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phénomène mardi 12 janvier 2010

Un site internet propose d’investir sur des joueurs de tennis

Elisabeth Pineau

Tennis-angels.com permet aux internautes de soutenir des jeunes concurrents prometteurs et de se partager en retour 30% de leurs gains. 300 internautes ont déjà été conquis

Et si les internautes donnaient un coup de pouce aux tennismen prometteurs qui galèrent financièrement? C’est le pari que se sont lancé Jean-Marie Loinard et Dimitri Lorin, ancien joueur professionnel français, avec tennis-angels.com. Ce site participatif propose au grand public de sponsoriser un joueur ou une joueuse en espérant un retour sur investissement si le poulain intègre un jour le Top 100.

Si le concept existait en musique (My Major Company) ou dans le cinéma (Touscoprod), c’est la première fois qu’il est appliqué au sport. «L’idée, c’était de trouver une réponse aux contraintes que Dimitri [classé 302e à l’ATP en 2002, ndlr] a connues durant sa carrière, explique Jean-Marie Loinard. Au-delà de la 200e place mondiale, vos gains ne couvrent pas vos dépenses: votre calendrier sportif est plus lié à l’état de votre compte en banque qu’à autre chose, et l’entraîneur ne fait pas toujours partie du voyage. Du coup, vous ne vous battez pas à armes égales avec ceux qui peuvent se payer leurs billets d’avion, leurs chambres d’hôtel, etc.» Pour y remédier, Tennis Angels propose suivi et financement pendant trois ans, à raison de 50 000 euros par saison et par joueur. Au prorata de leur investissement (la mise minimum est de 20 euros), les parrains se partageront en retour 30% des gains sportifs annuels du joueur. En guise de rémunération, Tennis Angels en percevra 20%. A ce jour, plus de 22 280 euros ont été investis par 300 «business angels», qui peuvent suivre au quotidien l’actualité des apprentis champions. La sélection, elle, s’avère drastique. «On évalue le potentiel du joueur et sa motivation personnelle, sa structure, ainsi que la solidité du projet. Il faut qu’il ait un petit plus, au niveau physique, mental ou tennistique, mais il n’y a pas de critère d’âge», précise Lorin.

Trente demandes sérieuses de joueurs

Depuis le lancement le 1er octobre, les fondateurs français ont reçu 30 demandes sérieuses, dont la moitié de joueurs étrangers classés à l’ATP (hommes) ou à la WTA (femmes). Une version en anglais sera lancée dans les prochains jours pour mieux répondre à la demande. Parmi les cinq joueurs déjà sélectionnés, figurent Augustin Gensse, 26 ans, 578e à l’ATP et 31e Français, et Claire Feuerstein. A 23 ans, la numéro 13 française a fait un bond spectaculaire au classement WTA la saison dernière, passant de la 400e à la 173e place, ce qui lui permettra de disputer pour la première fois les qualifications de l’Open d’Australie.

«Tout le temps
des compromis»

Si le succès est au rendez-vous, ce soutien financier devrait l’aider à oublier les contraintes matérielles du quotidien. «C’est des compromis un peu tout le temps, résume-t-elle. Il y a quelques semaines, j’étais à Prerov en République tchèque pour disputer un 25 000 dollars. Au lieu d’atterrir à Ostrava, l’aéroport le plus proche, j’ai dû passer par Prague, où les billets étaient deux à trois fois moins chers, puis prendre le train et le taxi. J’ai mis dix heures alors que j’aurais pu en mettre trois.» Ce qui ne l’a pas empêchée de remporter le titre.

«Le but, c’est aussi de montrer la réalité de la vie de joueur professionnel au grand public qui, souvent, ne voit que les paillettes. Le tennis, quand on n’est pas aidé financièrement, et qu’on ne rentre pas dans les critères de la Fédération française de tennis [la FFT, ndlr], c’est tout simplement l’enfer», confirme Lorin.

Le concept a séduit la FFT, qui envisage un partenariat. «C’est une belle initiative, estime Bernard Pestre, directeur technique national adjoint. De nombreux jeunes qui essaient de se lancer sur le circuit ont du mal à rentrer dans leurs frais. Nous ne pouvons pas les prendre tous en charge, donc cette démarche est totalement complémentaire.» Le site se donne six mois avant de tirer un premier bilan. En cas d’échec, les parrains pourront récupérer leur mise ou l’investir sur un autre joueur. «Ça a marché pour la musique alors pourquoi pas pour le tennis!» sourit Claire Feuerstein.

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