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Beau livre samedi 23 juin 2012

Sept d’un coup pour deux tailleurs d’images et de mots

Un peintre et un écrivain s’exercent à l’art du feuilleton, baroque et ludique

Genre: Beau livre
Qui ? Frédéric Clot/Arnaud Robert
Titre: Hors-Bord
L’Heptalogie terminale
Chez qui ? Art & Fiction, coffret de 7 vol., 518 p.

Avec cette «heptalogie», les Editions Art & Fiction remplissent parfaitement leur mission: un peintre, Frédéric Clot, un auteur, Arnaud Robert, collaborateur du Temps , réunis dans un projet commun de sept volumes où verbe et images sont en dialogue. L’intention, née d’une longue amitié, s’affiche dès le premier volume sur la couverture d’un noir et blanc éclatant: Hors-Bord sera «un feuilleton en 7 volumes d’aventure, d’images vraies et de rebondissements. Romans de gare de l’ère du recyclage. Machines à faire du beau pendant qu’il est encore temps. En 7 histoires et autant de visions, Hors-Bord sera un animal saumâtre, empêtré dans ses radeaux de plastique. A la fin, tout est clair. Ils dérivent vers des destinations plus sûres.» On ne saurait dire mieux. Le «dessinateur verticaloïde» et «l’explorateur kamikaze» du premier volume changent d’avatars de volume en volume, jusqu’à devenir «le pirate des greniers» et «l’insulaire malgré lui» au dernier.

«Mobutu en papier»

Il y a de l’humour potache dans ces épisodes bondissants, mais surtout de la jubilation visuelle et verbale, que magnifie la netteté de l’impression à jet d’encre sur papier couché. Le premier épisode, qui met en scène le suicide du peintre Yiang (né en 2002), peut se lire comme une satire des milieux de l’art contemporain. Le deuxième, «Les dimanches», plus intimiste, est beaucoup plus mélancolique, moins délirant. Le «Mobutu en papier» et «l’Ubu détrempé» sont de grands voyageurs. On trouve dans leur dialogue des traces des banlieues déliquescentes de l’Afrique, des Caraïbes, du «créole créolisé de vaudou fermenté». Les images génèrent les mots et réciproquement. Le rythme de la phrase entraîne la digression. Frédéric Clot s’amuse à faire surgir des masques, des monstres, des visions de l’actualité éclatées en chaos organisé, «le regard calfeutré derrière l’interdit transgressé». A la septième journée, calligraphiée sur fond noir, les créateurs se reposent, reprenant, en listes délirantes, les thèmes des six premiers.

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