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Italie vendredi 30 janvier 2009

Gianfranco Fini, le recentreur de la droite italienne

Gianfranco Fini. (EPA)

Gianfranco Fini. (EPA)

L’ex-néo-fasciste et actuel président de la Chambre des députés multiplie les prises de position à contre-courant et se profile pour la succession de Silvio Berlusconi.

«Les thèses négationnistes sont toujours infâmes, mais elles le sont encore plus si c’est un religieux qui les soutient.» Une fois encore, le jugement de Gianfranco Fini a été le plus sévère. Si l’ensemble de la classe politique italienne a condamné les propos de l’évêque lefeb­vriste Richard Williamson niant l’existence des chambres à gaz, l’ancien leader des jeunes néofascistes italiens a été particulièrement tranchant.

Agé de 57 ans, élu président de la Chambre des députés le printemps dernier après la victoire électorale de la droite emmenée par Silvio Berlusconi, Gianfranco Fini ne rate pas une occasion de faire entendre sa petite musique. Au risque de désorienter certains de ses soutiens, le patron d’Alliance nationale (AN, ex-Mouvement social italien) marque de plus en plus sa différence, recentre son discours et prend date pour la succession éventuelle du Cavaliere.

Fermeté et ouverture

Face à la toute-puissance du chef du gouvernement qui a lancé la fusion de son parti Forza Italia avec AN pour donner naissance à un grand parti de la droite (le Parti du peuple de la liberté) il n’hésite plus à parler de «risque de césarisme». Il critique le recours excessif du gouvernement aux décrets-lois et aux votes de confiance, défend les droits de l’opposition et prône la nécessité du dialogue avec le centre gauche. «Je trouverai un moyen de faire de la politique», avait-il prévenu au moment de sa désignation à la Chambre des députés, écartant l’idée de se laisser enfermer et de se retrouver marginalisé par son rôle institutionnel. Mais tandis que plusieurs de ses lieutenants tentent d’entretenir la nostalgie néofasciste ou de résister à la popularité de la xénophobe Ligue du Nord en agitant la peur sécuritaire, Gianfranco Fini joue la carte de la fermeté mais aussi de l’ouverture.

Modèle du gaullisme

En septembre dernier, invité de la fête nationale du Parti démocrate de Walter Veltroni, il a ainsi réaffirmé qu’il était favorable au droit de vote des immigrés pour les élections locales. «Ce n’est pas une idée folle, ni criminelle, a lancé l’ancien leader d’extrême droite. Les étrangers doivent avoir des droits et des devoirs.»

Au sein de la majorité de droite, l’accueil de la proposition a été particulièrement froid. Mais Gianfranco Fini poursuit son parcours entamé en 1995 avec l’abandon de la référence au néofascisme et la création d’Alliance nationale. Pourtant un an plus tôt, il soutenait encore que «Mussolini a été le plus grand homme d’Etat du XXe siècle». Devenu depuis ministre des Affaires étrangères de Silvio Berlusconi, représentant du gouvernement italien à la Convention européenne et aujourd’hui président de la Chambre, il s’est attaché à construire un parti de droite sur le modèle du gaullisme français. Préfacier de l’édition italienne du livre de Nicolas Sarkozy, il revendique ses liens privilégiés, personnels et politiques, avec l’actuel locataire de l’Elysée.

Lorsque l’automne dernier, le ministre de la Défense, Ignazio La Russa, et le maire de Rome, Gianni Alemano, ont respectivement réhabilité les anciens soldats de la République sociale de Salo et refusé de condamner radicalement le fascisme («ce ne fut pas le mal absolu»), Gianfranco Fini a immédiatement convoqué ses deux lieutenants. Quelques jours plus tard, devant les jeunes de son parti, Gianfranco Fini affirmait: «La droite doit se reconnaître dans les valeurs de l’antifascisme. Les résistants étaient du bon côté, les républicains de Salo du mauvais.» Parmi ses troupes, la prise de position a provoqué un malaise.

Parmi les héritiers potentiels de Silvio Berlusconi, âgé de 72 ans, Gianfranco Fini joue en tout cas la carte d’une droite dure mais en rupture avec son passé. Dans un pays où l’influence politique de la hiérarchie catholique demeure, le président de la Chambre des députés, divorcé et récemment remarié, n’a pas même hésité en décembre à critiquer l’Eglise pour son silence durant la guerre sur les lois raciales. «C’est de l’opportunisme politique», s’est indigné le Vatican «surpris et amer» qui pour le coup a rappelé qu’il était «un héritier du fascisme». Ce que la gauche et les adversaires politiques du patron d’AN ont eux fini par oublier.

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