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Dossier jeudi 19 août 2010

Chine – Etats-Unis, un monde bipolaire

(Keystone)

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Entre codépendance économique et affrontements diplomatiques, les relations sino-américaines feront le monde bipolaire de demain. Un dossier qui rappelle les enjeux

Depuis plusieurs années déjà, la Chine se profile comme l’indiscutable numéro deux mondial sur les plans politique, militaire, et bientôt économique. De leur position de leader historique dans ces domaines, les Etats-Unis commencent à prendre ombrage.

Ce d’autant que la récente crise économique a nettement affaibli les vieilles puissances industrialisées, tandis que la Chine en sort indemne dans sa capacité de croissance. Mieux encore, l’industrie chinoise serait désormais le moteur de la croissance mondiale. D’où, aujourd’hui, une certaine «arrogance» chinoise qui se manifeste à travers une diplomatie plus musclée.

La fin de la guerre froide avait fait des Etats-Unis l’unique superpuissance mondiale. La récente montée en force de la Chine marque la fin de cette hégémonie, et l’émergence d’un monde bipolaire nouveau.

Tour d’horizon des principaux dossiers qui font l’agenda diplomatique entre les deux grands.


TAÏWAN

La principale pierre d’achoppement des relations sino-américaines est le lien que les Etats-Unis entretiennent avec Taïwan. Une relation consacrée dans la loi de 1979, le «Taiwan Relations Act», par lequel Washington s’est engagé à soutenir Taipei dans son effort d’«autodéfense» contre la Chine continentale. Pour Pékin, l’attitude des Etats-Unis est une ingérence dans ses affaires internes. La Chine, dans sa politique dite «d’une seule Chine», estime en effet que Taïwan fait partie de son territoire (au même titre, toujours selon Pékin, que Hongkong, Macao, le Tibet et le Xinjiang).

Rappelons que, sans que son indépendance n’ait jamais été proclamée, Taïwan se comporte de facto comme un Etat indépendant depuis 1949. De son côté, si Washington s’intéresse à l’île, c’est pour contrer une éventuelle montée en puissance de la Chine dans le Pacifique Ouest.

Début février 2010, les Etats-Unis ont annoncé une vente d’armes de 6,4 milliards de dollars à Taïwan. Une opération déjà planifiée sous l’administration Bush, dans le cadre du «Taiwan Relations Act». A chaque annonce de ce type (la dernière date de 2008), la Chine manifeste sa colère. Mais pour la première fois, elle a rétorqué par des menaces de sanctions économiques à l’encontre des fabricants de ces armes, notamment Boeing.



TIBET

Autre objet récurrent et prévisible des colères de Pékin: les rencontres du chef spirituel tibétain en exil, le dalaï-lama, avec les dirigeants du monde entier. Elles sont l’occasion pour ces derniers de manifester publiquement leur attachement aux droits humains, en s’exposant sciemment aux objurgations chinoises. Celles-ci, en général, restent sans conséquences sur leurs relations économiques.

Courant février, en dépit des protestations chinoises, le président américain Barack Obama a reçu le dalaï-lama et lui a assuré un «fort soutien» à sa cause. La rencontre s’est néanmoins déroulée loin des caméras et, symboliquement, non pas dans le Bureau ovale, mais dans une salle de réception de l’aile ouest de la Maison-Blanche.

Dans un contexte où la diplomatie chinoise fait la démonstration de sa puissance, la réponse de Pékin a été plus violente que d’habitude, réclamant que les Etats-Unis prennent «des mesures immédiates pour réparer les effets gravement préjudiciables» de cette rencontre sur les relations sino-américaines. «L’attitude des Etats-Unis est une sérieuse ingérence aux affaires internes de la Chine et porte sérieusement atteinte aux sentiments nationaux du peuple chinois», disait le communiqué de Pékin.

