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Kandersteg mercredi 27 juin 2012

«Dölfi» vernit sa biographie sous la pluie

Adolf Ogi a choisi son fief de l’Oberland bernois pour présenter l’album de sa vie

Ni le Balmhorn, ni le Doldenhorn n’ont daigné sortir des nuages. En contrebas pourtant, Kandersteg (BE) célébrait sous la pluie le plus célèbre de ses enfants: Adolf Ogi, «Dölfi» pour les intimes. C’est-à-dire pour tout le monde, tant l’ancien conseiller fédéral s’est toujours employé à cultiver la proximité et le bon sens terrien jusque dans les salons de la Maison-Blanche.

A trois semaines de ses 70 ans – il les fêtera le 18 juillet –, le plus populaire des politiciens du pays vernissait mardi sa biographie autorisée, Dölf Ogi, So wa (h) r es!*. L’album inédit et illustré d’une vie bien remplie, de la retraite aux années de jeunesse – le récit est construit à rebours –, en passant par les Nations unies, le Conseil fédéral, le ski et l’armée.

Près de 180 pages signées Georges Wüthrich et André Häfliger, journalistes au Blick, dans lesquelles Adolf Ogi se livre aussi sur sa famille. Famille nucléaire d’abord et sans fausse pudeur, puisqu’il revient notamment sur la disparition de son fils Mathias, emporté par un cancer en 2009, et lui dédie le livre. Famille politique aussi, l’UDC, avec laquelle les relations furent complexes. Parfois radieuses, puis de plus en plus tendues à mesure que l’autre «mâle alpha» du parti prenait de l’importance. «Nous avons eu de gros différends politiques, surtout sur la politique étrangère, lâche Christoph Blocher dans le livre. Mais toujours dans le respect réciproque.» Formule creuse? Pas forcément: à ce jour, Adolf Ogi n’a pas rendu sa carte du parti. «J’en ai parlé avec lui, confie le socialiste et ancien vice-chancelier de la Confédération Oswald Sigg. Il a toujours dit qu’il ne pouvait pas quitter son parti parce qu’il le considère comme une famille. Et on ne peut pas échapper à sa famille.»

Dans les jardins de l’hôtel Victoria, parmi les 200 invités de ce vernissage très couru, le conseiller national valaisan Oskar Freysinger s’est gardé d’interpréter l’absence de Christoph Blocher ou du président du parti, Toni Brunner: «Je ne sais pas pourquoi ils ne sont pas là, vous savez, c’était sur invitation…»

Là et bien là, lui, Peter Maurer – ex-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et président, dès la semaine prochaine, du CICR – a tenu à rendre hommage à «Dölfi»: «Je retiens trois choses de lui. D’abord son ouverture d’esprit sur les questions de politique de sécurité: il est à l’origine de l’engagement militaire suisse dans les Balkans. Ensuite, il n’a pas d’œillères idéologiques. Enfin, j’ai vu sa capacité à fédérer les gens et à montrer l’image d’une Suisse ouverte.»

«On s’est moqué de moi»

Entre deux saucisses à rôtir et au son de l’accordéon des Swiss Ländler Gamblers, le premier intéressé n’a pas boudé son plaisir: «On s’est beaucoup moqué de moi parce que je ne suis pas un intellectuel, ce livre était l’occasion de mettre les points sur les «i». De raconter mon amitié avec Kofi Annan, qui a préfacé le livre. De raconter ma visite à la Maison-Blanche, où Bill Clinton ne voulait plus me laisser partir, tellement il s’amusait. Ou mon intervention au sommet de Nice en 2000, où j’ai improvisé un discours sur l’histoire suisse, qui a passionné l’assemblée. Toutes ces choses que j’ai vécues et à côté desquelles les journalistes sont passés.» Et qu’importe si l’heure de la biographie est peut-être celle de la fin du parcours: «J’accepte la fin. J’accepte de mourir.»

Quant aux auteurs, ils assument avoir été autorisés. «C’était passionnant, jubile Georges Wüthrich. Cela nous a permis d’avoir accès à tout, on a vraiment pu aller au fond des choses.» Que retient-il de ce long travail aux côtés d’Adolf Ogi? «Ce qui m’a fasciné, c’est sa facilité d’accès aux grands de ce monde. Le nombre de coups de fil, simplement passés le soir à tel ou tel chef d’Etat. Honnêtement, quand je vois les difficultés que l’on a aujourd’hui avec les Etats-Unis ou l’Allemagne, je me dis qu’Adolf Ogi les aurait résolues en appelant simplement Clinton ou Schröder.» Disponible uniquement en allemand, So wa (hr) es! devrait être traduit en français à la fin de l’année.

* Dölf Ogi, So Wa (h) r es!, Georges Wuthrich et André Häfliger, Ed. Weltbild et Schweizer Illustrierte.

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