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suicide assisté mardi 11 mai 2010

Mystérieuses urnes funéraires retrouvées dans le lac de Zurich

(Keystone)

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Des plongeurs ont découvert dans le port de plaisance de Küsnacht une quarantaine d’urnes par dix mètres de fond. Une enquête pour violation de la paix des morts a été ouverte. Les soupçons se portent sur Ludwig A. Minelli, le fondateur de Dignitas, association d’aide au suicide.Il reconnaît dans un cas avoir jeté une urne à l’eau

Un dimanche d’avril, les plongeurs de la société de sauvetage de Küsnacht/Erlenbach, sur la Goldküste, étaient en mission pour retrouver le toit de leur bateau tombé à l’eau. Mais dans le port de Küsnacht, ils font une étrange découverte. A dix mètres de profondeur sont empilées plusieurs urnes, en partie ouvertes, qui semblent contenir des cendres humaines. Au total, la police cantonale a remonté et mis en sécurité près de quarante récipients funéraires en terre cuite. Certains portaient le sigle d’un crématoire de la ville de Zurich, selon le Blick, qui a révélé les faits. L’Office cantonal des eaux, dont c’est la compétence, a déposé plainte pour violation de la paix des morts et non- respect du droit à une sépulture décente. Car s’il est toléré que les particuliers dispersent les cendres d’un proche dans le lac lors d’une cérémonie funéraire, voire laissent couler discrètement l’urne, l’immersion d’un si grand nombre d’urnes n’entre plus dans la même catégorie.

Très vite, les soupçons se portent sur Ludwig A. Minelli et son association d’assistance au suicide, Dignitas. Il refuse de répondre aux médias. Jusqu’à ce qu’un article de la NZZ am Sonntag, dimanche, le fasse sortir de sa réserve. Dans une prise de position envoyée pendant la nuit, le fondateur de Dignitas confirme que son organisation est responsable de la mise à l’eau d’une urne au moins. La NZZ am Sonntag l’accusait de ne pas avoir respecté les dernières volontés d’une octogénaire allemande en 2003. Dans son testament, elle aurait fait part de son vœu de reposer dans la tombe de son mari, à Kiel. Une version que dément énergiquement Ludwig A. Minelli. Certes, l’octogénaire a dans un premier temps écrit qu’elle voulait que son corps soit brûlé et l’urne enterrée de manière anonyme. Ou alors que son cadavre soit envoyé à l’université de Kiel. «Dans le dossier que Dignitas possède, il y a une note écrite à la main qui a été apposée lors d’un dernier entretien avant le suicide accompagné, et qui précise: «L’urne dans le lac». Cela veut dire que la femme a donné des indications orales pour changer ses volontés écrites», explique le patron de Dignitas dans sa prise de position. L’avocat accuse également le journaliste de la NZZ de ne pas faire correctement son travail, en s’appuyant sur le seul témoignage d’une ex-collaboratrice de Dignitas qui cherche par tous les moyens à nuire à son ancien employeur.

Ludwig A. Minelli s’est-il débarrassé systématiquement dans le lac de dizaines d’urnes, «parce que cela revenait meilleur marché que de renvoyer les cendres à la famille à l’étranger» comme l’accuse cette ancienne collaboratrice citée par la NZZ am Sonntag? Le principal intéressé se tait sur ce point. On sait que près de 95% des quelque 400 personnes qui choisissent Dignitas chaque année pour un suicide accompagné viennent de l’étranger. L’enquête est en cours et il n’est pas sûr qu’elle débouche sur une inculpation. On ne sait pas non plus si la police a déjà interrogé Ludwig A. Minelli. Selon le Blick, il aurait déclaré l’été dernier au magazine américain The Atlantic qu’il jetait les urnes dans le lac de Zurich à un endroit calme entre des villas de prix.

Les urnes retrouvées dans le lac ne portaient plus aucun signe permettant de les identifier. Lorsqu’elles sortent du crématoire, elles sont pourtant toutes plombées et munies d’une plaquette portant le nom de la personne incinérée. L’immersion en grand nombre d’urnes dans le lac dépasse l’usage que peut faire un particulier de l’espace public, elle doit être soumise à autorisation. Or, précise un porte-parole de l’Office cantonal des eaux, jamais une telle concession ne serait accordée à une entreprise de pompes funèbres ou à toute autre entreprise. Si l’enquête aboutit, la personne inculpée risque une amende élevée.

Le Conseil fédéral doit se prononcer cette année sur l’opportunité d’une loi qui soit interdit le suicide assisté, soit règle cette pratique de manière plus stricte. Le projet mis en consultation prévoit notamment de rendre obligatoire l’expertise de deux médecins indépendants, et d’exclure les personnes souffrant de maladie psychique.

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