Tout comme Taïwan, et le Xinjiang, le Tibet est considéré par la Chine comme une partie intégrante de son territoire. Depuis l’invasion du Tibet par l’armée chinoise en 1950, le gouvernement exilé en Inde dénonce les répressions qui auraient fait plus d’un million de morts, ainsi qu’une politique de repeuplement par les Han – l’ethnie majoritaire en Chine – et les atteintes systématiques à la culture tibétaine. La communauté internationale, à plusieurs reprises, a condamné ces pratiques chinoises. Plusieurs résolutions ont été adoptées dans ce sens par les Nations unies, avant que la Chine ne siège au Conseil de sécurité. Pékin estime que, s’agissant d’affaires intérieures, il n’a pas à subir de telles ingérences.



IRAN

La politique de la main tendue américaine à l’Iran s’est soldée par un échec. Après l’annonce de Téhéran, mi-février 2010, d’une reprise de ses opérations d’enrichissement d’uranium, les Etats-Unis ont haussé le ton, dénonçant l’allure de «dictature militaire» que prenait le régime de Mahmoud Ahmadinejad.

Sur la question du nucléaire iranien, la Chine défend encore une politique de dialogue. En qualité de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, elle est donc le dernier rempart à une sanction onusienne.

La Chine est le principal partenaire économique de l’Iran, et importe 11% de son pétrole depuis Téhéran. Mais surtout, son opposition à la politique américaine sur le dossier iranien est une manière de faire la démonstration de son poids nouveau sur l’échiquier politique mondial.



GOOGLE

Mi-janvier 2010, Google a dénoncé des attaques pirates téléguidées par le gouvernement chinois qui tentaient de forcer l’accès aux comptes Gmail (son service de messagerie) de militants des droits de l’homme, ainsi qu’une trentaine d’entreprises américaines actives en Chine. La société californienne a fait savoir qu’elle refuserait dorénavant de censurer le contenu de son portail, Google.cn, acceptant de facto de renoncer au marché chinois.

Washington s’est emparé de l’affaire pour défendre la liberté d’expression sur Internet et dénoncer l’obscurantisme chinoise. Pékin estime que ces reproches sont injustifiés, relèvent de l’ingérence, et mettent en péril les relations sino-américaines.



TAUX DE CHANGE

Selon les estimations des économistes, la monnaie chinoise, le yuan, serait sous-évaluée de plus de 25% par rapport au dollar. En maintenant sa monnaie à un niveau très bas, Pékin s’assure la compétitivité de ses exportations, sur lesquelles repose sa croissance.

Cette pratique est qualifiée de concurrence déloyale par toutes les autres grandes économies, Etats-Unis en tête. Surtout, elle ne fait que renforcer le déséquilibre de la balance commerciale américaine en faveur de la Chine.

Les pressions américaines pour une réévaluation à la hausse du yuan ne datent pas de la crise économique – l’administration Bush a longtemps tancé Pékin à ce sujet, presque sans résultat. Mais la Chine, pour pouvoir relancer ses exportations et revenir à une croissance à deux chiffres, entend continuer à sous-évaluer sa monnaie.

Aux Etats-Unis, plus le chômage monte, plus la fronde anti-chinoise se fait entendre pour réclamer, entre autres, des mesures protectionnistes contre les importations chinoises.



CODÉPENDANCE ÉCONOMIQUE

Le système par lequel les Etats-Unis achètent à crédit les exportations chinoises, et l’épargne chinoise finance le déficit public américain, a longtemps été qualifié de cercle vertueux. La crise économique a mis en lumière les dangers, pour l’économie mondiale, que recelait ce déséquilibre.

Aujourd’hui, l’ampleur du déficit public des Etats-Unis – qui recourent à l’emprunt pour un tiers de leur budget – donne beaucoup de pouvoir à leurs créanciers, Chine en tête. A l’heure où la diplomatie chinoise se fait plus musclée, Pékin n’hésite pas à rappeler qu’avec près de 350 milliards de dollars investis en bons du Trésor, un seul geste de sa part peut faire vaciller le budget américain.



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