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tennis samedi 28 janvier 2012

Le passé de Lendl est l’avenir de Murray

Son nouveau coach Ivan Lendl fait déjà beaucoup de bien à Andy Murray. (Reuters)

Son nouveau coach Ivan Lendl fait déjà beaucoup de bien à Andy Murray. (Reuters)

Novak Djokovic a vaincu de peu le No 4 mondial, en 5 heures, 6-3 3-6 6-7 6-2 7-5, en demi-finale de l’Open d’Australie. Malgré sa défaite, l’Ecossais a montré des signes de résilience, effet de sa collaboration avec l’ancien champion

Dans le 5e set, quand Novak Djokovic fait le break à 3-2, Ivan Lendl adresse un petit signe de la tête en regardant Andy Murray comme pour lui signifier: «Vas-y, continue, ne t’inquiète pas pour ça.» L’encouragement discret aura servi. Mené 5-2, l’Ecossais est revenu à 5 partout avant de céder et de s’incliner 7-5 dans l’ultime manche d’un combat physique qui aura duré 4h50. Une nouvelle défaite pour le No 4 mondial dans ce remake de la finale de l’an dernier. Une nouvelle posture ciselée par l’entame positive de sa collaboration avec l’ancien champion.

Palpable sur le court, la transformation est aussi visible face à la presse. Posé, Murray confesse: «C’est dur de recoller au score, de passer si près du break [trois balles en sa faveur] et de finalement perdre. Mais je suis un joueur différent de l’an dernier, avec une attitude différente. On me reproche toujours d’être trop passif. Aujourd’hui, je ne pense pas l’avoir été.» Djokovic confirme. Il n’avait pas le même homme en face de lui: «Andy était plus en confiance sur le court. Il a pris des risques, s’est montré plus agressif. Il jouait mieux.»

Serait-ce déjà l’effet magique d’Ivan Lendl? Sa présence dans le box de Murray aura été une des attractions de cet Open d’Australie 2012. Les services de ce grand nom du tennis, absent du Circuit pendant dix-huit ans, vont-ils permettre à l’Ecossais, trois fois finaliste dans un tournoi majeur, de combler ses lacunes dans sa quête désespérée d’un premier titre en Grand Chelem? Seul l’avenir dira si le glorieux passé «d’Ivan le Terrible» profitera au futur de Murray.

Leur collaboration, entamée sur ce tournoi, a nourri les colonnes des journaux et animé les conversations de cantine tout au long de la quinzaine. Le jour du tirage au sort, John McEnroe – qui n’a jamais pardonné à ce rival honni de lui avoir barré la route lors de la finale de Roland-Garros 1984 – avait lâché avec sarcasme: «Ça me fait mal d’avoir à dire ça, mais je pense que ça peut payer. Ça devrait aider Murray à «manufacturer» une meilleure intensité sur le court.» L’Américain, comme beaucoup d’autres, supputait, notamment, que la placidité légendaire de son ancien adversaire allait permettre au flegmatique et colérique Ecossais de mieux canaliser son énergie et gérer ses émotions sur le court. «Ce sera intéressant de voir comment Murray se comporte sur le court», précisait McEnroe. «Parfois, il devient négatif et se met à haranguer son camp. Osera-t-il faire ça avec un gars comme ça dans son box? C’est une chose de le faire avec Brad Gilbert, c’en est une autre de le faire avec Ivan Lendl.»

L’influence de l’impavide champion aux huit Grands Chelems sur le jeune Ecossais est évidente. Au cours de son épique duel avec «Djoko», Murray s’est contenu. Transformant ses irritations passagères en dynamique positive. Le match s’est joué à deux points. Et cette fois, la défaite est honorable. Il n’a pas grand-chose à se reprocher et a le sentiment de tendre un peu plus vers le but.

Même si, au micro de Jim Courier l’autre jour, il a lâché, avec son humour écossais, souhaiter voir Lendl davantage sur le court avec lui et moins sur les parcours de golf, Murray nourrit un profond respect pour son coach de marque. «Pouvoir s’appuyer sur le regard de quelqu’un comme lui dans ton box pendant un match aide beaucoup», avoue le No 4 mondial. «De toute évidence, j’aurais voulu faire un meilleur résultat ici pour pouvoir lui montrer ma gratitude, le remercier de la confiance qu’il me porte et qui l’a poussé à venir travailler avec moi. Je n’ai pas encore eu l’occasion de parler avec lui, mais j’espère qu’il est content de la manière dont je me suis comporté sur le court.»

La veille de cette demi-finale, Lendl avouait sa foi en les chances de son tout nouveau poulain: «Le classement dit que Djokovic est No 1, donc les gens pensent qu’il est imbattable. Mais j’estime que personne n’est invincible. Si tu ne crois pas que n’importe quel adversaire est prenable, alors il ne faut pas jouer au tennis.»

C’est pour son vécu que Murray a choisi Lendl: «Ivan m’a fait comprendre que ma défaite en finale l’an dernier n’était pas si grave au regard de ce que Novak a réalisé derrière. C’est pour ça que j’ai Ivan à mes côtés. Il est passé par là, a vécu des expériences similaires. Il m’aide à mettre les choses en perspective. Il m’enseigne l’économie d’énergie et la gestion intelligente de son temps.»

Heinz Günthardt a affronté Lendl et l’a même battu. Il insiste sur la force d’autoconviction du natif d’Ostrava: «Il est très carré, sait exactement ce qu’il fait et ne laisse aucune place au doute. Il est totalement convaincu du bienfondé de ses choix. Et si tu penses différemment, ton opinion ne compte pas. Cette attitude est un avantage pour jouer au tennis.»

Les experts voient un signe dans la similitude de trajectoire des deux hommes. A 24 ans, Lendl décrocha enfin son premier sacre en Grand Chelem à Roland-Garros, après avoir perdu quatre finales. A 24 ans, Murray en a déjà perdu trois. «Andy vit une situation analogue à la mienne, dans la mesure où il a affaire aux tout meilleurs joueurs», confie l’ancien Tchèque, aujourd’hui 51 ans et naturalisé Américain. «Quand je bats McEnroe après avoir été mené deux sets à rien, je suis tout à coup passé du statut de gars qui ne revient jamais à celui du gars qui ne baisse pas les bras. Méritais-je plus une de ces deux réputations? Non. C’est une question de perception. Les choses finissent par aller dans ton sens si tu persévères et si tu mets toutes les chances de ton côté.»

Lendl, ça se saurait, n’est pas un drôle. Même si l’âge l’a bonifié, arrondissant en même temps les angles de son caractère et de sa physionomie. Mais ce n’est pas pour rigoler que Murray l’a sorti de sa quiétude sur les greens américains. C’est pour bosser. La rigueur, Ivan, ça le connaît. Et il affirme discerner la même volonté chez Murray: «Il est prêt à tout donner pour y arriver. On ne peut tirer de soi que ce que l’on désire vraiment. Je ne dirais pas que j’ai accompli tout ce que je souhaitais pendant ma carrière, mais j’avais la volonté de gagner. Tu peux toujours te dire «j’aurais pu gagner ce match». L’essentiel est de tout donner et de travailler dur afin de ne pas avoir de regret.»

Günthardt insiste, c’est sur le plan mental que l’apport de Lendl sera précieux pour l’Ecossais. Au regard de sa prestation vendredi soir et des propos d’après-match, Murray a déjà bien assimilé le message délivré par son nouveau mentor. Et le message ne passe pas que par les mots. Ah, ce petit signe de la tête…

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