Texte - +
Imprimer
Reproduire
animaux mercredi 04 avril 2012

Kanghaï, belle fugitive, joue à «attrape-moi si tu peux»

Kanghaï, assez sûre d’elle et pas du genre à s’en laisser conter. (DR)

Kanghaï, assez sûre d’elle et pas du genre à s’en laisser conter. (DR)

Depuis son évasion il y a plus de quarante jours, l’aigle royal femelle de la fauconnerie du château de Valère, à Sion, fait les beaux jours du Net. A la poursuite du grand rapace: un véritable polar aviaire…

Elle a un beau nom, qui claque sous le palais comme celui d’un antique empereur mongol: Kanghaï. C’est probablement le seul aigle royal – valaisan qui plus est – à faire l’objet d’un blog à lui tout seul. En fait, un vrai feuilleton qui se décline sur le site du quotidien Le Nouvelliste, lequel suit l’animal dans ses moindres faits et gestes. Il faut dire que Mme Aigle a la bougeotte, nous apprend 20 Minutes, puisqu’elle a disparu depuis le 20 février dernier de ses tranquilles pénates – non encore attaquées par Franz Weber – de la fauconnerie du château de Valère, à Sion. Là, «elle fait partie avec le faucon pèlerin Sédun des volatiles qui participent à des démonstrations de vol de rapaces». Même le Landbote de Winterthour et le Blick en ont parlé – c’est dire.

Donc, plus de Kanghaï. Fauconnier et touristes marris. Une vraie «cata». Mais soudain, surprise: le 12 mars dernier, rapporte Le Matin de Lausanne, Kanghaï est prise en photo dans le Vercors! Car il fallait une preuve: Michel Darbon n’en croyait pas ses yeux. Sur son tas de fumier, le volatile en question, absolument sans gêne. Ce retraité de 65 ans ignore alors qu’il s’agit de l’aigle royal choyé par l’Office du tourisme sédunois, en fuite depuis trois semaines. «Quand j’ai vu qu’il avait des lanières aux pattes, j’ai compris qu’il était domestiqué et donc recherché.»

Que fait alors celui qui est aussi garde-chasse? Il publie «des photos de l’oiseau sur Internet». L’homme, un solide gaillard qui arbore une grande barbe toute blanche, avoue avoir vécu une semaine au paradis: «J’ai passé des heures à observer l’oiseau évoluer autour de chez moi. A le regarder se faire attaquer par d’autres aigles royaux du coin, visiblement peu enclins à se faire voler leur coin de ciel. Sans oublier les nuits, passées les yeux ouverts, en espérant que l’aigle serait encore là le lendemain.»

Quelle beauté, grands dieux, quel rêve! Surtout que quelques jours après, bingo: son propriétaire, Benoît Delbeauve, après avoir pianoté sur son ordinateur et vu les photos de France voisine, se précipite dans le Vercors, «dans l’espoir de récupérer l’animal. Manque de chance, celui-ci, qui la veille encore avait tué et mangé une des poules de Michel Darbon a mis les voiles. «Benoît l’a cherché jusqu’à samedi, puis a dû repartir. A ce moment-là, il a craqué et on a versé une larme ensemble. J’espère de tout cœur qu’il le retrouvera, son aigle!»

Du coup, Le Dauphiné libéré s’est aussi emparé de ce polar aviaire dont l’héroïne est «une femelle aigle royal de 11 mois, née en captivité en Allemagne. […] Elle pèse 5,5 kilos, son envergure atteint 2,4 m et elle possède la particularité d’avoir des taches blanches sous les ailes et la queue.» Il annonce aussi que la fugitive aurait été aperçue à Saint-Andéol, en Isère. Mais l’oiseau est-il capable d’avoir effectué une telle distance? «Avec les courants thermiques, tout est possible mais c’est vrai que ça fait un sacré trajet.» Cette nouvelle redonne alors «du courage» au directeur de l’Office du tourisme de Sion, Jean-Marc Jacquod, et au fauconnier Benoît Delbeauve.

Tout cela jusqu’au samedi 31 mars, où l’on aperçoit à nouveau le volatile au Vieux Pays: il «a donc refait en sens inverse les quelque 200 kilomètres qui séparent l’Isère du Valais central», berceau du Nouvelliste. Même si l’on a plus de nouvelles depuis, tout le monde se dit rassuré et les autorités spécifient qu’il «est important que les gens continuent à scruter le ciel». Tout en conservant à l’esprit qu’une centaine d’aigles vivent en Valais. Il faut donc repérer le bon. Pardon, la bonne.

Sur le site de ce journal, c’est une véritable encyclopédie qui est consacrée à cette affaire pleine de suspense et d’une portée onirique indéniable. On y apprend notamment que «l’oiseau est encore en phase de dressage, mais il peut évoluer librement. Il arrive souvent qu’il prenne la direction de Tourbillon où il va profiter du soleil». Et qu’une hotline a été ouverte pour lui mettre la main au collet: le 027/327 77 27. Mais la question demeure: cette fuite, c’est hormonal? Réponse «non»: «Une chose est sûre, c’est que Kanghaï n’est pas en train de batifoler avec ses congénères.» C’est trop tôt dans la saison pour draguer. «Les aigles sont en train de préparer la reproduction. Ils sont donc très territoriaux et ils chassent les concurrents», explique Bertrand Posse, de la Station ornithologique suisse.

Au bout du compte, localiser un aigle, malgré sa taille respectable, ce n’est pas chose facile. Et ce «ne sera que la première partie d’un long processus» pour que la belle Kanghaï réintègre Valère: «En effet, la faim du rapace influencer fortement la tactique choisie. «Nous allons d’abord surveiller Kanghaï et voir si elle a faim ou pas. Si elle est repue, cela ne servira à rien de l’approcher tout de suite car elle risque de rester sourde à nos appels. Si par contre, elle a jeûné, nos chances de réussite seront meilleures. Idéalement, il faudrait la situer en fin de journée. Comme c’est un rapace diurne, elle risque de se trouver un endroit pour passer la nuit et nous aurons plus de facilité à l’approcher. Idem en cas de pluie.»

Bigre. Et maintenant que Kanghaï a déjà boulotté une volaille dans le Vercors, on sait qu’elle est capable de se nourrir seule. La suite ne sera donc peut-être pas si facile.

Reproduire
Texte - +