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justice mercredi 04 juillet 2012

Un ancien de Glencore accuse Louis Dreyfus de «manipuler» le coton

Mark Allen poursuit aux Etats-Unis la maison de négoce pour avoir influencé les cours du coton. Ancien cadre de Glencore, il nie tout lien entre sa plainte et son ex-employeur. Louis Dreyfus BV «conteste cette plainte avec la plus grande vigueur»

«Un fait divers de plus affectant le marché du coton américain», soupirait hier un négociant parisien, tout en assurant avoir été épargné par les mouvements violents des cours, il y a un an sur l’Intercontinental Exchange.

Ce n’est en revanche pas le cas de Glencore, empire du négoce dont l’ancien responsable du commerce de la fibre attaque la maison Louis Dreyfus Commodities devant la justice américaine. Dans une plainte déposée le 20 juin dernier – et révélée lundi par le Financial Times – Mark Allen accuse son ancien concurrent d’avoir «manipulé» les prix du coton en avril et en juin 2011, par le biais d’une filiale américaine, Term Commodities. En «exacerbant intentionnellement le manque de coton préexistant», celle-ci aurait amplifié volontairement les fluctuations de cours sur le marché américain. Elle serait également à l’origine d’une «divergence anormale, cinq fois plus importante que les records observés jusque-là» entre les cours des contrats à terme et ceux des cargaisons livrables immédiatement.

Serge Schoen, le directeur général de Louis Dreyfus BV, a indiqué hier à l’agence Bloomberg «contester cette plainte avec la plus grande vigueur», précisant que son groupe «présent sur cette activité depuis des décennies, connaît les règles et les respecte».

S’exprimant dans le Financial Times, Mark Allen – qui aurait été licencié par Glencore à la fin de l’an dernier – a nié «tout lien entre sa plainte et Glencore»; ce que confirmait hier le groupe basé à Baar (ZG). L’an dernier, le géant du négoce a été touché de plein fouet par une «dislocation du marché du coton» à laquelle il a attribué les pertes de 8 millions accusées dans son négoce de produits agricoles. Un an plus tôt, cette activité lui avait rapporté plus de 650 millions. Dans un entretien accordé au Temps en mars, son patron, Ivan Glasenberg, détaillait comment Glencore s’était retrouvé piégé sur d’importantes commandes passées en 2010 à prix fixe – mais couvertes par des ventes sur les marchés à terme – auprès de producteurs d’Afrique de l’Ouest en 2010. L’envolée des cours au début de 2011 avait conduit les producteurs à reporter leur livraison, forçant la maison de négoce à annuler ses opérations de couvertures, à pertes. Ensuite, «quand, finalement, nous avons réussi à être livrés, les prix sur les marchés à terme ont rapidement baissé, contrairement au cours auquel pouvait être vendue la marchandise», entraînant d’autres pertes, expliquait le patron de Glencore.

Ce n’est pas la première fois que le dysfonctionnement du marché à terme du coton aux Etats-Unis défraie la chronique. «Le marché est cassé, complètement faussé», témoignait même en 2008 le président de Dunavant – sortie depuis du secteur, cette firme était alors l’un des piliers du négoce du coton – devant une commission parlementaire à Washington. Dans une lettre adressée à la Chambre des représentants, la toute puissante association des cotonniers – l’American Cotton Shippers Association – rappelait de son côté «l’impact néfaste sur tout le secteur de la spéculation excessive touchant l’Intercontinental Exchange». Une mise en garde qui, quatre ans plus tard, reste toujours d’actualité.

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