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Gestion de fortune jeudi 01 mars 2012

«Je suis moins choqué que d’autres par l’auto-déclaration fiscale»

Pour le directeur d’EFG, les banques suisses finiront par s’adapter à un nouveau régime. L’auto-déclaration est pour lui un système crédible

Avant de devenir directeur général d’EFG International en juillet 2011, John Williamson a travaillé une vingtaine d’années à Londres. Une place financière qui, à la différence de sa concurrente suisse, pratique déjà l’échange automatique d’informations avec les pays européens. Pour cette raison, il se dit «moins choqué» par les grandes remises en question fiscales actuelles.

En marge de la présentation des résultats 2011, le flegmatique patron a accordé dix minutes au Temps pour livrer ses impressions sur les enjeux du moment.

Le Temps: La performance des activités suisses est «inférieure aux attentes». Quelles en sont les raisons?

John Williamson: C’est une conjonction d’éléments. A l’interne, les collaborateurs suisses se trouvent, malgré eux, dans l’épicentre des remaniements du management et de la gestion. Et EFG est basée en Suisse, c’est donc aussi ici que les critiques ont été les plus vives sur nos erreurs stratégiques passées. La motivation de nos employés en a été affectée. Un autre facteur est la très forte concurrence sur le marché suisse de la gestion de fortune. Il faut jouer des coudes pour gagner de nouveaux clients.

– Les incertitudes autour du futur régime fiscal ont-elles également pesé sur la confiance?

– Bien que nous ne soyons pas vraiment concernés, ces grandes remises en question suscitent des interrogations, pour nos employés et nos clients.

– La stratégie du Conseil fédéral prévoit notamment un système d’auto-déclaration fiscale des clients. Y êtes-vous favorable?

– Je viens d’arriver de Londres. Ces propositions sont donc moins choquantes pour moi qu’elles ne peuvent l’être pour d’autres dirigeants bancaires en Suisse.

– Concrètement, ce système est-il crédible?

– Il s’agira d’abord d’en connaître les détails mais, en termes de procédures en tout cas, cela semble possible. Nous menons déjà ce genre de démarches avec nos clients américains, par exemple.

– Etes-vous aussi, à l’image de Pierin Vincenz, directeur de Raiffeisen, favorable à l’échange automatique d’informations?

– Encore une fois, j’ai travaillé à Londres pendant des années. Là-bas, ce système existe, et les banques s’en accommodent. Attention! Cela ne veut pas dire que je vais mener campagne pour autant. Mais je suis optimiste, EFG et les autres banques finiront par s’adapter à ces changements de régime, quels qu’ils soient.

– La place financière suisse ne risque-t-elle pas de perdre de son attractivité?

– Je comprends toutes ces inquiétudes, ce malaise. Le secret bancaire fait partie depuis longtemps des atouts de la finance suisse. Mais si elle le perd, elle doit se souvenir qu’elle en a d’autres. Croyez-moi, la qualité du service et son savoir-faire, le tissu économique, les infrastructures ou le profil de la monnaie qui l’entourent sont des avantages que bien d’autres n’ont pas. En fait, la seule erreur de la Suisse est peut-être d’avoir trop tardé avant de se mettre en conformité avec ce qui se fait ailleurs.

– Etant propriété à 49% de la famille Latsis, EFG se sent-elle particulièrement concernée par les questions fiscales entre la Grèce et l’Europe et la Grèce et la Suisse?

– Non. Et pour anticiper votre prochaine question, je n’ai pas de statistiques sur le nombre de nos clients d’origine grecque. Mais je peux vous assurer qu’ils ne sont pas surreprésentés dans notre base de clientèle.

– Mais vous comprenez que le public pense que vous avez plus de liens avec la Grèce que d’autres banques de gestion suisses?

– Si certains le pensent, ils se trompent. Encore une fois, je ne me sens pas spécialement concerné par les questions grecques. Je vous rappelle que nous sommes une banque privée suisse.

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