Texte - +
Imprimer
Reproduire
Scanner mercredi 11 avril 2012

L’art de bien se tromper

Les tests, de dopage par exemple, qui tentent de faire rentrer la réalité biologique dans des limites fixées artificiellement, sont condamnés à être imparfaits. Il faut en être conscient et savoir gérer les erreurs

Les sportifs de haut niveau se défendent souvent d’accusations de dopage en indiquant avoir fait l’objet de nombreux contrôles sans jamais avoir été condamnés. Cela ne prouve pourtant pas grand-chose: «ne jamais avoir été contrôlé positif» ne signifie pas «ne pas être dopé». On peut voir cela comme du simple bon sens, mais, du point de vue statistique, c’est une distinction d’importance.

Un test antidopage typique consiste à comparer si une mesure (par exemple la concentration d’une substance dans l’urine) dépasse une valeur limite prédéterminée. Mais simplifier la réalité biologique en réduisant une mesure ponctuelle à un résultat noir ou blanc est complexe, et il est impossible de définir une telle limite qui sépare parfaitement les tricheurs des athlètes honnêtes. Une telle opération produit toujours des erreurs, que ce soit un faux positif (le sportif n’était pas dopé, quoi qu’en dise le résultat du test), ou un faux négatif (le test n’a pas réussi à détecter le dopage).

Si on ne peut supprimer entièrement ces erreurs, il reste possible de décider de quelle manière on préfère se tromper. En choisissant un seuil limite élevé, on diminuera le nombre de faux positifs (il est plus difficile de faire réagir le test), tout en augmentant le nombre de faux négatifs (qui passeront plus facilement entre les gouttes). L’équation est simple: accuser un sportif par erreur entraîne d’importantes conséquences, alors qu’il y en a peu si un tricheur n’est pas détecté. Pour cette raison, les tests sont généralement conduits à l’avantage de l’athlète: les valeurs limites sont calculées avec une marge de sécurité, et tout résultat inconclusif ou entaché d’un doute annulera la procédure. Un tel test peut soit indiquer la présence d’un produit interdit, soit ne pas être conclusif, mais ne peut pas prouver l’absence de dopage, malgré ce qu’en disent les personnes concernées

De tels tests sont utilisés dans de nombreux autres domaines. En diagnostic médical, on préférera peut-être placer la barre assez bas, pour s’assurer de détecter une possible maladie. Mais la décision pourra être compliquée, et dépendra de la gravité de la maladie, des traitements disponibles et de leurs effets secondaires potentiels.

Dans tous les cas, il est crucial d’accepter que tous ces tests ne seront jamais parfaits. S’il est louable de vouloir les améliorer, il est encore plus important de comprendre leurs limites, ce qu’on peut en conclure ou non, et d’être prêt à gérer les erreurs qu’ils vont immanquablement provoquer.

* Statisticien au SIB Institut suisse de bioinformatique

Reproduire
Texte - +