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Editorial samedi 18 février 2012

Vite, un pilote!

L’histoire de l’acquisition démontre beaucoup d’amateurisme à plusieurs niveaux: à la tête du Département de la défense, au Conseil fédéral et au parlement. Les épisodes rocambolesques et les passes d’armes à répétition de ce mauvais feuilleton ont détourné l’attention de la question clé: la Suisse a-t-elle vraiment besoin d’un nouvel avion de combat?

La Suisse envisage donc de doter ses Forces aériennes de 22 avions de combat suédois Gripen. Que la Suède nous pardonne la métaphore, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Car l’armée suisse n’a toujours pas de pilote.

Voilà un projet dirigé depuis cinq ans à la va-comme-je-te-pousse. En 2009 le ministre de la Défense n’en veut plus, en 2010 il propose d’attendre le rapport de politique de sécurité, puis il y renonce. L’an dernier, le parlement le lui impose «à l’insu de son plein gré». Le reste à l’avenant. Un jour le ministre n’aurait pas lu le rapport de son chef de l’armée de l’air sur les performances insuffisantes de l’appareil choisi. Quarante-huit heures plus tard il doit se faire accompagner d’une galaxie de généraux pour se désavouer et réfuter un article de presse.

A force de repousser ses décisions, de dire tout et son contraire, de tortiller en as de la manœuvre, Ueli Maurer arrivera à ses fins. Mais à quel prix pour la confiance des cadres de l’armée, pour l’image d’un Conseil fédéral sans cesse à se contredire.

Mardi, Ueli Maurer admettait que, si une offre meilleur marché était faite, elle serait examinée. Mercredi, le porte-parole du Conseil fédéral disait que le gouvernement n’avait pas de raison de revenir sur sa décision. Jeudi, Doris Leuthard ajoutait que «la procédure d’évaluation est close mais, si un Etat fait une nouvelle offre, il pourrait en aller autrement». Au secours!

De l’amateurisme. Jusque dans les commissions parlementaires spécialisées mais si peu curieuses. Comment justifier que les commissaires ne découvrent qu’en février des rapports sur les insuffisances aériennes du Gripen dévoilés en novembre par la Basler Zeitung ? Le travail de surveillance a été bâclé.

Dans tout ce chaos, le vrai débat a été évacué: la Suisse a-t-elle besoin d’un nouvel avion dans l’immédiat? Ueli Maurer affirmait lui-même, en été 2010, que le report de cette acquisition «ne remet pas en question la sécurité de la Suisse dans la troisième dimension. Les 33 F/A-18 suffisent actuellement pour remplir les tâches de police aérienne.»

Vite, un pilote dans le cockpit fédéral!

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