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FRANCE mercredi 14 novembre 2012

François Hollande assume le cap des réformes

François Hollande à l’Elysée. Quarante-cinq minutes de discours et une heure et demie de questions-réponses avec 400 journalistes. (Roger Wojazer / Reuters)

François Hollande à l’Elysée. Quarante-cinq minutes de discours et une heure et demie de questions-réponses avec 400 journalistes. (Roger Wojazer / Reuters)

Le président de la République s’est livré à un exercice de mise en perspective de son action. Il nie tout virage et confirme ses choix, souvent incompris à gauche

François Hollande «assume» la révolution copernicienne engagée par la gauche française. Pour la première grande conférence de presse de son quinquennat, presque six mois jour pour jour après sa prise de fonction, le président de la République assume chaque réforme engagée, ainsi que l’impopularité qui les accompagne. Depuis la rentrée, comme le montrent les sondages, le mécontentement gronde parmi les Français, tandis que les critiques fusent aussi au sein de la majorité, dont une partie se sent trahie par la politique sociale-démocrate (sociale-libérale, disent d’amers «camarades») menée par le Corrézien. Elle met en avant l’offre et donc les entreprises, avant la demande et les consommateurs, attitude plus traditionnelle à gauche.

Comme il s’y est engagé durant sa campagne, et contrairement à ce qui fut fait par le passé, François Hollande veut aussi mener les réformes difficiles dans les deux premières années du quinquennat, dans l’idée d’en retirer les fruits par la suite. Aussi, hier, toutes les questions qui fâchent ont été abordées, de la hausse de la TVA dès 2014 aux augmentations d’impôts immédiates, en passant par la diminution des dépenses publiques ou le report du débat sur le droit de vote des étrangers.

Durant plus de deux heures, dans l’imposante et clinquante Salle des fêtes du Palais de l’Elysée, toute d’ors parée, le socialiste, solennel, détendu, parfois facétieux, a joué une partie extrêmement serrée. L’enjeu: rassembler les pièces éparses et disparates du puzzle du changement pour en faire émerger une image claire de sa stratégie politique. «Le cap est fixé», explique le chef de l’Etat, c’est celui de la «reconquête de l’avenir de la France, sans relâchement ni recul.» Après les séquences politiques du budget et du rapport Gallois sur la compétitivité de la France, deux sujets techniques, l’exercice se voulait très pédagogique pour faire comprendre la «gravité» de la situation. Dette abyssale à plus de 90% du PIB, chômage en hausse depuis 17 mois, croissance à l’arrêt, décrochage productif: François Hollande rappelle le cadre qui appelle et impose les réformes. «Le déclin n’est pas notre destin», lance le président, dont la politique de «redressement» économique se fonde sur un triptyque: la réorientation de la construction européenne vers davantage de croissance, le sérieux budgétaire pour désendetter la France, des mesures pour améliorer la compétitivité de l’économie, relancer la croissance et donc l’emploi. «J’ai fait mes choix, je les confirme», assène le chef de l’Etat, se référant à ses engagements de campagne. Le candidat socialiste avait, c’est vrai, promis de ramener le déficit à 3% en 2013, et les comptes à l’équilibre en 2017, mais il s’était alors gardé de dire comment il atteindrait cet objectif.

Hier, c’est un appel à «l’effort collectif» qu’il a lancé pour faire passer l’amère pilule des augmentations d’impôts (20 milliards d’euros au budget 2013). François Hollande a aussi clarifié sa position sur les dépenses publiques que la droite, les milieux économiques ou la Cour des comptes estiment encore trop préservées. Elles représentent actuellement 57% de la richesse nationale (52% il y a cinq ans) et baisseront de 60 milliards d’euros au cours du quinquennat, soit 12 milliards environ par année. «Il nous faut réformer l’Etat, notre organisation, notre système social, faire mieux en dépensant moins», lance le président.

Des propos qui illustrent la révolution copernicienne et ne vont pas réconcilier le président avec sa gauche. Pour elle, le socialiste va à l’encontre de la politique traditionnelle d’une telle majorité, s’agissant notamment de la proposition de «refonte des taux» de la TVA dès 2014. Cet impôt, une immense majorité à gauche le juge particulièrement injuste, et François Hollande en avait d’ailleurs combattu la hausse durant sa campagne. Aujourd’hui, le chef de l’Etat se justifie ainsi: «L’augmentation sera de 0,4 point, la TVA passera de 19,6 à 20%, […] c’est quatre fois moins que ce qui était prévu par nos prédécesseurs.»

Sur la compétitivité, un autre sujet sur lequel la gauche est plus que circonspecte, François Hollande a aussi justifié l’action du gouvernement: «Le décrochage productif, c’est le mal français», «les plans sociaux en sont le symptôme». Le «pacte productif» est ainsi, à ses yeux, le vecteur du «rassemblement du pays autour de la seule cause qui vaille, son avenir.» Ce pacte est un «exercice de vérité sur le coût du travail qui n’est pas tout, mais qui est tout sauf rien», tente le président dans une formule typiquement hollandaise. C’est ainsi qu’il justifie le crédit d’impôt de 20 milliards d’euros aux entreprises annoncé après le rapport ­Gallois, qui passe mal auprès de l’électorat de gauche, et représente un allégement de 6% sur la masse salariale. Envers sa majorité, le président fait tout de même deux gestes. Il annonce une proposition de fiscalité énergétique pour le printemps et, contre la finance qu’il avait qualifiée d’ennemie durant sa campagne, il confirme la présentation d’une loi d’ici à la fin 2012, pour séparer les activités de dépôts et de crédit de celles liées à la spéculation.

Le style du président enfin. Si François Hollande tente de se départir de la présidence «normale» qui ne sied guère à la fonction, il assume néanmoins une certaine «simplicité» et se pose en président «responsable» pour amener le pays vers «l’apaisement» dont il estime avoir grand besoin.

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