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ménages Suisses vendredi 17 février 2012

La classe moyenne s’érode

Yelmarc Roulet

(Keystone)

(Keystone)

Selon l’Administration fédérale des contributions, le revenu net des contribuables moyens est en recul, faible mais régulier, depuis 2002

De 2002 à 2008, l’assise de la classe moyenne suisse s’est réduite. Légèrement mais de manière continue. Alors que les 60% des contribuables regroupés dans la classe moyenne généraient en 2002 près de 53% du revenu net, ils n’en faisaient plus en 2008 que 50,4%.

Cette érosion s’est faite au bénéfice des plus riches: les 20% de contribuables les plus aisés ont dans le même laps de temps augmenté leur part de 45,2 à 47,2%. Le segment constitué par les 20% de contribuables les plus faibles restent stable en revanche. Leur part passe de 2,6% en 2002 à 2,4% en 2008 (voir graphique).

Cette étude confirme le travail réalisé en 2010 par le bureau bernois BASS (Bureau d’études sur le travail et la politique sociale), qui indiquait une stagnation de la classe moyenne, au profit de la classe aisée. Ces nouvelles données ne manqueront pas d’intéresser les partis politiques qui prétendent tous venir au secours d’une catégorie de la population aussi difficile à saisir sociologiquement qu’à rassembler politiquement.

Qui forme la classe moyenne? C’est la première question à laquelle se confronte l’étude de l’AFC. Comme l’explique Rudi Peters, l’auteur de l’étude, on regroupe sous «classe moyenne» les 60% des contribuables qui se situent entre les 20% les plus faibles et les 20% les plus forts. Cette classe moyenne est elle-même divisée en deux segments, les 30% de la classe moyenne inférieure et les 30% de la classe moyenne supérieure. Cela situe 2,7 millions de contribuables dans la classe moyenne inférieure et supérieure, pour 910’000 contribuables en dessous et autant en dessus.

Où vit la classe moyenne? Reportés sur des cartes du pays commune par commune, les résultats de l’AFC montrent que la répartition des classes de revenu varie visiblement d’une région à l’autre.

Les plus riches contribuables se concentrent dans la région lémanique, la région Zurich-Zoug et autour des villes de Berne, Bâle et Lugano. Les contribuables aisés dépassent notablement leur part moyenne de 20% dans les cantons de Zurich (26,7%), Genève (27,6%) et Zoug (32,3%).

Les contribuables les plus faibles sont surreprésentés dans les cantons du sud des Alpes et l’Oberland bernois. Ils sont spécialement nombreux en Valais (32,8%) et aux Grisons (30,9%). Quant à la classe moyenne, elle occupe le plus de place dans les régions de campagne, à l’exception du Valais et des Grisons. Elle dépasse notamment ses 60% de moyenne à Fribourg (66,9%) et dans le Jura (66,8%). Avec plus de 60% également dans les cantons de Neuchâtel, Berne, Soleure et Argovie, le Mittelland pourrait bien être resté une terre promise de la classe moyenne (voir cartes).

L’étude de l’AFC constate également que les 60% de contribuables réunis dans la classe moyenne ne paient à eux tous que 13,8% de l’impôt fédéral direct (IFD). Tandis que les 20% de contribuables aisés rapportent 86%, autant dire l’essentiel de celui-ci. Les 20% moins aisés en produisent à peine 0,2%. Ce contraste s’explique par le caractère très progressif de l’IFD, qui confirme sa réputation «d’impôt pour les riches». Le résultat serait beaucoup plus nuancé et la classe moyenne davantage sous pression fiscale, si l’on prenait en compte les impôts cantonaux.

Le revenu déterminant retenu dans cette étude est le revenu imposable des personnes physiques, mais sans tenir compte des déductions pour enfants, primes d’assurance maladie ou couples à deux revenus. Il est donc plus élevé que le revenu imposable de la déclaration d’impôts. Le calcul tient compte également d’un quotient familial (1 pour une personne seule, 1,5 pour un couple et 0,3 par enfant). Ce revenu net équivalent se situe entre 17’500 et 39’500 francs pour les 1’365’000 contribuables de la classe moyenne inférieure (30%) et entre 39’500 et 62’444 francs pour les 1’365’000 contribuables de la classe moyenne supérieure (30%). Pour les 910’000 contribuables modestes (20%), ce revenu net équivalent est inférieur à 17’400 francs, tandis qu’il est supérieur à 62’444 francs pour les 910’000 contribuables du haut de l’échelle (20%).

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