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union européenne samedi 30 juin 2012

Concession allemande pour sauver l’euro

Angela Merkel s’adresse aux députés du Bundestag dès son retour de Bruxelles. (AP)

Angela Merkel s’adresse aux députés du Bundestag dès son retour de Bruxelles. (AP)

Les députés du Bundestag et du Bundesrat ont adopté vendredi à une écrasante majorité le pacte budgétaire et le plan de sauvetage MES. Au sommet de Bruxelles, la chancelière Angela Merkel a cédé sur certains points face à ses partenaires

Depuis qu’a éclaté la crise de l’euro, Angela Merkel a franchi l’une après l’autre les lignes rouges définies par son gouvernement. Les temps sont loin où la chancelière assurait que l’Allemagne ne dépenserait «pas un centime» pour la Grèce. Il y a quelques semaines encore, elle s’opposait toujours à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Sur ces deux points, le gouvernement allemand a finalement cédé face aux attentes de ses partenaires européens et de l’opposition sociale-démocrate allemande.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Angela Merkel a de nouveau franchi à Bruxelles une des lignes rouges de son gouvernement, provoquant vendredi en fin d’après-midi un débat passionné au Bundestag à l’issue duquel les députés devaient adopter, comme convenu à la majorité des deux tiers, le pacte budgétaire et le Mécanisme européen de stabilité (MES).

A Bruxelles, Angela Merkel, si elle a tenu bon contre toute mutualisation de la dette, a cédé face au président du Conseil italien, Mario Monti, sur deux points: un assouplissement des conditions du rachat de la dette souveraine par les fonds européens; la chancelière a surtout levé son veto à une recapitalisation directe des banques par les capitaux européens.

Pour le chef économiste de la Commerzbank, Jörg Krämer, ce n’est plus qu’une question de temps avant que Berlin ne viole le dernier tabou allemand: le non à toute mutualisation de la dette. «L’Allemagne acceptera des obligations communes, si elle doit choisir entre ça et une explosion de la zone monétaire.»

«Le gouvernement va devoir expliquer le virage à 180 degrés négocié à Bruxelles», exigeait vendredi Carsten Schneider, porte-parole des sociaux-démocrates au sein de la Commission des finances du Bundestag. Surtout qu’au sein de la majorité aussi on renâcle. «L’erreur de la chancelière, c’est de s’être laissée embarquer dans une discussion dont l’Allemagne ne voulait pas, sur des aides à court terme pour les Etats en difficulté de la zone euro», constate le quotidien populaire conservateur Bild, tandis que Die Welt, de centre droit, parle de «défaite de Merkel au cours d’une nuit historique».

La chancelière pour sa part s’est évertuée vendredi à présenter les bons côtés de l’accord de Bruxelles. «Nous sommes restés fidèles à ­notre philosophie», assurait-elle, bous­culée plus qu’à l’accoutumée en fin d’après-midi au Bundestag, où les députés devaient finalement ratifier le pacte budgétaire et le MES à la majorité des deux tiers. «Ces deux dispositifs ne suffiront pas à parachever l’union économique et monétaire, mais ils sont un pas important pour sortir la zone euro de la crise», a précisé Angela Merkel.

Pour convaincre l’opposition, la chancelière avait accordé d’importantes concessions financières aux Länder, acceptant notamment la création d’obligations allemandes, un instrument qui permettra aux régions de bénéficier des conditions plus favorables accordées par les banques à l’Etat fédéral. Le bouclier MES ratifié vendredi ne pourra cependant pas entrer comme prévu en vigueur le 1er juillet, la Cour constitutionnelle de Karls­ruhe, saisie par les néocommunistes de Die Linke, devant se prononcer à ce sujet.

Vendredi, seul le Spiegel, pourtant généralement critique envers le gouvernement, louait l’issue du sommet de Bruxelles. «La plus intelligente a cédé», titrait l’hebdomadaire sur son site électronique. «Angela Merkel n’a cédé que sur des points où la position allemande n’était pas défendable. Surtout, elle a obtenu deux éléments très importants en échange, avec le pacte budgétaire et le pacte de croissance.» Autre point positif pour l’Allemagne, selon le Spiegel , Angela Merkel aurait renforcé les positions de l’Italien Mario Monti et de l’Espagnol Mariano Rajoy, «les meilleurs partenaires possibles pour l’Allemagne. Et puis elle a réussi à vendre le pacte budgétaire à François Hollande en échange d’un plan de croissance de 130 milliards d’euros qui ne coûtera pas un centime à l’Allemagne.» Pour le Spiegel, l’accord de Bruxelles est «ce qu’on appelle un compromis. Et un très bon compromis.»

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