(Daniel Winterreg)

60% des chômeurs en fin de droits retrouvent un emploi dans les cinq ans, selon l’Office fédéral de la statistique. Travail instable, salaire réduit, leur situation reste fragile. Dans les milieux concernés, on craint les effets du marasme économique
Martial n’a plus droit aux indemnités journalières. Après un apprentissage de facteur et un parcours riche en expériences, des usines aux chantiers en passant par le Jardin botanique, il s’est retrouvé au chômage à Genève. Puis ses délais-cadres ont expiré. A 54 ans, il vit maintenant du revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS). Comme la plupart des chômeurs en fin de droits, son âge et sa formation le pénalisent. Des milliers de personnes se retrouvent chaque année dans son cas. Les femmes et les étrangers sont particulièrement touchés, montre l’Office fédéral de la statistique (OFS) dans une étude publiée en octobre*.
Les chiffres avancés par l’OFS semblent pourtant réjouissants. En 2008, les chômeurs en fin de droits n’étaient que 19 912, pour 38 048 en 2005. C’était sans compter la crise. «Notre étude repose sur les résultats de 2004 à 2008», précise Gladys Taglang, auteur du rapport. «Elle se base donc sur une période économique favorable. On ne peut rien dire pour la suite.» La scientifique, prudente, n’avance pas de chiffres.
Sur le terrain, on craint le pire. Pour Roger Piccand, chef du Service de l’emploi du canton de Vaud, «2010 s’annonce difficile. L’économie retrouve le chemin de la croissance, mais le chômage ne diminuera pas dès le premier trimestre. Placer les «fins de droits» en entreprise va devenir de plus en plus difficile.» Avec une augmentation du chômage de 45,5% en décembre 2009 par rapport à l’année précédente, la concurrence se durcit sur le marché du travail. Et la crise risque de se répercuter dans deux ans, à l’échéance du délai-cadre des demandeurs d’emploi actuels.
Que deviennent-ils?
La prise en charge des chômeurs en fin de droits varie considérablement d’une région à l’autre**. Dans les cantons romands, les autorités proposent des «mesures de réinsertion». Elles allouent par exemple une subvention temporaire aux entreprises qui les engagent («allocation de retour en emploi» à Genève, «allocation cantonale d’initiation au travail» dans le canton de Vaud). Certains cantons offrent également des emplois dits de solidarité ou d’insertion, subventionnés par la collectivité publique, au sein d’organisations à but non lucratif.