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revue de presse jeudi 20 décembre 2012

Dernières nouvelles de Noël avant l’heure

(Kacper Pempel/Reuters)

(Kacper Pempel/Reuters)

Fin de la quatrième année de crise. Mais embellie boursière. Florilège de gâteries médiatiques avant les Fêtes

«Au risque de gâcher votre fin du monde, il y a une hypothèse, suggérée par La Gruyère jeudi, qu’il convient de prendre au sérieux: et si nous survivions?» Donc, on répète, dans l’hypothèse très improbable où nous nous réveillerions samedi matin, l’avenir le plus proche, ce sera Noël. Avec son lot habituel de fausses bonnes nouvelles.

Comme celles relevées par Eurotopics, qui constate: «La perspective d’un compromis dans le litige budgétaire américain et la revalorisation par l’agence Standard & Poor’s de la note souveraine grecque font grimper les cours des bourses mondiales depuis mardi. Si certains chroniqueurs y voient un signe d’espoir [comme le correspondant du Temps à Bruxelles, dans son éditorial du 14 décembre], d’autres restent sceptiques et critiquent les politiques qui annoncent déjà la fin de la crise.»

Et le site web spécialisé dans les revues de presse de citer la Neue Zürcher Zeitung, pour laquelle «Standard & Poor’s apporte l’espoir à la Grèce», comme un «cadeau de Noël»; The Economist, aux yeux duquel «Obama semble éviter le fiscal cliff», cette chiennerie de «précipice budgétaire»; Il Sole 24 Ore, qui juge l’«euphorie boursière injustifiée»; le Diário económico portugais, selon lequel «les politiques européens se réjouissent trop tôt»: «Ano novo, nada de novo», titre-t-il; et la Süddeutsche Zeitung, avertissant bien entendu qu’il n’y aura «pas de retombées pour les épargnants» issues de cette «embellie boursière».

Foin de sinistrose!

Bon. Mais il y a quand même un «besoin d’optimisme», comme le dit le titre de l’éditorial du dernier Illustré. Ce ne sont pas les raisons qui manquent d’en avoir: «Notre pays se retrouve avec un quasi-plein emploi et une série d’indicateurs qui font dire au très sérieux The Economist que la Suisse est l’endroit où il faut naître en 2013 pour avoir les meilleures perspectives d’avenir. Que demander de mieux, si ce n’est d’y croire un peu? Oui, il serait bon de tourner le dos à la sinistrose. De reconnaître que le monde ne va pas si mal.»

Le dernier Hebdo de l’année, paru ce jeudi, est un peu dans la même tonalité. Il a choisi d’ouvrir sa traditionnelle édition spéciale «sur une note d’espérance. Non pas que nous cherchions à ignorer les vicissitudes du monde et à prendre, par principe, le contre-pied de l’humeur ambiante. L’idée n’est pas de concocter un couplet lénifiant à réciter devant le sapin mais plutôt de se faire l’écho» de ceux qui analysent «les vertus salutaires de la crise». Autre point de vue, cependant, dans L’Expansion: «La crise économique est toujours là et la reprise ne viendra pas. Car nous vivons une crise des ressources, notamment énergétiques, donc une crise écologique, à laquelle nous n’apportons pas les bonnes réponses.»

Re-bon. Alors, à quel saint se vouer? Par exemple, au très amusant Guy Birenbaum dans Le Huffington Post. Que dit-il? Qu’il a sa crise à lui: «Je suis un privilégié. J’ai du travail. J’ai la chance de faire ce qui me plaît. Je gagne bien ma vie. Ce préalable posé, ça ne va pas fort. J’ai ma crise de Noël. Rien de personnel entre le Père Noël et moi. Juste une indigestion préventive. Crise de foi et crise de foie. C’est que, depuis des semaines, je lis, comme ceux qui ont encore l’envie ou l’argent nécessaire pour lire les quotidiens ou les hebdomadaires, des cahiers spéciaux, des suppléments, glacés comme des marrons, blindés comme des limousines, consacrés aux «cadeaux de Noël». Et l’agression est similaire sur Internet.»

Les Espagnols, eux, ont trouvé leur «recette»: leur loterie de Noël «est considérée comme l’une des plus grandes au monde», disait mercredi soir un reportage du 19:30 de RTS Info: «A la clé, plus de 2,5 milliards d’euros de gains à partager entre les gagnants. De quoi faire rêver, surtout en temps de crise.» Encore elle.

D’ailleurs, il y a eu un «coup de théâtre cette semaine à la RTS», relève justement Le Matin, que commente Serge Molla, pasteur et collaborateur de la revue Ciné-Feuilles. Un pasteur pas content. Car la RTS, donc, repasse le film Karaté Kid à Noël: «Je ne savais pas que c’était un film culte, dit-il. Culte de Noël, on s’entend! Cette programmation voudrait-elle suggérer que l’idéal serait qu’à Noël chacun puisse faire son cinéma et, en deux-trois prises de karaté ou autre, on se débarrasse de Jésus? En tout cas, cette programmation me laisse songeur.»

«On essaie juste de mettre un film distrayant pour les gens qui passent Noël devant la télé tout en évitant Terminator ou Massacre à la tronçonneuse», lui répond la programmatrice Alix Nicole. «Mais vous comprenez que ça puisse laisser songeur?» lui demande alors le journaliste. «Si on a une idée violente du karaté, oui. Pour moi, ce n’est pas le cas. Et personne n’est blessé.»

Le sapin habité

Sauf la dinde, qui aura trépassé. Alors, juste avant, encore ces deux dernières nouvelles de Noël avant l’heure, pour se réchauffer le cœur ou pour s’énerver: «Le bel arbre qui trône dans votre salon ne regorge pas seulement de guirlandes et de boules. C’est également un refuge pour près de 25 000 insectes microscopiques…» détaille la Tribune de Genève. Assez berk. Et sur le front météorologique, annonce 20 Minutes, «alors que les premiers flocons de l’année sont tombés à la fin d’octobre déjà et que début décembre a éveillé de nouveaux espoirs, les chances d’un Noël blanc en plaine s’amenuisent».

L’espérance est bien peu de chose. Surtout si l’on vit le temps de l’Avent de manière anachronique. C’est en quelque sorte ce que propose Terre & Nature, avec une belle page sur le thème: «Si Jésus devait naître aujourd’hui, à quoi ressemblerait l’étable où Marie et Joseph se réfugieraient?» Ce, dans le contexte d’une économie durable et technologiquement performante. Les explications sont données par un spécialiste en bâtiment. C’est grandiose.

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