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Analyse mercredi 20 octobre 2010

Hourra! La France est à l’aube d’une nouvelle révolution

En France, les caisses de l’Etat sont vides. Charles Gave a raison: cette impossibilité à poursuivre sur la voie de la dette est une bonne nouvelle. Le social-clientélisme, comme l’Union soviétique, est une création politique et comme toute création politique, elle est condamnée à disparaître.

Le drame français se résume en 51 minutes 40, la durée de la conférence de Charles Gave à l’Assemblée nationale et de la vidéo de la présentation de son nouveau livre sur le site de l’institut Turgot. Nous préférons naturellement les 172 pages au vitriol de son remarquable ouvrage (L’Etat est mort! Vive l’Etat!, Bourin Editeur, 23 septembre 2010). Charles Gave, écrivain et conseiller financier, annonce la cessation de paiement de l’Etat français. C’est une très bonne nouvelle. Elle signifie la fin du modèle de «social-clientélisme français», ce système dont «le but est d’accaparer le pouvoir politique», écrit-il. L’auteur promet une révolution qui permettra de «rendre aux Français la liberté qu’on leur a volée». La qualité de la démonstration est impressionnante. L’abondance de brillants penseurs libéraux en France est pourtant logique: «Il faut être près de l’enfer pour l’analyser convenablement», disait Milton Friedman, prix Nobel et ami de Charles Gave.

L’argumentation s’appuie sur une foule de graphiques originaux et incontestables. La croissance annuelle du produit national brut (PNB) français perd un demi-pourcent par décennie. Elle est passée d’un rythme de 3% à 1,5% en 30 ans, alors que tout son système social est basé sur une croissance de 3%. Le système court à la faillite. L’explication tient à l’augmentation du secteur étatique, de «sa cléricature budgétaire» et à la réduction simultanée du rôle de l’entrepreneur.

Pour analyser la chute d’une économie, il faut comprendre le processus de création de richesses: l’entrepreneur, explique Gave, est un homme dont trois idées sur quatre échouent, mais dont la rentabilité d’une seule bonne idée peut être formidablement profitable. Sa rentabilité, c’est le profit. Or en France, la tendance structurelle des profits est à la baisse (aux Etats-Unis, elle est stable à 6% du PNB). C’est inquiétant car l’évolution de l’emploi suit avec six à neuf mois de retard celle des profits des entreprises. Le créateur d’emplois, c’est donc l’entreprise et son profit. Les socialistes ont tort d’appeler à la lutte des classes et de répéter que «le profit est un vol».

Les profits diminuent en France parce qu’on refuse le mécanisme de destruction créatrice. Si l’on interdit la destruction, on empêche la création. Empêcher la destruction de La Poste, c’est freiner le développement d’Internet, selon Gave.

L’obstacle au progrès et au renouvellement du tissu économique par création destructrice, c’est l’Etat. Mais alors que le profit baisse, en France le rentier s’en sort très bien. Depuis 1990, il a gagné deux fois plus que l’entrepreneur avec des revenus sans risque, les obligations de l’Etat. «Si l’on rémunère mieux l’absence de risque que la prise de risque, le système ne peut pas fonctionner», explique l’auteur.

La cause première du malheur français, cet obstacle au progrès, est désigné par Charles Gave comme «le secteur communiste» (administration, santé, éducation, transport). Ce secteur communiste, où le consommateur est remplacé par l’usager, n’a jamais de cash-flow positif. Donc il ne crée jamais d’emplois. Mais incapable d’encore augmenter les impôts, il accroît tout de même sa taille par l’emprunt. Le poids de ce secteur est passé de 34% du PNB en 1981 à 42% aujourd’hui. La presse parle d’une montée du libéralisme, mais le poids du secteur communiste s’est accru d’un quart en 30 ans. Or pendant que le poids du secteur communiste augmente d’un point, le poids de la dette publique rapporté au PNB augmente de 4 points. En parallèle, le chômage progresse et la croissance fléchit.

Les étudiants français sont parfaitement rationnels dans leur désir d’être fonctionnaires, affirme Charles Gave. Ils sont bien payés, partent rapidement à la retraite et travaillent dans un secteur qui ignore la récession alors que l’économie privée en a connu cinq en 30 ans.

Mais le coût de ce système est exorbitant. La dette, nulle en 1980, a dépassé les 1000 milliards d’euros. Le système français parvient pourtant à survivre parce que les taux d’intérêt baissent, permettant ainsi d’alléger le coût de la dette, en baisse depuis 15 ans par rapport au PNB. Le système français récompense le vice: la hausse du poids de l’Etat réduit la croissance, ce qui pousse les taux d’intérêt à la baisse, laquelle allège le service de la dette, pour parvenir à engager des fonctionnaires. L’heure de vérité sonnera lorsque la santé du système sera remise en cause par les marchés et que les taux partiront à la hausse comme en Grèce.

Pour que la démocratie survive, Charles Gave propose d’enlever à l’Etat le droit de s’endetter. Admirateur de la Suisse, il suggère une loi semblable à notre frein à l’endettement et demande de remplacer la démocratie représentative par la démocratie directe. La cessation de paiement est proche. Dès 2013 la Grande Nation devra refinancer une grande partie de ses engagements obligataires. Or la France est le troisième plus grand marché de la dette derrière les Etats-Unis et le Japon.

La France, «mère de tous les totalitarismes», selon Gave, défile à nouveau pour sa «Pension Pride», mais les caisses de l’Etat sont vides. Charles Gave a raison: le social-clientélisme, comme l’Union soviétique, est une création politique et comme toute création politique, elle est condamnée à disparaître.

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