Texte - +
Imprimer
Reproduire
crise mardi 15 mai 2012

La Grèce risque de quitter la zone euro

La rencontre des trois dirigeants de partis politiques grecs (conservateur, socialiste et Dimar) avec le chef de l’Etat Carolos Papoulias (au centre) pour tenter de trouver une coalition gouvernementale s’est achevée lundi soir sur une proposition de gouvernement formé de personnalités non politiques. (Keystone)

La rencontre des trois dirigeants de partis politiques grecs (conservateur, socialiste et Dimar) avec le chef de l’Etat Carolos Papoulias (au centre) pour tenter de trouver une coalition gouvernementale s’est achevée lundi soir sur une proposition de gouvernement formé de personnalités non politiques. (Keystone)

Les partis politiques grecs ne sont toujours pas parvenus à former un gouvernement. Le sort de la Grèce a dominé lundi soir les discussions de l’Eurogroupe. A Athènes, des hommes d’affaires se veulent optimistes

Elections générales anticipées ou gouvernement de salut national. A l’issue du scrutin du 6 mai qui n’a pas donné une majorité claire et d’une semaine de vaines tractations entre les différentes formations politiques en vue de former un gouvernement, la Grèce était suspendue lundi soir aux résultats des négociations de la dernière chance. Le président de la République, Carolos Papoulias, a réuni trois partis – Nouvelle Démocratie (centre droit), Pasok (centre gauche) et Dimar (gauche démocratique) – pour trouver un consensus. De nouveau sans résultat.

Le scénario de l’impasse et le retour de la population aux urnes dans environ un mois se concrétisent de plus en plus. Cette perspective fait craindre le pire. Si la Gauche radicale renouvelle son succès du 6 mai, qui a fait d’elle la deuxième force de l’échiquier politique, la Grèce se retrouvera dans l’impossibilité de poursuivre le plan de redressement mis en place par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Dans un tel cas, une sortie de la Grèce de la zone euro deviendra probable.

Le ministre allemand des Finances, candidat pour prendre la tête de l’Eurogroupe, Wolfgang Schäuble, a écarté lundi tout assouplissement du plan de réformes demandé à Athènes. «Je ne vois pas ce que nous aurions pu faire de plus en termes de négociations» avec les Grecs, a-t-il affirmé à son arrivée à Bruxelles.

Ce que la Grèce doit faire, mais ne fait pas

Le 21 février dernier, les ministres des Finances de la zone euro s’accordaient sur la mise en place d’un deuxième plan d’aide en faveur de la Grèce. En échange d’une enveloppe de 130 milliards d’euros de la part de la troïka, Athènes acceptait de mettre en place de nouvelles mesures d’austérité (coupes budgétaires, dérégulation du marché du travail, privatisations, réformes structurelles en matière d’impôts et de justice). Objectif: ramener la dette publique de la Grèce à 120% de son produit intérieur brut (PIB) en 2020 contre 160% en début d’année. Trois mois plus tard, alors que Bruxelles attend d’Athènes qu’il présente de nouvelles mesures d’économies en juin, les Grecs remettent en question le plan d’aide. Ils l’ont fait savoir par les urnes le 6 mai lorsque 70% d’entre eux ont voté en faveur des partis anti-austérité. Sur le terrain, les chantiers de réformes sont à peine ouverts.

Quel coût pour la Grèce?

Selon l’agence de notation Fitch lundi, «un départ de la Grèce entraînerait pour ses entreprises d’importantes perturbations en termes de croissance et d’échanges extérieurs de capitaux en les mettant en défaut de paiement ou tout près d’un défaut». A commencer par un secteur bancaire maintenu sous perfusion avec l’aide de la BCE. Par ailleurs, privé d’aide extérieure – l’Europe et le FMI attendant la formation d’un nouveau gouvernement avant de décider du versement, ou non, d’une nouvelle tranche d’aide – l’Etat grec pourrait rapidement faire faillite. Selon le FMI, le retour à la drachme passera inévitablement par une dévaluation d’au moins 15% à 20% face à l’euro. Pour Valérie Plagnol, directrice de la recherche à Credit Suisse, cela impliquerait «des pertes de valeur considérables en termes d’épargne et de pouvoir d’achat pour les citoyens grecs». En outre, souligne-t-elle, «l’économie grecque n’étant pas très ouverte, le pays n’aurait pas forcément beaucoup à gagner d’une dévaluation pour relancer les exportations».

Et pour la zone euro?

La réponse est peut-être contenue dans un rapport du FMI sur… le Luxembourg. «Un accident politique dans la zone euro pourrait provoquer une crise financière engloutissant la région», avertissent lundi ses experts. Car là est bien le problème: l’abandon de la monnaie unique ne pourrait être que chaotique, même si des plans sont à l’étude depuis la menace d’un référendum à l’automne 2011. Rien n’est prévu pour un retour aux monnaies nationales. Ni dans les traités, ni dans les faits. Il faudrait donc, en théorie, que la Grèce quitte l’UE, réimprime des drachmes en secret et maintienne les deux monnaies pendant une durée à déterminer, voire toujours, comme dans certains pays en développement. Un cauchemar pour les banques exposées en Grèce, tel le Crédit Agricole français susceptible de perdre jusqu’à un milliard d’euros dans sa filiale, Emporiki, acquise en 2006, et les pays sous assistance tels que le Portugal ou l’Irlande.

Au vu des tensions bancaires en Espagne, le jeu de domino virerait au château de cartes dans toute l’Europe. Mieux: la suspension du second plan de sauvetage de la Grèce de 130 milliards d’euros n’empêchera pas le pays, à terre, d’avoir besoin de plusieurs dizaines de milliards pour boucler ses fins de mois. Une facture colossale à l’agenda du futur Mécanisme européen de stabilité doté de 500 milliards d’euros.

Des marchés inquiets

Plombés par les incertitudes, les marchés européens ont terminé la journée en rouge ce lundi. Le record de la journée revient à la bourse grecque. A l’issue d’une séance où il a perdu jusqu’à près de 6%, l’Athex a clôturé en baisse de 4,56%, à son plus bas niveau historique depuis vingt ans. Inquiets de possibles risques de contagion, les investisseurs ont continué à se détourner de l’euro hier. Pour la dixième fois en onze jours, le cours de la monnaie unique a reculé, s’inscrivant au-dessous de 1,29 dollar.


ö Lire aussi en page 13

Reproduire
Texte - +