Texte - +
Imprimer
Reproduire
revue de presse mardi 05 février 2013

Et si le foot était complètement pourri?

Des centaines de matchs truqués, selon Europol. (Robin van Lonkhuijsen/AFP)

Des centaines de matchs truqués, selon Europol. (Robin van Lonkhuijsen/AFP)

Pourquoi truquer un match? Parce qu’il y a un maximum d’argent à se faire en spéculant sur les paris, tout simplement. L’enquête d’Europol changera-t-elle les choses? La presse est sceptique

La nouvelle a secoué les rédactions sportives ce lundi: une enquête d’Europol d’une ampleur sans précédent a mis au jour l’existence de plusieurs centaines de matches truqués à travers le monde, dont des rencontres de Ligue des champions. Du coup, c’est l’intégrité même du football qui est en jeu. Ces trucages, répertoriés à partir de 2008, sont liés à des paris sportifs. Un cartel criminel basé à Singapour est à la tête de ces opérations. Il a réalisé plus de 8 millions d’euros de bénéfices grâce à des magouilles sur 380 rencontres – dont 41 en Suisse – pour une mise totale de 16 millions d’euros. La plupart de ces matches ont été joués dans les championnats turc, allemand et suisse.

Il s’agit d’«un scandale qui pourrait changer la face du sport le plus populaire en Europe», écrit le site Foot Mercato. Mais dans le monde du ballon qui ne tourne plus rond, les jours se suivent et se ressemblent. Après les forts soupçons de corruption révélés la semaine dernière par le magazine France Football dans le cadre de l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, voici donc un nouveau cas de dérive dans «ce qu’il est désormais convenu d’appeler les affaires» qui, donc, augmentent «de façon exponentielle», constate l’éditorialiste de 24 heures.

Passions et perversions

«Objet de toutes les passions, le football est devenu la cible de toutes les perversions.» Et les paris ont mis sur pied «un juteux commerce» contre lequel il sera difficile de lutter. Comment – tout le monde se pose cette question – «combattre le fléau et rendre aux amateurs de sport leur dose d’émotions véritables, sans ce soupçon associé qui progressivement le dénature?» Même si, rappelle la Neue Zürcher Zeitung, «la chance de devenir multimillionnaire» avec cette méthode n’est que d’une sur environ 76 millions: «C’est moins probable que de perdre la vie dans un accident d’avion.»

«Un scandale supplémentaire venant se greffer autour du rectangle vert», confirme la Tribune de Genève, qui parle également de «fléaux qui gangrènent nos passions». Pour elle, il est «l’heure du grand nettoyage» et «ceci pour tout le monde!» Pour tous ceux qui disposent «d’un bon pécule de départ», comme l’explique Le Huffington Post: pour parier et pour faire des «avances qui [sont] versées aux personnalités corrompues. Car comme dans toute transaction importante, il [faut] verser un acompte. Le crime organisé d’origine asiatique dispose de cet argent, c’est pourquoi il a investi dans ce type de fraude à l’aide de relais criminels locaux.»

Telle est la méthode…

Plus précisément, indique Slate.fr, ces «paris sur le foot ont désormais plus à voir avec la Bourse et des mouvements financiers planétaires et instantanés, qui transitent souvent via le marché asiatique (où il y a plus de paris sportifs que d’opérations quotidiennes à la Bourse de New York). […] Comme les gros paris peuvent attirer l’attention des sociétés de surveillance, y compris en Asie, et des autorités, les truqueurs ont souvent recours à des tiers chargés de passer des paris plus modestes en leur nom. Ils font ensuite courir le bruit que le match sera truqué, mais laissent entendre que les tricheurs sont dans l’équipe qui, précisément, ne triche pas. Les parieurs qui ont vent de cette fausse rumeur misent alors aussitôt contre la position des truqueurs; les mouvements suspects sont ainsi nettement moins susceptibles d’être repérés.»

Le Point, lui, relativise: «L’affaire révélée par Europol fait le buzz. […] Mais le scandale dévoilé ne constitue pas vraiment le casse du siècle», selon lui. Même si le nombre de matchs truqués est «étourdissant», il n’y a peut-être pas de quoi utiliser ce «vocabulaire du roman noir», «réseau criminel», «bande organisée», destiné à «faire trembler le citoyen amoureux du ballon rond». Des sommes peu importantes, somme toute, dans un monde où «la triche fait partie du sport, car ce dernier est une métaphore de la société, et non un Jardin d’Eden préservé des vices humains. Et en même temps, il est difficile d’imaginer qu’un fait de corruption reste impuni pour les matches de haut niveau.»

«Ça fait mal, hein?»

Quant au médiateur du «Plus» du Nouvel Observateur, il écrit: «Europol accuse le football. Arbitres, joueurs ou dirigeants achetés. […] Combien? Dix? Cinquante? Plus. Beaucoup plus. Et si le football était tout pourri? Dois-je préférer le rugby? Je sens qu’on va pas tous être d’accord… […] Pas de parano: rien à déplorer ici que de classiques (quoique parfois grossières) erreurs d’arbitrage. Mais votre confiance va peut-être en prendre un coup. […] Ça fait mal, hein? […] Mais pourquoi truquer un match? Parce qu’il y a un maximum d’argent à se faire en spéculant sur les paris. […] La cerise sur le gâteau? L’UEFA n’est même «pas surprise». Sans vouloir passer pour la vierge Marie, je dois reconnaître que moi, si. […] D’où la question que je vous pose, mes amis: «Le foot est-il un sport, un spectacle ou une mascarade, une machine à pognon?»

Un peu tout ça à la fois, non?

Reproduire
Texte - +