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Libye lundi 21 mars 2011

Tripoli après les frappes alliées

La capitale libyenne a été frappée tôt dimanche matin, puis encore en soirée

La fête est terminée. Le visage pâle, les yeux rougis de fatigue, Hoda enrage: «Je me battrai jusqu’à la dernière goutte de mon sang!» Abonnée aux rassemblements pro-Kadhafi, cette fervente supporter du régime n’a plus le cœur à se trémousser sur ses tubes patriotiques préférés. Dimanche matin, à 2h20, elle a été réveillée, comme les 2 millions et demi de Tripolitains, par une série d’explosions particulièrement fortes – les premiers tirs de missiles occidentaux, suivis des ripostes de la défense antiaérienne . Confuse, elle a passé la nuit à son balcon, à regarder le ciel se remplir d’un étrange feu d’artifice, et à trembler à chaque détonation. Puis, une fois troqué son pyjama contre une robe verte – et reçu les directives de son comité populaire – elle s’en est allée insulter les journalistes occidentaux, rares ressortissants étrangers dans un pays qui se vide, chaque jour, de sa population non libyenne. «Vous avez déclenché la guerre! Vous allez le payer cher», lâche-t-elle sur le parterre de l’hôtel Rixos, à l’attention des reporters étrangers. Des messages à faire passer à «ce chien de Sarkozy» et à ce «traître d’Obama», elle en a plein son sac.

Rédigés sur de petits bouts de papier, elle en pioche un au hasard pour le lire à haute voix: «Nous savons pourquoi vous êtes là: pour nous voler notre pétrole, c’est tout! Vous dites que vous voulez sauver notre peuple. Alors, pourquoi avoir tué nos civils?» Quand on lui demande si elle a pu voir, de ses propres yeux, les dégâts causés par les bombardements, elle répond, évasive: «Partout! Il y a en a partout! Vous n’avez qu’à allumer la télévision nationale. On y voit des images de blessés. Il paraît qu’il y a eu 48 morts et 150 blessés à travers tout le pays!» Des informations impossibles à vérifier, la presse étant gardée à l’écart des hôpitaux, des morgues et des ­sites touchés.

Mouammar Kadhafi, lui, a menacé, dans son dernier message sonore, de transformer la Méditerranée en «champ de bataille». Depuis le vote de la résolution onusienne, le «Guide» libyen brille par son absence. Samedi soir, ses sbires avaient préparé un «bouclier humain» – composé de plusieurs centaines de badauds – dans sa caserne de Bal el-Azizia, sur la route qui mène à l’aéroport de Tripoli, pour y écouter son discours – annoncé comme imminent. Rassemblés au pied des ruines d’une bâtisse blanche – sa fameuse maison bombardée par l’armée américaine en 1986 –, ils l’ont longuement attendu, avant de s’évaporer en quelques minutes, à l’annonce des premiers tirs de missiles. Quelques heures plus tard, c’est un Kadhafi particulièrement belliqueux qui a fini par donner signe de vie, d’un endroit inconnu, en diffusant un message préenregistré via la télévision nationale. «Les dépôts d’armes sont ouverts, nous avons commencé à distribuer les armes aux civils», a-t-il lancé, sur un ton virulent. Pour lui, le «peuple libyen ne se rendra jamais». Mais de quel peuple s’agit-il exactement? Derrière les murs, de nombreuses voix proches de l’opposition osent, elles, rêver d’un changement. «Kadhafi tue son propre peuple depuis presque 42 ans. Seule une opération étrangère finira par nous aider à mettre fin au massacre», confie un informaticien qui dit avoir passé, samedi, «la plus belle nuit de sa vie».

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