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opinions lundi 23 août 2010

Suisses, il est temps de nous unir!

Peter Köppel

Peter Köppel, consultant en communication alémanico-romand, présente son initiative «Suisse interactive» qui entend renforcer la coopération entre régions linguistiques et culturelles

Sous l’effet de la globalisation, le tissu social et culturel helvétique s’effrite. Même son tissu économique s’en ressent. Les régions métropolitaines – Zurich-Bâle, l’Arc lémanique –, attirées plus encore que par le passé par les opportunités que leur offrent les marchés extérieurs, sont entraînées dans un mouvement centrifuge. Les facilités qu’apporte la mobilité croissante, tout en stimulant les mouvements pendulaires, réduisent sensiblement l’interpénétration régionale des populations. Le passage, dans la communication générale, d’une culture verbale à une culture du visuel, accompagné d’une réduction du verbal à un anglais business et techno, semble renforcer encore cette carence d’interaction au niveau du propre des régions.

Or, personne n’arrêtera la globalisation. Mais ce qui nous reste de patriotisme se rebelle en voyant disparaître sa raison d’être, à savoir l’étonnante variété euro-culturelle helvétique concentrée sur ce territoire de petite taille, variété qui, cependant, n’existe que pour ceux qui en franchissent encore les barrières internes. Un provincialisme accentué se manifeste de part et d’autre, en réaction, paraît-il, aux effets déstabilisateurs de la globalisation. Ainsi, la lente, mais continuelle politisation des dialectes alémaniques constitue-t-elle l’un des blocages les plus nocifs dans la communication des régions qui, dans leurs rapports mutuels, par l’esprit de concurrence qui anime leurs autorités, ont tendance à se recroqueviller sur elles-mêmes au fur et à mesure que leur poids diminue avec la globalisation qui avance. La Suisse telle que nous la vivons de l’intérieur ne ressemble-t-elle pas, parfois, à un organisme voué à la paralysie parce que ses cellules deviennent imperméables? Cette impression d’immobilisme de la Suisse officielle vient de ce que chaque cellule veut rester ce qu’elle est, dans sa forme actuelle, tandis que toutes savent qu’un jour ou l’autre il faudra changer de système. Les collaborations entre cantons se multiplient, il est vrai, mais n’est-ce pas seulement pour éviter une réforme du territoire et des institutions dignes de ce nom? Espérons que nous nous trompons!

Car le moment est venu de manifester une certaine impatience, tant il est vrai qu’il y va, au niveau local, c’est-à-dire au niveau de nos régions, de la qualité de notre vie culturelle, de la liberté de nos choix personnels et, en fin de compte, de la marge de manœuvre de nos entreprises. Nous, femmes et hommes de la rue, sommes tous globalisés au niveau des médias, nous participons tous virtuellement à des événements, rencontres et manifestations qui ont lieu partout dans le monde, mais c’est en Suisse, au niveau local, que bien souvent tout se resserre, que l’on bute contre cette barrière qui sépare la Suisse romande de la Suisse alémanique dans les esprits de beaucoup de leurs habitants – des régions voisines cependant que l’on parcourt d’un bout à l’autre en quelques heures de train ou de voiture! Cela nous rend impatients, car la tension entre l’immobilisme local et la fluidité globale s’accentue de plus en plus dans le vécu de chacun, dans sa vie privée, sa vie d’employé et sa vie d’entrepreneur.

Il ne faut surtout pas se laisser prendre au piège de la lamentation linguistique, qui est à la mode maintenant et dont résulte soit un volontarisme naïf, soit un défaitisme désespéré. Ceux qui voudront se faire comprendre se feront comprendre! Avec ou sans l’anglais, avec ou sans connaissance des dialectes et autres finesses de langage. Nous apprendrons à bricoler notre communication, à composer avec nos lacunes, à séduire malgré nos déficits, à conclure avec un sourire et à triompher en gesticulant. Puis les mots nous viendront. Ce qui importe, c’est l’appétit de l’autre! Et nous l’avons, cet appétit: les réseaux sociaux, qui le stimulent, en témoignent. Et déjà la société, non, le social, se redéfinit à partir du médiatique devenu totalement interactif. Une nouvelle coupole de communication est née du web, dont la voûte forme une quatrième dimension par-dessus les espaces audiovisuels traditionnels. Elle servira de stimulus et de passerelle pour les relations alémanico-romandes revitalisées. La Suisse interactive existe.

Les réseaux sociaux seront un puissant vecteur de cette nécessaire interaction helvétique, mais ce n’est pas suffisant. Il faudra d’autres motifs pour en combler l’appétit, d’ordre économique, politico-social et culturel. Mais quelle que soit la puissance de ces motifs, il faut que la mobilité au sol corresponde à la communication dans l’éther. Il n’y a pas seulement interactivité entre les personnes, mais aussi entre les dimensions où celles-ci se meuvent, le virtuel se nourrissant du réel, et vice versa. Or, nous entrons dans l’âge des transports en commun, qui succède à celui des déplacements en véhicules personnels, bloqués de plus en plus dans les villes comme sur les grands axes routiers du fait de leur trop grande quantité. L’individualité de ce type de transport se dissout dans la réalité massive des bouchons. Des types nouveaux d’articulation de l’individualité se manifestent dans le domaine des médias comme dans celui des transports. L’initiative «Rail 2050» de Daniel Mange œuvre pour un développement rapide du système ferroviaire suisse. Ce n’est pas un hasard si elle s’est jointe avec l’initiative «Suisse interactive». Toutes deux cherchent le rapprochement entre Suisse alémanique et romande. Elles ne sont rien d’autre que des points de cristallisation d’une évolution qui a déjà commencé.

Rêve utopique? Non, réalité actuelle et imminente. Et surtout, il y a urgence. Les crises de la globalisation se succèdent à un rythme accéléré. L’environnement économique devient de plus en plus difficile, la visibilité diminue, tant sur les marchés lointains que sur les marchés proches. La plupart des économistes recommandent la prudence vis-à-vis des embellies conjoncturelles actuelles. Il est donc temps de lever et de mobiliser les ressources dont nous disposons encore à l’intérieur du pays.

Au lieu de nous recroqueviller chacun dans son coin, il vaut mieux coopérer, ouvrir son petit marché à l’autre, afin d’être plus fort ensemble, vis-à-vis de l’étranger, sur les marchés européens d’abord, asiatiques et américains ensuite. C’est le but que poursuit «Suisse interactive» avec son Forum kmu pme. Allons de l’avant dans la coopération de nos régions, face aux intempéries de l’avenir!

www.koeppelpartner.ch

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