million – a progressé comme jamais dans l’histoire d’Internet, raconte le Washington Post. Au plan politique, plusieurs femmes noires du Congrès sont montées au créneau. Les associations de défense des gens de couleur, la NAACP en particulier, débattent et dénoncent. Un rassemblement national est prévu lundi ainsi que des marches un peu partout à travers le pays.

La mobilisation rappelle le climat des années 1960, qui fut la ­décennie des droits civiques où dominait le sentiment d’injustice. L’environnement sociopolitique est toutefois différent. Le responsable des droits civiques au Département fédéral de la justice est un Hispanique. Le ministre de la Justice, Eric Holder, et le président Barack Obama sont tous deux Noirs. Cela ne signifie pas que les Etats-Unis soient une société post-raciale, relève la professeure d’histoire Bernadette Pruitt, de la Sam Houston State University. Au plan économique, la communauté afro-américaine reste d’ailleurs la plus touchée par le chômage et certains de ses hérauts appellent à la concrétisation du principe de justice économique promu par le révérend Martin Luther King.

Les conditions dans lesquelles George Zimmerman a abattu sa victime sont encore entourées de mystère. Comme membre d’une milice de quartier, ce dernier a appelé la police pour l’avertir de la présence d’un suspect dans une résidence fermée où habitait le père de la victime. Les autorités l’exhortent à ne rien entreprendre. Il fera la sourde oreille. Une bande sonore de la conversation est désormais analysée de près, car George Zimmerman aurait tenu des propos racistes. La petite amie de Trayvon Martin est aussi un témoin clé. Peu avant le drame, elle était au téléphone avec le jeune Noir, qui se disait menacé. La qualification de la tuerie sera essentielle. S’il s’agit d’un crime racial, la loi fédérale s’appliquera. Mais, pour l’heure, le cafouillage relève aussi d’un conflit entre la loi de Floride et la législation nationale.

George Zimmerman, qui souhaitait devenir policier, a déjà été accusé de violence domestique. Visiblement soucieux de l’ordre, il a appelé la police à 50 reprises l’an dernier. Son père estime qu’il n’est pas raciste et qu’il a de la parenté et des amis afro-américains. Quant au site internet Blaze fondé par l’ex-animateur de Fox News Glenn Beck, il jette de l’huile sur le feu en qualifiant Trayvon Martin de fauteur de troubles. Le FBI, lui, a ouvert une enquête. Aujourd’hui, de hauts responsables de la justice se rendent en Floride auprès de la famille Martin, et le ministre Eric Holder rencontre des pasteurs noirs à la Maison-Blanche. L’affaire est prise très au sérieux.

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