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médias mercredi 20 mai 2009

Fusion RSR-TSR: le regard d’Armin Walpen

Armin Walpen. (Keystone)

Armin Walpen. (Keystone)

La fusion de la radio et de la TV de service public, qui sera réalisée en 2010, suscite encore incompréhension et rejet en Suisse romande. Le directeur de la SSR s’explique sur ce projet national, selon lui indispensable

Le Temps: Quelle est la cause première du projet de convergence des médias à la SSR? Selon les interlocuteurs, les réponses sont aussi variées que la nécessité d’économies, les nouvelles habitudes médiatiques ou la défense d’une identité culturelle sous la menace de la concurrence étrangère. On s’y perd…

Armin Walpen: L’idée de convergence des médias à la SSR est d’abord un projet d’entreprise qui a débuté en 2006. Il prend sa source dans les changements d’habitudes et de besoins des consommateurs, en particulier les plus jeunes d’entre eux, suite à l’évolution des technologies de diffusion et de réception. Nous avons déjà réagi au début des années 2000 en proposant une nouvelle offre multimédia. A mon avis, surtout en comparaison avec les pays qui nous entourent, cette opération a été couronnée de succès. Mis à part ce développement des contenus, les structures, processus et modes de travail n’ont guère changé à la SSR: nous sommes encore toujours organisés en fonction des vecteurs. Avec le projet de convergence, nous allons y remédier. La convergence, ce n’est en somme rien d’autre que l’exploitation accrue des synergies rédactionnelles et une meilleure collaboration dans le domaine du programme.

– Votre projet de fusion parle beaucoup d’«efficience». Gérard Tschopp, l’actuel patron de la RSR, a d’ailleurs été promu chef au niveau national de cette «efficience».
Or problème: personne ne comprend ce que cela veut dire…

– Notre projet national a deux sous-projets. Le premier, dont on vient de parler, concerne la convergence, qui touche l’offre. Les trois régions – Suisse romande, Suisse alémanique et Suisse italienne – ont chacune leur projet de convergence. Il appartient à Gérard Tschopp de veiller à ce que ces projets régionaux respectent les objectifs et conditions-cadres adoptés en mars 2009 par le Conseil d’administration national.

Le second projet, concentré sur l’«efficience», touche aux supports. Ce sous-projet aurait été lancé même sans convergence. Nous avons identifié sept domaines de support: Immobilier, Ressources humaines, Logistique, Infrastructure informatique, Finances et comptabilité, Service juridique et Communication. Se posent ici toute une série de questions comme: Est-il vraiment opportun que chaque unité d’entreprise ait ses propres assurances? Est-il pertinent que chacun, à la radio comme à la télévision, ait son propre système informatique, son propre département RH ou de communication? N’est-il pas possible de les regrouper sur l’un ou l’autre site? C’est cela, l’efficience. Ce projet partiel est rattaché à l’échelon national et directement subordonné à Gérard Tschopp.

– Mais quel est le but réel
de ce programme d’«efficience»?

– Le but réel est d’économiser de l’argent. Environ 10%, voire davantage. Cet argent servira à payer les coûts de la convergence des médias et à créer de nouvelles productions propres. Car ce sont les productions maison qui font la différence entre la TSR et les télévisions étrangères ou commerciales. Or ces productions connaissent actuellement une situation problématique à la TSR, qui n’en diffuse pratiquement plus à partir de 21 heures.

– L’annonce du projet de fusion entre la RSR et la TSR a suscité de vives réactions politiques en Suisse romande. Dans le grand public,
ce n’est pas mieux: un sondage de L’«Hebdo» montrait récemment que plus de 60% de la population rejette cette idée. Cette résistance vous a-t-elle surpris?

– Non, cela n’a pas été une surprise. Tout changement engendre des résistances, c’est bien normal. Quant au sondage, est-il vraiment judicieux de demander au grand public ce qu’il pense d’un sujet qu’il ne connaît pas, un enjeu aussi spécialisé, technique et difficile qu’une convergence entre différents types de médias? Notre devoir, c’est de prévoir. Nous devons faire en sorte que le public soit content de notre offre actuelle, mais aussi et surtout de notre offre future.

– L’enjeu du maintien des sites
de Lausanne et de Genève
est particulièrement sensible, non?

– Oui absolument. Même si du point de vue du consommateur, il n’est pas si important de savoir que tel programme vient de Neuchâtel, de La Chaux-de-Fonds, de Sion, de Genève ou de Lausanne. Mais c’est surtout une question très importante pour les collaborateurs de la SSR. Et aussi pour les milieux politiques, car il s’agit d’attractivité du lieu et de préservation de l’emploi. Cela dit, une chose a été claire dès le début: il n’y aura pas d’abandon de sites, ni à Lausanne ni à Genève pour ce qui concerne la Suisse romande. En revanche, il y aura bien des changements à Lausanne comme à Genève. Il y aura des transferts de services et de compétences d’un site à l’autre.

– Pouvez-vous être plus précis? Vous avez dit au mois de mars que les départements de la culture et l’information pourraient être concentrés sur le site lausannois? Etaient-ce juste des exemples lancés au hasard?

– Oui et non. Mais si j’avais des certitudes, je pourrais faire l’économie du projet «convergence»!

– Les admonestations de Moritz Leuenberger, qui s’est inquiété à plusieurs reprises d’une perte de diversité culturelle et d’une possible mainmise de la télévision sur la radio, ont-elles influencé le cours du projet de fusion?

– Nous nous sommes nous-mêmes posé toutes ces questions, dès l’amorce de notre réflexion. Nous avons aussi informé M. Leuenberger. Ses réflexions ont influencé un point précis: la direction des projets. Au départ, nous voulions que la personne qui dirige le projet de convergence, comme Gilles Marchand en Suisse romande, soit aussi désignée responsable de la future entreprise régionale. M. Leuenberger nous a encouragés à bien séparer ces deux responsabilités.

– Et l’éventuelle absorption
du média radio par le média
télévision?

– C’est une inquiétude répandue au niveau international. La question a récemment été soulevée dans les mêmes termes à la BBC en Ecosse, au Danemark, au Pays-Bas, au Canada, etc.: s’il y a convergence, la radio ne sera-t-elle pas dévorée toute crue par la télévision? Ce souci est légitime. C’est pourquoi nous avons prévu d’inclure de manière équilibrée un grand nombre de personnes issues de la radio dans notre projet de convergence, précisément pour éviter ce genre de problème. Toute une série de conditions-cadres nationales tiennent en outre compte de cet impératif. Et finalement, c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles un responsable de la radio a été nommé à la tête du projet de convergence national. Reste qu’un des grands problèmes de ce projet est de marier deux cultures d’entreprise différentes l’une de l’autre.

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