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Formation vendredi 15 janvier 2010

En réponse à la crise, les cursus des masters en finance se réorganisent

(Kormann)

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En France et en Suisse, des programmes ont été annulés, d’autres ont été créés ou remaniés

Dans le sillage de la tornade qui a secoué le monde financier, la carte des formations spécialisées en finance se redessine et prend de nouveaux contours. Dans un premier temps, la crise a fait des victimes: elle a marqué l’arrêt ou la suspension de certaines formations. En Suisse par exemple, l’Executive Master of Business Administration (EMBA) en management des institutions bancaires et financières, qui aurait dû être lancé l’été dernier par le Swiss Finance Institute (SFI) et l’Université de New York, a été annulé, comme nous l’annoncions fin novembre. En France, l’Université de Paris Dauphine a également annoncé, il y a plusieurs mois, la suspension pour une année de son master en finance de marché.

Ce temps d’arrêt a servi la réflexion pour préparer des cours mieux adaptés aux nouvelles réalités et aux besoins des participants. Le deuxième acte et le (re)déploiement des formations commencera en 2010 avec la programmation de nouveaux cursus. Ainsi, le SFI annoncera bientôt un programme axé sur la gestion d’actifs et la gestion de fortune, en collaboration avec un autre partenaire américain.

En France, l’EDHEC-Risk Institute, le centre de recherche appliquée de l’école de commerce EDHEC, vient de lancer la campagne de promotion de son nouveau master exécutif en gestion d’actifs et gestion du risque (Executive MSc in Risk and Investment Management). La formation se déroulera à temps partiel, sur dix-sept mois, elle sera donnée à choix en Europe, à Londres et à Nice, ou en Asie, à Singapour. Sur le Vieux Continent, l’ambition est de drainer des professionnels de toute l’Europe. Dans cette optique, l’établissement est déjà venu se frotter au marché suisse, en présentant son master le 9 décembre dernier, à Genève. Le cursus, très technique, est destiné à des professionnels en emploi, des gérants de portefeuille et des analystes financiers, par exemple. Il démarrera en janvier 2011.

«Traditionnellement, l’industrie de la gestion financière s’est surtout concentrée sur la sélection de titres pour tenter d’obtenir les meilleures performances financières, commente Frédéric Ducoulombier, directeur de la formation continue à l’EDHEC-Risk Institute. Mais la performance n’étant pas au rendez-vous, cela a motivé un intérêt grandissant pour les techniques d’allocation d’actifs», soit les méthodes permettant de répartir au mieux les avoirs entre différentes classes d’actifs au sein d’un portefeuille pour en améliorer le rendement, tout en limitant les risques. «Cette tendance s’est clairement accélérée avec la crise», poursuit-il.

Les questions liées à la gestion des risques sont au cœur du programme et sont prises en compte à chaque étape de la construction et de la gestion du portefeuille. «Il s’agit de dépasser les méthodes traditionnelles de gestion des risques par la diversification pour prendre également en compte la couverture des risques auxquels est exposé l’investisseur à long terme, comme l’inflation, et l’assurance des risques à court terme qui seule permet le respect de réelles contraintes comme, par exemple, une perte maximale tolérable», ajoute Frédéric Ducoulombier.

Analyse des risques

Renforcer le volet analyse et gestion des risques: de nombreux programmes en finance ont naturellement pris cette option. A l’EM-Lyon, l’école de management lyonnaise, «nous avons renforcé cette année les cours sur le contrôle et la gestion des risques dans le programme du master spécialisé en finance de marché», annonce le professeur François Quittard-Pinon, responsable pédagogique du master. La dotation horaire est ainsi passée à 72 heures sur les 360 heures que compte le cursus.

Le master spécialisé en finance de marché a été lancé en 2008 au plus fort de la crise, avec 24 participants. En automne 2009, ce programme à plein temps destiné à un public jeune (Bac + 5, parfois avec une petite expérience professionnelle) a démarré avec une deuxième volée de 22 étudiants. «Nous voulons former des spécialistes de la finance de marché qui se destinent à tous les métiers dans lesquels les professionnels ont besoin de tels outils», explique le professeur. Le programme, très technique, n’est donc pas réservé aux traders, mais s’adresse également à des professionnels qui se dirigent vers la gestion de portefeuille ou la gestion des risques financiers dans de grandes entreprises; des débouchés sont également possibles au sein de compagnies d’assurances ou dans des entreprises de services informatiques actives dans la finance. «Nous n’avons pas voulu créer un master centré sur un métier, nous avons opté pour une orientation la plus large possible en termes de débouchés», poursuit François Quittard-Pinon.

Parmi les autres changements de l’automne dernier, l’introduction de cours sur les matières premières et le marché de l’énergie; le tout accompagné d’une diminution des cours dans d’autres domaines, les dérivés de crédit, par exemple.

Durant la crise, de nombreux observateurs ont également montré du doigt les business schools et mis en cause l’enseignement qu’elles dispensent. En réponse à la fois à ces critiques et aux demandes des participants, plusieurs d’entre elles ont renforcé l’enseignement en éthique des affaires dans les cursus de gestion. C’est le cas à l’Insead, à Fontainebleau, dans les programmes de MBA, par exemple.

Développement durable

A l’Université de Lausanne, l’EMBA en management et finance d’entreprise fait également partie des formations qui misent davantage sur l’éthique, comme sur la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise. «En termes d’heures de cours, nous sommes passés de 4 heures d’éthique en 2006 lors de la création du EMBA à 24 heures dès 2007 déjà», explique Isabelle Chappuis, la directrice administrative du programme. Symbole du changement, le professeur Guido Palazzo, spécialiste de l’éthique et de la responsabilité sociale, est devenu vice-directeur académique du EMBA.

La crise a-t-elle entraîné une baisse de la fréquentation de cette formation, qui compte une trentaine d’étudiants par volée? «Non, elle a plutôt joué en notre faveur, car nous offrons un programme bien moins cher que d’autres et les gens ont envie de continuer à se former en période difficile», estime Isabelle Chappuis.

A l’EDHEC-Risk Institute également, la crise n’a guère eu d’impact sur la fréquentation des formations continues en finance. «Nous avons dû refuser des participants au séminaire sur les allocations d’actifs organisé à Londres début décembre avec le CFA Institute, explique Frédéric Ducoulombier. Quant à notre programme doctoral en finance, lancé il y a deux ans, il a reçu 140 candida­tures (+60%) pour la rentrée d’automne 2009, alors qu’une promotion compte 20 doctorants.»

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