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Editorial lundi 02 juillet 2012

Syrie: l’été meurtrier

Il y a quelques jours, devant un parterre de diplomates, Kofi Annan exposait sa recette de la médiation.

Parmi les conditions de la réussite, il soulignait trois ingrédients: la volonté des parties au conflit de négocier la paix; l’unité de la communauté internationale pour résoudre la crise; enfin un calendrier de transition clair et précis. La réunion samedi à Genève d’un Groupe d’action, à l’initiative de l’ex-secrétaire général de l’ONU, n’a malheureusement pas permis une percée dans cette voie alors que la Syrie sombre dans le chaos et la destruction.

Au terme d’une journée extrêmement tendue, les cinq membres du Conseil de sécurité accompagnés de quatre pays du Proche-Orient ont certes produit un communiqué dessinant à grands traits le chemin à suivre pour instaurer un Etat démocratique qui succédera à l’Etat baassiste (donc un changement de régime). Mais il repose entièrement sur le bon vouloir des parties au conflit et sur leur capacité à s’entendre. Or, moins que jamais le pouvoir et les diverses composantes de la rébellion syrienne sont disposés à entreprendre un tel dialogue. Aucun calendrier n’accompagne ce document, aucun article ne précise le rôle de la communauté internationale pour le traduire en actes. Surtout, l’indispensable convergence de vues des grandes puissances sur ce dossier n’est toujours pas d’actualité.

Kofi Annan a tout juste eu le temps de présenter le texte qu’Américains, Français, Russes et Chinois en livraient une interprétation divergente. Pour Moscou et Pékin, Bachar el-Assad n’est pas exclu du scénario d’un gouvernement d’union nationale. Difficile de leur donner complètement tort à la lecture du document. Pour les autres pays et, à demi-mot, pour Kofi Annan, il va pourtant de soi que le boucher de Damas ne peut plus prétendre faire partie de la résolution de la crise. La seule issue est son départ. Face aux Russes et aux Chinois, ils ont pourtant reculé pour éviter le fiasco d’un désaccord débouchant sur pas de communiqué du tout.

L’alternative à la médiation, c’est-à-dire une intervention militaire, n’étant envisagée par aucun pays, reste à espérer que le premier document de ce Groupe d’action sur la Syrie puisse se muscler. Et très vite. Faute de quoi les civils syriens sont promis à un été meurtrier qui pourrait bientôt contaminer toute la région.

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