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décès mardi 07 septembre 2010

Cobra vient de perdre un peu de ses couleurs

Le peintre Cornelis van Beverloo, alias Corneille, s’est éteint à l’âge de 88 ans

Il était l’un d’eux, l’un des membres fondateurs, aux côtés de Constant, de Karel Appel, d’Asger Jorn et de quelques autres, de Cobra – Cobra non comme Corneille, mais pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam, villes de provenance des artistes concernés. Dans le nord de l’Europe, Cobra entendait mettre en avant une peinture de facture fougueuse, chargée d’émotions, en réaction contre l’art cérébral, ainsi que contre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Né en Belgique en 1922, Cornelis van Beverloo, dit Corneille, vient de s’éteindre en France. Des peintres de Cobra, il était l’un des moins sauvages, interprète raffiné du paysage, aux frises de l’abstraction.

Cobra, mot clé et référence lorsqu’on évoque l’art de Corneille, de Dotremont ou d’Alechinsky, ne vécut que brièvement en tant que courant pictural. Fondé en 1948 à Paris, «dans l’arrière-café du Notre-Dame Hôtel», il fut dissous en 1951. Et chacun poursuivit sa carrière, une carrière sans doute moins non conformiste que du temps de Cobra, mais toujours dirigée vers l’authenticité et l’originalité. Inspirés par le surréalisme, par Miró notamment, les membres de Cobra entendaient privilégier les expériences collectives et partageaient avec Klee, par exemple, le goût des manifestations primitives et spontanées, comme le dessin d’enfant. Le dialogue avec la littérature, sensible chez Alechinsky, l’un des derniers survivants de l’aventure désormais, reste un des fondements de celle-ci.

Esprit de liberté

Ainsi Corneille, marqué par ses voyages en Afrique du Nord, épris de poésie surréaliste, lecteur de Rimbaud, de Lautréamont et de Bachelard, n’hésitait-il pas à redoubler au moyen de mots la poésie s’élevant de sa peinture. Ses vues panoramiques de la ville (Amsterdam, où il suivit très irrégulièrement des cours de dessin à l’Académie des beaux-arts) allient les enchevêtrements propres aux cartes géographiques et des teintes soigneusement obtenues. Sans doute son attirance pour le motif de l’oiseau n’est-elle pas étrangère à l’esprit de liberté qui caractérise son œuvre. Corneille, ce drôle d’oiseau.

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