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Valais mardi 24 avril 2012

Un vent de révolte souffle sur le WWF

Thomas Vellacott. Directeur du WWF Suisse dès le 16 mai. (N.D)

Thomas Vellacott. Directeur du WWF Suisse dès le 16 mai. (N.D)

Le renvoi d’un secrétaire régional valaisan révèle un conflit de générations. L’ONG cherche des collaborateurs plus diplomates

Il y a quelques mois, le secrétaire régional du WWF Haut-Valais s’est fait licencier. Dans le canton, l’affaire n’est pas passée inaperçue. Le socialiste haut-valaisan Peter Bodenmann écrit dans la presse locale que Ralph Manz, en poste depuis dix ans, était devenu «trop dur et trop irréductible» pour l’organisation.

La formule résume les tensions entre les collaborateurs qui sont là depuis longtemps, souvent militants, et la génération engagée ces derniers temps, qui colle à la philosophie du dialogue voulue par le WWF depuis une dizaine d’années.

Ralph Manz a été remplacé par Kurt Eichenberger qui vit à Zurich et travaille dans le Haut-Valais deux jours par semaine. Mais, pour Thierry Largey, responsable de Pro Natura dans le Valais romand, il est nécessaire d’avoir un représentant local dans cette région. «Si vous ne parlez pas le haut-valaisan et que vous n’y avez pas de réseau, vous aurez un sérieux désavantage dans les discussions avec les acteurs locaux avec qui il faut tisser des liens de confiance», estime-t-il. Ce décalage avec le terrain, compris par certains comme un désinvestissement, fâche. «De nombreux sympathisants de l’environnement sont en colère et vont quitter l’organisation», affirme Peter Bodenmann.

En fait, le WWF n’a pas trouvé de candidat originaire du Haut-Valais ou y vivant. Cette situation n’est pas unique. Le nouveau secrétaire régional du canton de Vaud vit à Genève, la responsable du Jura est établie à Neuchâtel, celle de Fribourg à Lausanne. Toutes ces nominations datent des deux dernières années. Ce qui fait craindre à plusieurs secrétaires régionaux que le WWF ne soit en train de renoncer à son ancrage local. «Nous engagerions des personnalités de la région si nous parvenions à trouver les profils que nous cherchons ayant des compétences thématiques mais aussi sociales, répond Catherine Martinson, directrice de la section travail régional au WWF suisse. Nous recherchons en priorité des personnalités à la fois très motivées par nos objectifs, mais également capables d’écoute et de dialogue.»

Et c’est là que le bât blesse. «Autrefois le WWF faisait peur. Mais il a changé. Aujourd’hui, sur le plan suisse, le voilà contrôlé par les libéraux-radicaux», dénonce Peter Bodenmann, faisant allusion à Hans-Peter Fricker, proche du PLR et directeur de l’organisation entre 2004 et 2012 et qui vient d’être remplacé par Thomas Vellacott. «J’ai peur que son image ne se dégrade parce qu’elle est toujours moins militante», renchérit Serge Ansermet, secrétaire régional du canton de Vaud tout juste retraité.

A l’entendre, le conflit philosophique entre l’ancienne génération et la nouvelle direction régionale paraît s’être exacerbé ces dernières années. «Depuis les licenciements de la secrétaire régionale bernoise et de Ralph Manz, que nous n’avons absolument pas compris, l’ambiance est délétère. Beaucoup ont peur pour leur poste et ont des réticences à s’exprimer, se demandant qui sera le suivant», lâche-t-il. Catherine Martinson ne se prononce pas sur ces critiques. Elle affirme simplement que, «comme dans toute relation entre employeur et employé, il arrive que l’une des deux parties ne corresponde plus aux attentes de l’autre». Elle ajoute que le conflit qui déchire le WWF ne lui est pas propre. «D’une manière générale, on constate que la professionnalisation d’organisations créées à la base par des militants provoque aussi des conflits au sein d’autres ONG ou chez les Verts, par exemple.»

Aujourd’hui, la direction du WWF réfléchit à une organisation plus centralisée de ses sections. «Sans perdre notre ancrage sur le terrain, il pourrait être plus efficace de ne pas se bagarrer chacun seul dans son coin mais de partager les compétences thématiques des secrétaires régionaux», propose Catherine Martinson. Concrètement, Kurt Eichenberger, spécialiste des grands prédateurs, devrait maintenir un lien avec le terreau haut-valaisan tout en s’engageant dans d’autres cantons sur le thème qu’il connaît bien.

Philippe Roch, directeur du WWF suisse jusqu’en 1992 et actuellement conseiller indépendant, est le créateur des sections régionales. A son époque, l’organisation était très active dans les médias et déposait de nombreuses oppositions à des projets locaux qui avaient un impact important sur la nature. «La votation pour la suppression du droit de recours des associations les a rendues frileuses. Aujourd’hui, elles engagent plus volontiers des managers que des personnalités nourries à l’amour de la nature», déplore-t-il. Or, la mission d’opposition et de recours juridique ne sera pas forcément reprise par d’autres organisations – qui n’ont ni les mêmes buts, ni les mêmes moyens –, si le WWF s’en détourne. «L’engagement sans faille et extrêmement courageux de quelqu’un comme Marie-Thérèse Sangra par exemple, secrétaire régionale depuis plus de quinze ans pour le Valais romand, où l’application des lois est souvent un peu «cow-boy», est extrêmement précieux», estime-t-il.

«Quand les organisations de défense de l’environnement ne cultivent plus leurs thèmes verts, elles finissent par perdre toute importance à moyen terme», conclut Peter Bodenmann, relayant les craintes de ceux qui se sentent en porte-à-faux avec cette politique.

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