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France samedi 14 avril 2012

A chaque candidat son «vote utile»

Les appels de Nicolas Sarkozy et de François Hollande pour rallier le maximum d’électeurs se heurtent aux arguments de leurs rivaux

Ils n’ont plus le monopole du «vote utile». Favoris des sondages, donnés déjà qualifiés pour le second tour, Nicolas Sarkozy et François Hollande multiplient les appels à éviter, dimanche prochain, un éparpillement des votes qui pourrait leur être fatal.

La riposte ne s’est pas fait attendre. Chaque candidat, hormis les plus marginaux, a intégré l’argument dans ses discours, le retournant contre les deux favoris. François Bayrou a martelé dans Le Figaro que seule une «majorité du centre sera stable». Marine Le Pen a embrayé, appelant dans Le Monde les Français à «voter pour ce qu’ils croient». Puis Jean-Luc Mélenchon y est allé de son argument, affirmant que seul un score élevé du Front de gauche permettra «d’éviter l’austérité». «Le vote utile est dévoyé, estime la députée européenne centriste Marielle de Sarnez. Les circonstances politiques et économiques exigent de choisir en connaissance de cause. Pas d’opter pour l’arithmétique électorale.»

Constante française

Quel poids, dès lors, accorder à cette constante française de l’avant-premier tour qu’une dernière enquête d’opinion de l’institut BVA accrédite vendredi d’un réel impact, au vu du fléchissement des candidats du centre et du Front de gauche, crédités respectivement de 11 et 13% des voix? «Pas mal du côté de la droite classique, où Sarkozy reste en position de force, juge un chroniqueur, vétéran de plusieurs courses à l’Elysée. Moins à gauche, où les élus socialistes ont d’ailleurs reçu consigne de labourer les fédérations pour endiguer la «tentation Mélenchon.»

L’entourage de François Hollande confirme. L’ex-compagne du candidat Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, a insisté sur le risque de déperdition électorale lors d’une tournée récente. Martine Aubry, rivale lors des primaires, craint aussi une poussée mélenchoniste dans la région de Lille, la ville dont elle est maire et où François Hollande tiendra un grand meeting le mardi 17 avril.

D’autres facteurs, expliquent les experts électoraux français, compliquent en plus la donne. Le réflexe du «vote utile» a, lors des derniers scrutins, bien mieux fonctionné dans les villes moyennes que dans les grandes agglomérations. «Il est plus facile de convaincre un notable ou un commerçant de province de ne pas risquer l’aventure électorale que de dissuader un étudiant ou un ouvrier au chômage de laisser exploser ses frustrations», commente le sociologue Dominique Wolton. Le calcul est vite fait: François Bayrou, candidat du centre, de la raison financière et de l’anti-establishment parisien, risque de pâtir davantage des injonctions sarkozystes au rassemblement que Jean-Luc Mélenchon, qui veut faire de son nom un synonyme de protestation.

A l’inverse, le ressentiment populaire anti-Sarkozy demeure un barrage aux ralliements, selon Gael Slimane, de l’institut BVA. «Voter Bayrou ou surtout Le Pen est un vote utile si l’on veut affaiblir le président sortant et l’obliger à composer au second tour», juge celui-ci. Pour preuve: son dernier sondage crédite la candidate d’extrême droite d’un score en hausse , à 15% des voix.

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