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Conseil fédéral lundi 27 septembre 2010

«Je suis sous le coup de la rage»

Propos recueillis par Sylvain Besson

Christian Levrat. (Eddy Mottaz)

Christian Levrat. (Eddy Mottaz)

Trahi, trompé, déçu: Christian Levrat, le président du PS, dénonce la répartition «grossièrement déloyale» des départements au Conseil fédéral

Le Temps: Le Parti socialiste visait les Finances et l’Environnement, il se retrouve avec Justice et Police et les Affaires étrangères. Comment expliquez-vous cette décision?

Christian Levrat: Elle a été prise par un vote majoritaire de 5 contre 2 [ndlr: les deux voix socialistes]. On a contraint Simonetta Sommaruga d’aller au Département fédéral de Justice et Police (DFJP), et pour moi c’est assez inexplicable. On avait l’impression que le Conseil fédéral allait prendre un nouveau départ, mais avec une décision majoritaire prise d’emblée comme cela, on se prive de cette possibilité. Cinq départements sur sept sont désormais entre les mains de nouveaux: dans un club de football, on ne gérerait pas l’équipe comme ça. Cette répartition est grossièrement injuste. Le Parti libéral-radical a l’Economie et l’Intérieur, nous les Affaires étrangères et le DFJP. Si l’on voulait nous dire qu’on veut nous faire partir du Conseil fédéral, on ne s’y prendrait pas autrement.

Simonetta Sommaruga ministre de la Police, c’est un drôle de contre-emploi, non?

Je suis surpris et déçu pour elle. Elle a un champ de compétences très large, elle pouvait reprendre 5 des 7 départements, et on lui donne l’un des deux seuls départements qui pouvait lui causer des difficultés. C’est une forme d’action punitive contre elle. Doris Leuthard a peur de sa popularité. Les radicaux nous ont menti. Ils nous ont donné des gages avant l’élection, notamment sur le respect du principe d’ancienneté, qui permettait à Simonetta Sommaruga de choisir son département avant Johann Schneider-Ammann. Ils n’ont pas respecté leur engagement.

N’est-ce pas à cause des états d’âme du PS, en matière d’asile et de sécurité, que le DFJP est un cadeau empoisonné pour vous?

C’est un département difficile pour nous, c’est vrai, mais la raison de ma colère est ailleurs: c’est qu’il n’y a pas d’argument rationnel pour ce changement. C’est hallucinant d’avoir une équipe où l’on se moque des compétences. Forcément, cela va tendre nos relations. Ce qui s’est passé ne me donne pas spécialement envie de collaborer de façon constructive avec Doris Leuthard. Je pense qu’elle sous-estime notre force référendaire dans les domaines liés au service public dont elle va hériter [ndlr: Poste, CFF…]. Si elle croit pouvoir mettre en œuvre la politique d’economiesuisse [lobby du patronat] dans son nouveau département, elle se trompe!

Est-ce que ces événements annoncent l’entrée dans une nouvelle période de turbulences, à l’approche des élections fédérales de 2011?

Etre confronté à une présidente qui fait primer ses propres intérêts sur l’intérêt général, et à un PLR qui ment, il faut espérer que cela se produira assez rarement. Sinon, en effet, nous allons entrer dans une période de turbulences.

Comment entendez-vous réagir?

Il va falloir qu’on analyse tout ça. Je ne vois pas de possibilité de remettre en cause cette décision. Je crois qu’il y aura un durcissement des fronts, entre les départements et entre les partis. Je suis sous le coup de la rage, parce que c’est grossièrement déloyal. Cela va aussi laisser des traces sur le plan personnel. J’avais des rapports assez bons avec Christophe Darbellay (PDC) et Fulvio Pelli (PLR): il faudra des années pour restaurer des relations normales avec eux. Il est frappant de voir des partis qui veulent la collégialité, la concordance, qui dénoncent la politique des blocs, se comporter de cette façon.

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