Texte - +
Imprimer
Reproduire
allemagne samedi 17 mars 2012

Epine électorale dans le pied d’Angela Merkel

Les électeurs de Rhénanie du Nord-Westphalie seront appelés aux urnes d’ici au 13 mai pour des élections anticipées, à la suite de l’éclatement de la coalition régionale du SPD et des Verts sur le budget

Angela Merkel pensait gouverner cette année en eaux tranquilles. Il n’en sera finalement rien. A la surprise générale, la ministre-présidente du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hannelore Kraft (SPD), a décidé cette semaine de convoquer des élections anticipées dans la région la plus peuplée (18 millions d’habitants) et l’une des plus riches du pays. Des élections dans ce Land aux allures de poids lourd politique et traditionnellement à gauche ont forcément des répercussions jusqu’à Berlin.

Il manquait une voix à Hannelore Kraft pour avoir avec les Verts la majorité absolue au parlement de Düsseldorf. Incapable de s’entendre avec l’opposition sur le budget régional de 2012, la très populaire ministre-présidente, au pouvoir depuis mai 2010, a finalement jeté l’éponge. Les élections anticipées se tiendront avant le 13 mai.

Le délai est bien court pour ­Angela Merkel, dont l’Union chrétienne-démocrate (CDU) est donnée battue dans la région par les sondages: 38% des électeurs s’apprêtent à voter SPD, 14% pour les Verts; la CDU devrait se contenter de 33% des voix, tandis que son partenaire de coalition à Berlin, le parti libéral FDP, n’est crédité que de 2% d’intentions de vote, ce qui ne suffirait pas pour être représenté au parlement de Düsseldorf. Hannelore Kraft est presque assurée d’être reconduite, à la tête d’une coalition avec les Verts ou la CDU.

«Une élection régionale de cette importance perdue à un an des législatives de l’automne 2013 mettrait Angela Merkel dans une situation très difficile et poserait des problèmes au niveau national», estime la politologue Christine Landfried de l’Université de Hambourg.

Certes, Angela Merkel est pour l’instant assurée de la confiance de près des deux tiers de ses concitoyens et la CDU est toujours en tête des sondages au niveau national. Mais «si la Rhénanie vote pour le SPD et les Verts, il sera difficile à Angela Merkel de rassembler, symboliquement, une majorité derrière elle», estime le politologue Nils Diederich.

Les Pirates arbitres

Pressée par le temps et la nécessité de limiter les dégâts, Angela Merkel envoie donc l’un de ses plus populaires ministres affronter Hannelore Kraft à Düsseldorf. Norbert Röttgen, ministre de l’Environnement et auteur du virage énergétique adopté par l’Allemagne au lendemain de Fukushima, est apprécié au-delà du camp conservateur. Avec lui en tête de liste, la chancelière espère grappiller des voix aux Verts. En cas de succès, Norbert ­Röttgen devrait quitter Berlin pour la Ruhr et se mettrait en piste pour la chancellerie, à l’horizon 2017.

Les libéraux ont pour leur part choisi Christian Lindner pour défendre leurs couleurs alors qu’il en va de leur survie politique. Le FDP n’est plus crédité que de 3% d’intentions de vote au niveau national et a pratiquement disparu de tous les parlements régionaux.

C’est un nouveau venu qui arbitrera le jeu: le Parti des pirates, crédité de 7 à 8% d’intentions de vote au niveau fédéral. Parti de prédilection des jeunes électeurs, les Pirates s’engagent pour une démocratie directe, sur Internet.

2012, promue super-année électorale (les électeurs de Sarre voteront également le 23 mars, ceux du Schleswig-Holstein le 6 mai), pourrait de nouveau être une année d’immobilisme politique. Angela Merkel n’avait pris aucune décision impopulaire entre sa réélection à l’automne 2009 et les élections de Rhénanie en mai 2010.

Reproduire
Texte - +