Texte - +
Imprimer
Reproduire
succession vendredi 23 mars 2012

Le candidat officiel à la présidence de Migros devra faire face à trois femmes

Claude Hauser. L’actuel président de Migros a passé 45 ans au sein de la coopérative. (Keystone)

Claude Hauser. L’actuel président de Migros a passé 45 ans au sein de la coopérative. (Keystone)

Claude Hauser, président du géant orange, tirera sa révérence à la fin de juin. Les délégués voteront sur l’avenir du leader suisse du commerce de détail

Ce samedi à Europa-Park, l’élection du successeur de Claude Hauser, président de Migros, par l’assemblée de 111 délégués, aurait dû se passer dans la plus grande discrétion. Toutefois, depuis que le candidat privilégié par le conseil d’administration de la Fédération des coopératives Migros, organe composé de 23 membres, a été révélé, la donne de l’élection a changé. Au lieu d’Andrea Broggini comme unique candidat, les délégués pourront privilégier une femme. Paola Ghillani, Doris Aebi et Gisèle Girgis, toutes trois actives au sein des instances dirigeantes de Migros, sont candidates, tout comme Max Meyer, président de Migros Aar.

Dans la course à la présidence, Andrea Broggini, avocat de 55 ans et administrateur de Migros depuis 2004, ne fait pas l’unanimité. Le Tessinois d’origine a un profil inhabituel pour une coopérative. Il siège au conseil d’administration de Fast­web, filiale à problème de Swisscom et du groupe d’assurance italien Fondiaria-Sai. «Il est considéré comme un homme de la haute finance qui incarne un type de manager moderne. Il pourrait tout autant diriger une entreprise cotée», lisait-on dans la Handelszeitung de cette semaine à propos de celui qui a étudié à Harvard.

Le conseiller national PDC Filippo Lombardi a côtoyé dans ses jeunes années Andrea Broggini au lycée d’Ascona (TI). «C’est un bon avocat d’affaires qui a des compétences dans les questions juridiques et commerciales, autant au niveau suisse qu’international. Il est discret et fait son travail sans provoquer de vagues. C’est davantage un expert qu’un grand communicateur», témoigne le politicien.

«Elle n’est pas jouée d’avance, dit une déléguée qui souhaite garder l’anonymat. Nous avons reçu les dossiers des candidats. Ils sont très intéressants, mais nous n’avons pour l’instant mené aucune discussion avec eux. Cela se fera vendredi soir.» Originaire de Suisse romande, cette dernière déplore le départ de Claude Hauser, personnalité qui avait la sensibilité de la région. «Le profil d’Andrea Broggini tranche avec celui du président sortant. Une personnalité plus proche des Romands pourrait avoir la faveur des votes des délégués de Suisse romande. Toutefois, par le nombre de délégués [ndlr: 32 délégués sur 111], nous restons minoritaires», estime cette source.

Parmi les cinq candidats qui briguent la présidence, trois ont des personnalités qui collent plus à l’esprit du fondateur de Migros. Devenue membre de l’administration du géant orange en 2008, Paola Ghillani est aussi directrice de l’entreprise qui porte son nom. Elle fournit des conseils aux entreprises dans l’implémentation de stratégies sociales et environnementales. Le choix de Paola Ghillani pourrait faire évoluer Migros dans le sens d’une plus grande prise en compte du développement durable, vue son expérience acquise à la tête de Max Havelaar. Cette personnalité est autant connue en Suisse romande qu’outre-Sarine, ce qui pourrait la placer parmi les favoris.

De son côté, Gisèle Girgis, membre de la direction générale de Migros, est la candidate suisse romande dans la course à la présidence. Selon ses détracteurs, elle manque d’envergure pour ce poste. Quant à Doris Aebi, elle est vice-présidente de la direction de Migros et copropriétaire d’une entreprise dans le domaine du recrutement international. A son désavantage: son soutien à Claude Béglé à la présidence de La Poste. De plus, elle vient aussi de la région de l’Aar, comme le chef de Migros, Herbert Bolliger, et la présidente de l’Assemblée des délégués, Ursula Nold. Cette concentration de pouvoir pourrait constituer un frein à son élection. «Ces trois femmes parlent toutefois très bien français, tempère la déléguée anonyme. L’une ou l’autre pourrait bénéficier des votes des délégués suisses romands, voire d’un choix pour une présidente plutôt qu’un président. Un vote femme pourrait se produire. De mon côté, je favoriserai une candidate. C’est normal pour une entreprise qui se veut sensible à l’égalité.»

A côté de ces trois candidates, Max Meyer est favorable à une simplification des organes dirigeants de Migros et pourrait bénéficier du vote des délégués de sa région, la plus importante par le nombre (16). Il dispose toutefois de peu d’appuis dans les autres régions.

Au final, l’assemblée des délégués votera sur une vision de l’avenir de Migros. Soit ses membres veulent rester fidèles à l’esprit social du fondateur Gottlieb Duttweiler, soit ils prônent une évolution vers la finance et la prise de participation dans d’autres entreprises, comme avec Charles Vögele. Andrea Broggini serait dans ce cas favori. Mais une chose est certaine: une partie des délégués refusera d’élire un candidat qui leur a été imposé.

Reproduire
Texte - +